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La conversion de saint Henry Newman au catholicisme

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J’arrivai graduellement à voir, d’une part, que l’Église Anglicane était formellement dans l’erreur, d’autre part, que l’Église Romaine était formellement dans la vérité.

Puis j’arrivai à comprendre qu’il n’y avait aucune raison valide pour demeurer dans l’Église Anglicane, aucune objection sérieuse pour m’empêcher d’aller à Rome. Alors, je n’eus plus rien à apprendre. Ce qu’il me fallait encore pour parvenir à me convertir, ce n’était plus simplement de changer d’opinion, mais que mon opinion elle-même se transformât en une conviction intellectuelle claire et ferme.

J’arrive maintenant à détailler les actions auxquelles je me suis décidé pendant cette dernière période de ma recherche de la vérité. En 1843, j’ai entrepris deux démarches très importantes et significatives :

1° En février, j’ai rédigé une rétractation formelle de tout ce que j’avais dit de diffamatoire à l’encontre de l’Église de Rome ;

2° En septembre, j’ai démissionné de ma charge à Sainte-Marie, Littlemore inclus. Je vais parler de ces deux actes séparément.

1° — Les termes de ma rétractation ont fait l’objet de nombreuses critiques. Après avoir cité un certain nombre de passages de mes écrits contre l’Église de Rome, passages que je rétractais, se terminaient ainsi :

« Et si vous me demandez comment un individu peut s’aventurer, non pas simplement à croire, mais à publier de telles appréciations touchant une Communion si ancienne, si répandue, si féconde en saints, je répondrai que je me disais à moi-même :

Je ne parle point mon propre langage, je ne fais, pour ainsi dire, que suivre l’avis unanime des théologiens de ma propre Église. Tous ont constamment employé le langage le plus sévère contre Rome, même les plus capables, les plus instruits d’entre eux. Je désire me jeter dans leur système.

Tant que je dis ce qu’ils disent, je suis en sûreté. En outre, de telles opinions sont nécessaires pour notre position. J’ai cependant quelque raison de craindre que ce langage ne doive être, en grande partie, attribué à mon tempérament impétueux, à l’espérance d’obtenir l’approbation de gens que je respecte, et au désir de repousser l’accusation de Romanisme. »

Ces paroles ont été et sont constamment citées contre moi, comme si elles renfermaient l’aveu qu’étant dans l’Église Anglicane, je disais contre Rome des choses que je ne croyais pas en réalité. Quant à moi, je ne peux comprendre comment un homme impartial peut les interpréter ainsi ; et j’ai publié plusieurs fois des explications à ce sujet. J’ai la confiance que le sens évident de ces paroles…

Dans le passage en question, je m’excuse d’avoir formulé contre l’Église de Rome des accusations que j’affirme cependant avoir crues parfaitement vraies au moment où je les formulais. Qu’y a-t-il d’étrange dans de telles excuses ? Un homme peut, assurément, croire bien des choses qu’il ne se sent pourtant aucun droit de dire publiquement et qu’il peut regretter d’avoir dites.

La loi reconnaît ce principe. De nos jours, des gens ont été mis en prison et condamnés à l’amende pour avoir dit des choses vraies d’un mauvais roi. On a avancé cette maxime :

« Plus grande est la vérité, plus grande est l’injure. »

Ainsi, au jugement de la société, une juste indignation s’élèverait contre l’écrivain frivole qui viendrait révéler les faiblesses d’un grand homme, et cela, même quand le monde entier les connaîtrait d’avance. Nul n’a la liberté de mal parler d’autrui sans une raison justifiable, même quand il dit la vérité et que le public le sait aussi. Donc, bien que j’aie été convaincu de ce que je disais contre l’Église Romaine, je ne pouvais religieusement le dire, à moins d’être réellement autorisé, non seulement à penser le mal, mais à le faire connaître.

Je croyais assurément ce que je disais, et j’appuyais ma conviction sur des raisons que je croyais bonnes. Mais avais-je aussi un motif justifié pour proclamer cette conviction ? Je le supposais, et voici la raison : c’est que, dans la controverse, dire tout ce que je croyais était positivement nécessaire pour notre défense personnelle. J’estimais que la position Anglicane ne pouvait être défendue sans formuler des accusations contre l’Église de Rome. Dans ce cas, comme dans presque tous les cas de guerre, l’un des deux partis avait raison, les deux ne pouvaient pas l’avoir, et l’attaque était le meilleur moyen de défense.

N’est-ce pas une vérité presque trop évidente dans la controverse avec Rome ? N’est-ce pas ce que chacun dit, pour peu qu’il s’occupe de ce sujet ? Un homme sérieux injurie-t-il l’Église de Rome pour le plaisir de l’injurier, ou parce que, en l’injuriant, il justifie sa propre situation religieuse ? Que signifie même le mot « Protestantisme« , sinon que nous sommes appelés à nous exprimer ? Voici donc ce que je disais :

« Je sais que j’ai parlé énergiquement contre l’Église de Rome, mais ce n’était pas une injure gratuite, car j’avais une raison sérieuse de le faire. »

Non seulement je croyais un tel langage nécessaire pour la position religieuse de notre Église, mais tous les grands théologiens anglicans avaient pensé de même avant moi. Ils avaient pensé de même, et ils avaient agi en conséquence. C’est pourquoi j’étais parfaitement fondé à dire, dans le passage en question, que si je m’étais permis un langage sévère, je ne l’avais pas fait simplement de ma propre initiative, mais que j’avais suivi ou plutôt reproduit les enseignements de ceux qui m’avaient précédé.

