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L’homme doit s’humilier plutôt que de se glorifier – Innocent III

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Innocent III nous dit qu’un homme qui se connait bien, ne se glorifierait jamais de quoi que ce soit, car quand il se regarde, il voit en même temps sa misère, il reconnait que Dieu l’ayant formé d’un peu de terre détrempée, qui est le moindre et le dernier des éléments.

Dieu lui fait une fascinante leçon, qu’il lui a appris qu’il ne doit pas se vanter de son être, puisque ce qu’il est n’est presque rien, n’étant qu’un peu de poussière, que le moindre vent emporte de çà et là. De sorte qu’il semble qu’elle ne soit plus de même que si jamais elle n’aurait été.

L’homme est bien peu de chose, Dieu a fait les planètes du plus subtil de tous les éléments qui est le feu, il a formé de l’air les tourbillons et les vents, il a créé les poissons de l’eau, mais les hommes et les bêtes, il les a tirés du dernier des éléments qui est la terre.

Que l’homme se considère donc, tant qu’il voudra, il se trouvera toujours, être au-dessous des poissons, inférieur aux planètes et aux oiseaux : enfin qu’il jette les yeux en haut, et il sera contraint d’avouer ingénieusement, que les créatures qui habitent l’Air et les Cieux, sont beaucoup au-dessus de lui.

Ainsi qu’il ne soit pas si hardi que de se comparer aux créatures célestes, qu’il ne se préfère pas même aux terrestres, crainte que, s’il le fait, il ne soit contraint de faire paraître la faiblesse de la nature, en avouant qu’au plus, il est semblable aux bêtes.

Et s’il est si ambitieux que de ne vouloir pas reconnaître cette vérité, qu’il écoute les paroles, non pas d’un simple homme, mais du plus sage de tous les hommes, lequel dit :

« Qu’il n’y a point de différence entre l’homme et la bête, que leur condition est semblable, que l’une et l’autre meurent de la même manière« 

En un mot que l’homme, aussi bien que la bête, est formé de terre, et que tous les deux après leur mort seront réduits en terre. Qu’est-ce donc que l’homme ? Rien.

Et pourquoi est-il si superbe et si orgueilleux, puisqu’il sait bien qu’il n’est qu’un peu de cendre et de boue ?

Que l’homme change de propos, qu’il dise ingénieusement, mon Dieu, mon Créateur, Souvenez-vous, je vous en prie, que je suis votre outrage, souvenez-vous, dis-je, que la boue est la plus superbe matière dont vos mains m’ont composé, et que comme une si faible matière ne peut pas espérer une longue durée, il faudra bientôt, que je retourne en ma première forme et qu’ayant était terre avant ma naissance, je devienne terre après ma mort.

Vous me l’avez dit, mon Dieu, en me tirant du néant, vous m’avez averti que je ne devais pas fonder mes espérances dans ce monde, puisque je ne suis qu’un peu de poussière et que bientôt, je dois être réduit en poussière.

Job (Job 15), dont la patience aussi-bien que l’expérience est admirable sur la terre, dit que l’homme est dans un état si déplorable, qu’il est plutôt capable de faire naître la pitié, que la joie dans le cœur de ceux qui le considèrent, parce qu’il est tellement changé, qu’il semble que les misères qui l’environnent, prenant la cruauté de la mort, l’ait déjà réduit en poudre et en cendre.

Remarquez que la boue se fait poudre, détrempée avec de l’eau, et que cette composition étant faite, l’une et l’autre demeure ensemble, mais que la cendre ne se fait que par la ruine et par la destruction totale de la matière qui la compose. Le feu et le bois font la cendre, mais pour que la cendre subsiste, il faut que le feu et le bois périssent.

Cela marque un grand mystère, dont nous parlerons une autre fois. Disons seulement maintenant que l’homme n’a point de sujet de se glorifier, lui qui n’est qu’un petit ouvrage de boue, qu’un peu de poussière mêlée, en un mot, qu’un peu de cendre.

Peut-être que l’homme me répondra, que véritablement ce que je viens de dire regarde Adam, le premier de tous les hommes, lequel a été formé de boue, mais que pour lui, il n’en va pas de même, que, comme il est descendu de l’homme, il n’a pas été formé de boue, mais d’Adam même, ce qui le trompe beaucoup, car à la vérité, la terre dont a été formé Adam, était vile et méprisable, mais aussi, elle était pure et lui au contraire, a été formé de ce qu’il y a de plus impur dans l’homme.

Qu’il ne se glorifie donc point d’être formé de l’homme, puisque au sentiment de Job, c’est le dernier point de misère : Qui est-ce, dit cet homme plein d’expérience, qui peut faire un innocent d’un homme conçu d’un crime ?

C’est-à-dire, qui est-ce qui, d’un homme conçu de l’impureté de l’homme même, on peut faire un homme pur et net ? Et dans un autre endroit, vous n’aurez jamais bonne grâce de vanter votre innocence, puisque l’on ne peut pas être formé de terre et n’être pas souillé de péché, enfin, c’est une chose bien ridicule de se dire fils d’une femme et se vanter en même temps, d’être juste.

Le Prophète Roi David, dans le psaume 50 avoua ingénieusement, qu’il ne doit pas vanter, ni la matière dont il a été formé, n’y même la manière dans laquelle il a été conçu, puisque l’une et l’autre est honteuse.

« J’ai été engendré, dit-il, dans les iniquités, et ma mère m’a conçu dans les péchés. »

Il faut remarquer que ce Prophète ne dit pas qu’il a été engendré dans l’iniquité simplement, mais dans les iniquités, au nombre pluriel, parce qu’il a été engendré non seulement dans ses péchés propres, mais encore dans les péchés d’autrui, c’est-à-dire dans les péchés de ses parents.

