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L’Église Catholique et la liberté des esclaves

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Ce sont les idées, ce sont les principes qui dirigent le monde. L’Église apportait, dans les leçons tombées de la bouche du bon Maître, la force qui devait briser les chaînes de tous les esclaves.

Le Sauveur avait dit, et ses apôtres répétaient après lui :

« Il n’y a plus de différence entre l’homme libre et l’esclave ; vous êtes tous frères ; aimez-vous les uns les autres. »

L’Église s’inspirera toujours de cet esprit. Son but constant sera la libération des esclaves, et en attendant qu’elle y arrive, elle adoucira l’esclavage. L’Église relève d’abord l’esclave au point de vue moral. Elle lui rend sa personnalité. Elle le soustrait à tout droit tyrannique du maître sur sa personne et sur ses mœurs. Elle l’admet au même rang que le maître à ses rites sacrés. Sa doctrine et ses lois témoignent toujours d’une grande sollicitude pour les esclaves.

Saint Paul renvoie à Philémon un esclave fugitif et lui demande de le recevoir non plus comme un esclave, mais comme un frère. « Je te renvoie ton esclave, lui dit-il ; car devant les hommes, il est ton esclave, mais devant Dieu, il est ton frère ; et au nom de ce maître commun, je te le demande. » Au nom du maître commun, Philémon, qui était chrétien, accorda la liberté à son esclave et le renvoya libre à saint Paul, prisonnier et dans les fers à ce moment-là. « Le jour où cette parole a été prononcée, dit M. de Champagny, la clef de voûte de l’esclavage a été retirée, il croulera.« 

Ailleurs, saint Paul trace les devoirs des maîtres, auxquels il recommande de traiter les esclaves avec humanité, justice et charité. « N’ordonnez à vos esclaves, dit-il, que des choses justes. Quand vous leur commandez, songez que vous avez un maître commun dans les cieux. Ne pesez point sur eux par la terreur. Souvenez-vous qu’ils ont le même Dieu que vous et que ce Dieu vous jugera les uns et les autres sans égard pour la condition des personnes. » (Ép. aux Ephésiens, vi.)

Les Constitutions apostoliques condamnent les maîtres trop rigoureux. Elles ordonnent à l’évêque de retrancher de sa communion « ceux qui traitent mal leurs esclaves, les affligent par la faim, les coups et une dure servitude. » Elles revendiquent pour l’esclave deux jours de repos par semaine, le dimanche en mémoire de la Rédemption, et le samedi en mémoire de la création.

Les évêques poursuivent de leurs réprimandes les plus sévères les maîtres trop hautains. Il fallait entendre saint Chrysostome reprochant leur dureté et leur oisiveté aux grands de Constantinople, qui promenaient sur les places de la ville le luxe insolent de leur cortège d’esclaves !

« Pourquoi tant d’esclaves ? leur disait-il : un maître devrait se contenter d’un serviteur… Bien plus, un serviteur devrait suffire à deux ou trois maîtres ; si cela vous paraît dur, songez à ceux qui n’en ont pas… s’il vous en faut deux, passe encore, mais ne vous promenez pas sur les places publiques ou dans les bains comme des pâtres chassant devant eux des troupeaux d’hommes. » Et comme on lui répondait :

« C’est afin de nourrir un grand nombre de malheureux qui mourraient de faim s’ils ne mangeaient pas mon pain« , il répliquait :

« Si vous agissiez ainsi par charité, vous leur apprendriez un métier et ensuite vous les rendriez libres, et c’est ce que vous vous gardez de faire. Je sais bien, ajoutait-il, que ma parole vous est à charge, mais je fais mon devoir et je ne cesserai de parler. » (Homil. 40 in Epist. I ad Cor.)

Une autre fois, saint Jean Chrysostome écrivait ces courageuses paroles : « Que l’on ne fasse pas un rang pour les esclaves et un autre pour les libres. Les lois du monde connaissent la différence des deux classes, mais la loi divine ne l’admet pas. »

Saint Grégoire de Nysse n’est pas moins affirmatif. Il condamne avec la même force l’institution de l’esclavage et les possesseurs d’esclaves :

« Quoi ! dit-il, vous condamnez à l’esclavage l’homme qui, par sa nature, est libre, est son maître !… Sachez-le bien : vous ne différerez de votre esclave que par le nom. Mais vous, dont cet homme est en tout l’égal, quel titre de supériorité, je vous le demande, avez-vous à invoquer pour vous considérer comme son maître ? » Tout l’esprit du christianisme est là : libérer les esclaves et organiser le travail libre. Les empereurs chrétiens donnent leur concours aux évêques pour la libération des esclaves. Toutes les lois édictées au IVe siècle sous l’inspiration de l’Église respirent la compassion pour les esclaves et la haine de l’esclavage.