Je m’avouais coupable de violence dans mon langage, mais je plaidais aussi les circonstances atténuantes. Nous connaissons tous l’histoire du condamné qui, sur l’échafaud, mordit l’oreille de sa mère. Par cet acte de fureur, il ne niait pas son crime pour lequel il allait être pendu, mais il montrait que l’indulgence de sa mère à son égard, quand il était enfant, y avait beaucoup contribué. De même, j’avais porté une accusation, et je l’avais portée avec conviction, mais je reprochais à d’autres de m’avoir conduit par leur exemple à y croire et à la publier.

Et, certes, j’étais d’humeur à leur mordre l’oreille à tous. Je le confesserai franchement, je l’ai même dit quelques pages plus haut, j’étais irrité contre les théologiens anglicans. Je pensais qu’ils m’avaient trompé ; j’avais lu les Pères à travers leurs yeux ; parfois je m’étais fié à leurs citations ou à leurs raisonnements ; et, en me fiant à eux, j’avais employé des termes ou posé des assertions que, pour agir selon la justice, j’aurais dû, avant tout, examiner rigoureusement moi-même. Je m’étais cru en sécurité quand j’avais leur garantie pour ce que j’avançais. J’avais apporté dans l’affaire plus de confiance que de saine critique. Cet aveu n’implique pas qu’en me confiant à leur autorité, j’étais tombé dans de graves erreurs, mais il implique de la négligence dans les questions de détail. Or cette négligence était une faute.

Mais, pour motiver ce que je disais sur cette question, il y avait une raison bien plus profonde, que je n’ai pas encore abordée ; cette raison la voici :

— La pensée qui m’accablait le plus tout au long de mon changement d’opinions, c’était un pressentiment clair, vérifié par l’événement, que tout cela aboutirait au triomphe du Libéralisme. J’avais employé toutes mes facultés à lutter contre le principe antidogmatique ; cependant, plus qu’aucun autre, je contribuais maintenant à son succès.

J’étais de ceux qui l’avaient, pendant tant d’années, tenu en échec à Oxford ; ma retraite était donc son triomphe. Les personnes qui m’avaient chassé d’Oxford étaient manifestement les Libéraux ; c’étaient eux qui avaient ouvert l’attaque contre le Tract 90 ; si je faisais un pas de plus et me retirais de l’Église Anglicane, ils gagneraient un nouveau succès. Mais ce n’était pas tout. Comme je l’ai déjà dit, il n’y a que deux alternatives : le chemin de Rome, ou le chemin de l’Athéisme : l’Anglicanisme est l’étape à mi-chemin d’un côté, et le Libéralisme de l’autre.

Combien de gens, je ne le savais que trop, cesseraient de me suivre maintenant que j’allais passer de l’Anglicanisme vers Rome, et quitteraient aussi tôt l’Anglicanisme et moi pour le camp des Libéraux ! Ce n’était pas du tout chose facile (humainement parlant) que d’élever un Anglais à un niveau dogmatique. J’y avais réussi souvent pour des jeunes gens, et aussi pour des laïques, car la Via Media représentait le dogme. Le principe dogmatique et le principe Anglican ne faisaient qu’un, leur avais-je dit ; mais voici que je détruisais la Via Media et ne laissais que des ruines ; la foi dogmatique ne serait-elle pas anéantie dans les esprits d’un grand nombre par la destruction de la Via Media ?

Oh ! Combien cela me rendit malheureux ! Un jour, j’entendis raconter par un témoin oculaire l’histoire d’un pauvre marin qui, ayant les jambes fracassées par un boulet lors de l’affaire de 1816 devant Alger, fut transporté à l’entrepont pour subir une opération. Le chirurgien et le chapelain le persuadèrent de se faire amputer une jambe ; elle lui fut effectivement coupée, et un garrot fut appliqué sur la blessure.

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Ensuite, ils lui annoncèrent qu’il fallait également se faire couper l’autre jambe. Le pauvre homme répondit :

« Vous auriez dû me dire cela, Messieurs. »

Puis, dévissant calmement l’instrument, il laissa sa vie s’échapper avec son sang. Ne serait-il pas ainsi pour beaucoup de mes amis ? Comment espérer les amener à croire en une seconde théologie après les avoir trompés avec la première ? Comment oser publier une nouvelle édition d’un symbole dogmatique et leur demander de l’accueillir comme une vérité absolue ? Ne serait-il pas évident pour eux que la certitude ne peut être trouvée nulle part ?

Pour ma défense, je ne pouvais offrir qu’une apologie boiteuse ; pourtant, c’était la vérité, à savoir que je n’avais pas étudié les Pères avec assez de sens critique, que j’avais commis d’importantes erreurs de jugement sur des questions délicates, comme celles qui déterminent les divergences entre les deux Églises. Comment cela a-t-il pu se produire ?

Eh bien, le fait, très désagréable à avouer, c’est que j’avais placé une confiance excessive dans les déclarations de Ussher, Jérémie Taylor ou Barrow, et qu’ils m’avaient trompé. C’est tout ce que l’on pouvait dire. C’est ainsi que les termes de ma rétractation ont été dictés de manière impérieuse, et ils ont été considérés comme une grave offense, car la profonde tristesse avec laquelle ils ont été écrits n’a pas été comprise.

Source : Mes opinions religieuses – Saint Jean Henry Newman – 1866

Publié par Napo

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