Réflexions

Que celui-là est heureux, lequel se nourrit en secret de la connaissance de Dieu et de la soi-même, car cette connaissance étant comme la première semence de l’humilité, elle fait que celui qui se connait bien, connait aussi combien il est redevable à Dieu qui l’a fait.

Il reconnait que Dieu l’ayant créé de rien, au moins d’une matière vile et méprisable, comme est la boue, il doit s’humilier continuellement à la vue de Dieu, qui est infinie, et à la vue de sa nature qui est limitée et bornée.

Si l’homme veut bien se connaître, qu’il ne cesse jamais de bien s’examiner soi-même, et si par un véritable sentiment de son cœur, il s’abaisse, pour ainsi dire, au-dessous de ce qu’il est en se méprisant infiniment, pour lors qu’il se persuade, que c’est la miséricorde de Dieu qui lui fait avoir ces bons sentiments et qu’ainsi, il est heureux, Dieu étant si proche de lui.

Comme la connaissance parfaite de soi-même est une grande lumière qui nous découvre l’état véritable de notre nature, et nous fait voir qui nous sommes, elle nous fait aussi souvenir de notre matière, et elle nous l’a fait perpétuellement pleurer.

C’est pour cela, ce me semble, que le dévot Saint Bernard, dans les sermons qu’il a faits sur les Cantiques, prenant la place de l’époux, dit à l’épouse ces paroles, qui ne sont pas moins pleines d’utilité que d’éloquence :

« Est-il possible, ma chère, que vous ignoreriez, que pendant que vous êtes sur la terre, vous êtes éloignée de la véritable lumière, que vous ne serez point capable de contempler, face à face, dans le Ciel, cette beauté universelle, qui rend belles toutes les choses qui sont belles dans le monde, qu’après que vous aurez atteint à ce dernier degré de beauté, que l’on ne peut avoir que par le bienfait de la Résurrection ?

En vérité, qu’est-ce que c’est que l’homme ? Un peu de vanité, dit le Prophète. Saint Grégoire de Nyssé le compare avec beaucoup de raison à une tuile, car elle se fait de terre détrempée comme l’homme. Que diriez-vous si vous voyez une tuile tirer vanité de sa matière ?

Sans doute, vous vous moqueriez d’elle, et lui diriez, « Quoi ! Tu oses te glorifier de ton être ? Toi qui n’es qu’un peu de terre ? « 

Fais-toi cette réponse, homme, qui est si sensible à te vanter, considère que ta noblesse n’est pas grande, puisqu’elle sort seulement de la terre.

Le même Saint dit, qu’il ne sait pas comment l’homme peut se vanter, parce que s’il se considère bien, il n’en trouve aucun sujet en lui-même.

Qu’est-ce donc que l’homme ? Voulez-vous que j’en parle avec tous les avantages possibles ? Que je, vous aurais dit que l’homme est le plus bel ouvrage de Dieu sur la terre, qu’il est si parfait et si accompli qu’il ne lui manque rien.

Je serais enfin contraint de remonter jusqu’à sa source, et de vous avouer qu’il n’est qu’un peu de terre, et par conséquent, cousin germain, pour ainsi dire, de la brique, ou de quelque autre chose triée de la terre, aussi bien que lui.

Quoi que j’aie dit ci-dessus, avec l’Ecclésiaste, que l’homme est semblable à la bête, néanmoins, il faut bien prendre garde et croire sans hésiter, qu’il y a une très grande différence entre l’un et l’autre, et cette différence n’est pas si peu considérable, qu’elle ne mérite bien une sérieuse réflexion.

Le fait que les libertins et les athées foulent au pieds leurs sciences, quand il est question de prouver l’immortalité de l’âme, et qu’ils aiment mieux passer pour des ignorants, et croire que l’âme de l’homme n’est point différente de l’âme de la bête, que d’être estimé docte et conseiller, qu’il n’y a pas moins de différence entre la créature raisonnable et celle qui ne l’est pas, qu’il y en a entre le jour et la nuit, entre le Ciel et la terre.

Je sais bien encore le motif qui les portes à soutenir cette impiété. Je sais, comme dit Tertullien, que les Sages du monde, ces Esprits forts, sont quelquefois l’avis du peuple, que si les hommes du commun se moquent de la Résurrection de la chair, et se persuadent qu’il ne reste rien de l’homme après sa mort, les philosophes suivent leur sentiment.

N’est-ce pas une fameuse leçon, dans l’école d’Épicure, qu’il n’y a rien à craindre, n’y à espérer après la mort ? Et le philosophe Romain n’enseigne-t-il pas, que tout finit par la mort, et ce qui est admirable, que la mort même, finit comme toutes les autres choses ?

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Enfin, je n’ignore pas, que ces Sages de la terre n’ont point d’autre dessein, quand ils nient la Résurrection des corps, que de nier cette vérité, qui nous apprend que Dieu est un, mais je n’ignore pas non plus, que ces impies démentent leurs propres connaissances, et que très souvent, ils confessent en eux-mêmes ce qu’ils ne veulent pas avouer devant les hommes.

C’est pourquoi je trouve qu’il est nécessaire de remédier à un si grand mal.

Source : L’art de se bien connaître, ou le mépris des conditions de la vie. – Innocent III – Traduit du latin par A. F. Du Petit-Puy de Roseville, Conseiller, Aumônier et Prédicateur du Roi en 1666.

Publié par Napo

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