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Le tournant de la Révolution contre la France

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« Le tournant de la Révolution en France, c’est la Constitution civile du Clergé.» Jamais affirmation ne fut plus vraie.

Jamais affirmation ne fut plus vraie. Jusque-là, en effet, les hommes de la Révolution s’étaient attaqués seulement, ou principalement, aux privilèges civils et politiques des nobles et des prêtres ; en les supprimant, avec la connivence ou la collaboration des intéressés, ils avaient supprimé l’ancien régime.

Cette fois, ils se prennent à la conscience catholique. Du même coup, ils tournent contre eux le peuple fidèle et le clergé. Entre la loi de Dieu et la loi humaine, comme au temps des Apôtres, il ne pouvait pas y avoir l’ombre d’une hésitation, pour un bon chrétien.

Une guerre civile, la guerre de Vendée, une « guerre de géants », en est sortie : elle s’est faite au cri de la conscience religieuse outragée : « Rendez-nous Dieu ! Rendez-nous nos prêtres ».

La toute puissance despotique de l’État, qui ne voulut pas avouer ses torts, engendra la Terreur, Et, par la plus naturelle des conséquences, « l’ère des martyrs » fut rouverte chez nous. Mais, avant d’aborder le fond de cette question capitale, et pour mieux saisir les citations qui vont être faites, il est à propos, mieux que cela, il est indispensable de donner quelques explications de mots : des mots qui reviennent sans cesse dans les documents publics.

En somme, sous des influences qui se dissimulent dans l’ombre, une religion laïque est éclose, qui prétend se substituer à la religion divine. Elle a ses doctrines, et sa langue : langue renouvelée, sinon nouvelle, qui donne les plus graves entorses au français clair et au bon sens, et qui emploie, pour passionner les débats, les jurés ou les lecteurs, les expressions les plus truculentes.

Cette religion laïque a deux ou trois mots sacrés qui la désignent et se tiennent : révolution, philosophie, nature.

Elle ne connaît plus la charité, trop chrétienne, mais la philanthropie, la bienfaisance, ou déjà la solidarité… Tout ce qui la contredit ou s’y oppose, quand bien même l’ensemble de l’humanité l’appellerait justice, vertu ou raison, est stigmatisé, comme d’autant de brûlures indélébiles, par les mots contre-révolutionnaires, réaction, réfractaire, donc mauvais par essence.

Un révolutionnaire est un sans-culottes, un vrai patriote, un modèle en tout, un citoyen pur, loyal et grand, même un savant, le seul religieux, le seul vertueux, le seul saint… Le catholique, lui, est un fanatique, un ignorant, un superstitieux, ou encore un aristocrate : car ces « messieurs » de la bourgeoisie révolutionnaire, les démocrates, qui vont acheter, à vil prix, les biens de la noblesse et les biens ecclésiastiques, n’ont rien trouvé de mieux que d’unir, sous ce vocable abhorré, les gentilshommes et les prêtres.

S’il défend son église, son clergé, son foyer, le catholique est proclamé traître à la patrie, criminel de lèse-nation, factieux, anticonstitutionnel, assassin, brigand ; et, fût-il doux comme Noël Pinot, il est perturbateur du repos public, incendiaire dans ses écrits et dans ses paroles, ennemi de l’ordre et de la paix.

Aux seuls révolutionnaires s’appliquent, et pour le mot et pour la chose, la liberté, la tolérance, l’égalité, la fraternité. Aux autres, on donne les épithètes suivantes : intolérants, scélérats, esclaves  et ils ne méritent que la mort, ou les fers, puisqu’ils sont des scélérats. Quelqu’un qui parle ou écrit, par exemple, de la fête de Saint Jean, parle ou écrit en style d’esclave.

Les vœux religieux sont un autre signe d’esclavage. La liste de ces déformations serait très longue. N’insistons pas davantage. Cela dit, quand est-ce que parut la Constitution civile du Clergé et en quoi précisément consistait-elle ? La loi sur la Constitution civile du Clergé avait été proposée à l’Assemblée Constituante le 6 février 1790. Elle fut votée par l’Assemblée le 12 juillet, et acceptée le 22 par le roi.

Enfin, le 24 août suivant, après bien des hésitations qui témoignaient des troubles et de la délicatesse de sa conscience, Louis XVI, averti cependant par le Pape, mais imprudemment entraîné par deux hauts conseillers ecclésiastiques qui pensaient en cela servir la France et l’Église en France, permit de la promulguer.

Il reconnut plus tard son erreur, et se rétracta pleinement. Mais, acceptée par lui, cette loi faisait partie de la Constitution même du royaume. Les hésitations du roi avaient déjà inquiété, à juste titre, les prêtres et les fidèles. Pour les prêtres et aussi pour les plus éclairés des fidèles, le titre même de la loi était un autre sujet de crainte : Constitution CIVILE du Clergé. Remplacez civile par laïque ; vous aurez le sens du titre, et, puisque les mots sont les signes des idées, l’esprit de la nouvelle loi.

