L'agonie de Don Bosco le 31 janvier 1888 à Turin
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L’agonie de Don Bosco le 31 janvier 1888 à Turin

À 1 heure 34 du matin, Don Bosco entre en agonie. Don Rua, son Vicaire, prend l’étole et continue les prières des agonisants, déjà commencées et suspendues vers minuit.

On appelle en toute hâte les Supérieurs majeurs, et bientôt, dans la petite cellule du mourant, se trouvent réunis une trentaine de Salésiens, prêtres, clercs et laïques, agenouillés autour du lit. À l’arrivée de Mgr Cagliero, Don Rua lui cède l’étole et passe à la droite de Don Bosco.

Alors, se penchant à l’oreille du bien-aimé Père :

— Don Bosco, lui dit-il d’une voix étranglée par la douleur, nous sommes là, nous, vos fils. Nous vous prions de nous pardonner toute la peine que nous avons pu vous causer ; en signe de pardon et de paternelle bienveillance, donnez-nous une fois encore votre bénédiction. Je vous conduirai la main et je prononcerai la formule.

Quelle scène de déchirante émotion ! Tous les fronts se courbent jusqu’à terre et Don Rua, rassemblant toutes les forces que lui laisse l’angoisse du moment, prononce les paroles de la bénédiction, en même temps qu’il élève la main déjà paralysée de Don Bosco pour appeler la protection de Notre-Dame Auxiliatrice sur les Salésiens présents et sur ceux qui sont dispersés sur tous les points du globe.

Vers trois heures, on recevait de Rome la dépêche suivante :

Saint-Père donne du fond du cœur la bénédiction apostolique à Don Bosco gravement malade.

— Card. Rampolla. Monseigneur avait déjà lu le Profieiseere. À 4 heures et demie, à notre église de Notre-Dame Auxiliatrice, sonne l’Angélus que tous les assistants récitent autour du lit. Puis Don Bonetti suggère au vénéré malade une oraison jaculatoire qu’il avait répétée bien de fois les jours précédents :

— Vive Marie!

— Tout à coup, le faible râle qui durait depuis une heure et demie, cessa ; et, pour un instant, la respiration redevint régulière et tranquille. L’instant fut bien court : ce dernier souffle s’éteignait :

— Don Bosco meurt ! s’écria Don Belmonte.

Ceux que la lassitude avait jetés sur une chaise, accoururent aussitôt : Mgr. Cagliero disait la prière suprême : Jésus, Marie, Joseph, je vous donne mon cœur et mon âme !… Jésus, Marie, Joseph, assistez-moi dans ma dernière agonie !… Jésus, Marie, Joseph, que mon âme expire en paix avec vous !

Le moribond pousse trois soupirs à peine perceptibles : Don Bosco était mort ! Il comptait 72 ans, 5 mois et 15 jours. La pendule marquait 4 h. 45 du matin. D. Eua, prenant alors la parole, trouva dans sa filiale vénération pour D. Bosco la force de montrer aux assistants, en quelques mots entrecoupés, les sublimes enseignements de cette mort, couronnant une telle vie.

Mgr. Cagliero à son tour, d’une voix aussi peu assurée, entonna le Subvenite sancti Dei, puis bénit la vénérable dépouille, en demandant, pour l’âme qui venait de la quitter, le repos éternel. Il ôta ensuite son étole et en revêtit le défunt, à qui on joignit les mains pour y faire tenir le crucifix où s’étaient posées tant de fois, et avec une indicible ferveur, les lèvres du mourant.

Le De profundis, récité à genoux, ne fut qu’un long sanglot.

Durant toute la matinée, jusqu’à 10 heures, les Salésiens défilent devant la couche funèbre et baisent pieusement la main de leur Père bien-aimé, en l’arrosant de leurs larmes. Un certain nombre de Directeurs des Maisons d’Italie et de France arrivent vers 8 heures.