Constantin donne à la manumission prononcée devant les prêtres et à l’affranchissement formulé par les clercs le pouvoir de conférer les droits de citoyen. L’empereur Constance, en 343, accorde à tout ecclésiastique et à tout fidèle le droit de racheter, même malgré le maître, l’esclave chrétien que celui-ci aura prostitué. (Code théodosien, X, viii.)

Théodose, Honorius, Théodose II ne cessent de témoigner leur sollicitude pour les esclaves et multiplient les causes d’affranchissement. Valentinien brise le lien héréditaire de la profession théâtrale. C’était toute une catégorie d’esclaves que le christianisme supprimait, les esclaves de théâtre : ces innombrables danseuses qu’on comptait par troupeaux, ces mimes qui étaient les esclaves les plus honteux, les esclaves du plaisir.

Justinien surtout se montre profondément libéral envers les esclaves. Il inscrit dans la loi cet aphorisme, qui condamne tout le droit ancien :

« L’esclavage est une institution contraire au droit naturel. » (Code Justinien, VII, xxiv.)

« L’esclave qui devient clerc ou qui prend la robe de moine, dit Constantin, devient libre. Il en est de même de l’esclave qu’un juif aurait circoncis. » (Novelles 5 et 123.)

Honorius déclare que les esclaves chrétiens possédés par des juifs deviennent libres de droit, et que leurs maîtres ne peuvent réclamer aucune indemnité. Les évêques sont chargés de veiller à l’accomplissement de cette loi. (Code Justinien, I, m, 56.)

Les lois impériales correspondent aux mœurs du temps. Les nouveaux chrétiens libèrent leurs esclaves en grand nombre. Sainte Mélanie affranchit tous les siens au nombre de cinq à six mille. Hermès, ancien préfet de Rome, présente au baptême un jour de Pâques 1.250 esclaves à qui il avait fait enseigner la religion et qu’il affranchit avant de quitter le temple.

Chromace, ancien préfet également, converti par saint Sébastien, présente au baptême 1.400 esclaves qu’il affranchit aussitôt, en disant que « ceux qui commencent à être enfants de Dieu ne doivent plus être esclaves des hommes.« 

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Les évêques ne se contentent pas de parler, ils agissent, et l’œuvre colossale de l’affranchissement de tant de millions d’esclaves avance jour après jour sous leur main. Chaque jour se multiplient ces affranchissements que Constantin avait autorisés dans les églises les jours de fête. Il semblait qu’il n’y eût pas de joie possible si des esclaves n’étaient pas émancipés en nombre, et si, au sortir de l’église, les chants de fête n’étaient pas répétés par une foule qui secouait ses fers et les jetait loin derrière elle.

Saint Ambroise exhortait les communautés chrétiennes à vendre, s’il le fallait, les vases sacrés des églises pour racheter les esclaves.

« Le plus bel ornement des mystères, disait-il, c’est la rédemption des captifs. »

Saint Augustin et saint Paulin rivalisaient avec lui. Saint Cyprien, au milieu des persécutions, traqué par les satellites du proconsul, s’occupait de réclamer les collectes des fidèles, non pour lui ou pour ses prêtres, mais pour racheter les captifs.

Saint Grégoire le Grand affranchit les esclaves de ses nombreux domaines et motive ainsi cette libération :

« Puisque notre Rédempteur, auteur de toute la création, a voulu prendre la chair de l’homme, pour que la puissance de sa divinité brisât la chaîne de notre servitude et nous rendît à la liberté primitive, c’est agir d’une façon salutaire que d’avoir pitié des hommes que la nature avait faits libres, que le droit des gens avait réduits en esclavage, et de les rendre par le bienfait de la manumission à la liberté pour laquelle ils sont nés.« 

Source : Catéchisme social – Bienheureux Léon Dehon – 1898

Publié par Napo

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