Ce fut bien autre chose quand parvint le texte même de la loi, votée par l’Assemblée et acceptée par Louis XVI. Le pouvoir civil ou laïque, qui avait découronné l’Église catholique en lui enlevant sa place d’honneur dans l’État, voulait lui ravir son gouvernement divin.

On en jugera d’après l’analyse. On peut, en effet, ramener la Constitution civile du Clergé à ces points principaux :

1) Les circonscriptions de tous les diocèses et d’un certain nombre de cures seront modifiées. Chaque département formera un évêché.

2) Les évêques seront nommés par les électeurs qui nomment les députés et les conseillers chargés d’administrer le département ; les curés, par les électeurs qui choisissent les conseillers du district.

3) Les Chapitres sont abolis. Le conseil des évêques sera composé d’un certain nombre de prêtres, dits VICAIRES ÉPISCOPAUX, qui seront en même temps vicaires de la cathédrale, la cathédrale devenant une paroisse dont l’évêque est le curé.

4) Un serment, prêté par tous les nouveaux titulaires élus, assurera leur adhésion au nouvel ordre de choses.

Du Pape, il n’y était fait mention aucune, sauf pour dire que les évêques nommés lui feraient part de leur élection, mais avec défense formelle de lui demander l’institution canonique !

« Le nouvel évêque ne pourra s’adresser à l’évêque de Rome pour en obtenir une confirmation. » (Art. 20.)

Lorsque Noël Pinot reçut et lut cette élucubration de légistes parlementaires, ce fut chez lui un sentiment de stupeur. Quoi ? La France, par ses dirigeants de l’Assemblée, en était venue là ! Sans doute, il y avait quelques malentendus entre l’Église gallicane et Rome ; et ses maîtres du Séminaire, tout comme ceux de la Faculté de Théologie, y avaient un peu trop appuyé.

Mais, à la suite de Bossuet et dans son sillage, et plus tendrement encore avec Fénelon, ils saluaient l’autorité de l’Église romaine et la suprématie du Pape, vicaire de Jésus-Christ sur terre. Ni les uns ni les autres n’auraient pu songer à une ruine semblable de la discipline.

Le 18 mars 1789, et les jours suivants, dans l’Assemblée du clergé angevin, il avait bien entendu des récriminations contre les abbés commendataires ou contre un épiscopat pris tout entier, ou presque, dans la noblesse, faites par des curés mis à la portion congrue ou par des prêtres du commun qui auraient désiré une mître et la voyaient passer à côté de leurs têtes, parce qu’ils étaient roturiers ; quelques-uns succomberont, par ambition ou par un trop grand amour de l’argent.

Mais ces sentiments, ces passions, qui sont de tous les temps, ne s’alliaient pas, dans la masse de ses confrères, à une telle aberration de l’esprit et n’allaient pas jusqu’à refuser l’obéissance au Pape ni à une telle méconnaissance du dogme catholique. Dans leurs cahiers, rédigés et lus le 8 mars 1789, « sous le vestibule » de son église, les paysans et les bourgeois du Louroux, tout de même que la plus grande majorité du peuple de France, n’avaient point fait montre d’irréligion, ni d’hostilité contre les moines de Pontron, ni parlé contre les vœux monastiques, ni même ne s’étaient plaints des dîmes d’Église, sauf pour demander qu’on employât une partie de ces revenus, à peine un quinzième, à soulager les nombreux pauvres de la paroisse ; ils commençaient, par ailleurs, de connaître leur nouveau curé, et son cœur plein de charité fraternelle pour les miséreux et les mendiants.

Ils voulaient des réformes : on en réclamait partout ; mais ils ne pensaient, ni ne disaient, ni même ne soupçonnaient que l’Église eût besoin dune nouvelle constitution. À plus forte raison, sauf peut-être quelques-uns, à la remorque des beaux parleurs de la ville, ne voulaient-ils point en remontrer à leur curé, qui était un savant et un saint, ni se séparer du Pape, ni détacher la France de « Sainte Mère Église », dont elle aimait à se dire, depuis treize siècles, depuis Clovis, la fille aînée.

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Or, la Constitution civile, précisément, faisait cette brisure : elle séparait de leur Père commun les fidèles de France, et, en cela, elle apparaissait schismatique, d’un mot grec qui signifie brisure et séparation. Elle attribuait à des laïques, à de simples chrétiens baptisés, à des incrédules, à des indifférents en religion, parfois même — on verra cette énormité — à des protestants et à des juifs, le pouvoir de nommer les curés et les évêques, et de leur donner la juridiction, qui dépend de l’Église et de son Chef ; et, en cela, elle était hérétique. Qui donc, du moment que ce n’était pas le bon peuple de France, était l’auteur responsable de cette doctrine monstrueuse ?

Source : Le Bienheureux Noël Pinot, curé du Louroux-Béconnais Martyr sous la Terreur – Alexis Crosnier – 1926.

Publié par Napo

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