À la messe de Communauté, les enfants de l’Oratoire ont fait la sainte Communion et récité le chapelet des morts ; toutes les messes sont célébrées pour l’âme de Don Bosco. À 10 heures, service chanté ; et le soir, office des défunts dans l’église de Notre-Dame Auxiliatrice.

Jusqu’à ce moment de la matinée, Don Bosco a été laissé sur le lit où il vient d’expirer ; mais vers 10 heures, on dispose tout pour exposer le corps dans l’appartement même. En conséquence, Don Sala et l’infirmier, sous la direction et avec le concours des docteurs Albertotti et Bonelli, qui voulurent donner à leur ami ce dernier témoignage d’affection, lavèrent le corps et lui passèrent les vêtements ; puis un des premiers enfants de Don Bosco, Enria, depuis plusieurs années spécialement attaché à la personne de notre vénéré Père, avant rasé la barbe, le cadavre fut déposé sur un fauteuil.

Le photographe Deasti et le peintre Rollini prennent alors pour la seconde fois les traits de Don Bosco : c’est tout ce que les Supérieurs ont voulu permettre : la pensée seule de mouler ce visage vénérable leur semblait une profanation. La même délicatesse les a fait s’opposer à l’embaumement.

Du reste, un des médecins avait dit :

— Je connais Don Bosco depuis bien longtemps ; et son corps m’inspire un tel respect que je ne me sentirais pas le cœur de le profaner.

Vers 2 heures de l’après-midi, la ville entière, instruite du douloureux événement, était sous une pénible et profonde impression. Beaucoup de magasins sont fermés dès le matin, et portent l’écriteau suivant :

Fermé pour la mort de Don Bosco.

La foule assiège la porterie et demande avec larmes à voir les restes vénérés de l’humble prêtre. La disposition du local ne permet pas de satisfaire tous ces excellents cœurs ; et on ne peut admettre provisoirement qu’un petit nombre de personnes connues.

Le cadavre, revêtu des ornements violets, barette en tête et le crucifix entre les mains jointes, est assis sur un fauteuil, au fond de la galerie située derrière la chapelle privée de Don Bosco. Quand on entre dans cette chapelle, la porte donnant sur la galerie, ouverte à deux battants, laisse apercevoir le défunt, adossé à la fenêtre qui a vue sur l’église de St. François de Sales.

Les traits ne sont nullement altérés ; et sans la pâleur du visage et des mains qui tranche sur le violet de la chasuble, on dirait Don Bosco endormi et réjoui par une vision du ciel. Cette illusion n’est pas seulement la nôtre ; tous les pieux visiteurs la partagent et comme instinctivement, marchent sur la pointe des pieds pour venir s’agenouiller devant les restes de l’homme de Dieu, et déposer sur l’albâtre de cette main qui s’est levée si souvent pour bénir, de respectueux baisers.

En présence de ce cadavre, rien de cet effroi irraisonné qu’inspire la mort, mais une joie intime et douce, et comme un besoin de vénération. Vers 6 heures, les Filles de N.-D. Auxiliatrice viennent à leur tour rendre à leur Fondateur et Père, leurs devoirs de filial amour, tant en leur nom qu’à celui de leurs sœurs que l’éloignement prive de cette consolation.

Ces touchants pèlerinages durèrent jusqu’à la tombée de la nuit.

Pendant ce temps, en ville, on s’arrache les journaux qui annoncent la mort de Don Bosco, et parlent des œuvres admirables de sa vie si bien remplie. Son portrait et sa biographie se trouvent dans toutes les mains.

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L’excellent Corriere Nazionale donna trois éditions à quelques heures d’intervalle. Dans beaucoup de rues, des groupes se formaient pour entendre l’heureux possesseur d’un journal faire la lecture à haute voix : le nom de Don Bosco résonnait partout et bien des yeux se mouillaient de larmes.

Source : Don Bosco par le Docteur Charles d’Espiney – 1888

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