Recueil d’Apparitions de Jésus #7 : Jésus Victime

CHAPITRE VII : Ce chapitre parlera de Jésus Victime, de sa croix, de sa passion, de ses amis, apôtres et de sa Sainte Mère Marie…

1. Combien il est salutaire à l’âme de penser à la passion

Le Seigneur a assigné ses saintes plaies comme l’école où mon âme doit s’instruire, raconte sainte Véronique Juliani. Il me disait : « Tu ne dois jamais entreprendre aucune œuvre, sans entrer tout d’abord dans ces plaies amoureuses pour apprendre comment tu dois faire cette œuvre ; et tu dois faire ainsi toujours, aussi bien pour les choses extérieures que pour les choses intérieures. » (Diario, 22 marzo 1697)

« Tu es mon épouse, dit un autre jour le Sauveur à la même sainte. Quand tu te mets à faire oraison, tu dois de suite prendre place dans mes plaies, car elles sont les chambres de mes épouses, de toutes les âmes qui me sont chères. » (Diario, 1 maggio 1697.)

Mais tous ne profitent pas également de la pensée des souffrances de Jésus :

« Ma passion, a-t-il dit à Gertrude-Marie, reste et restera toujours un mystère, parce que jamais les hommes ne comprendront tout ce que j’ai souffert pour eux. Une âme ne comprendra mes souffrances que dans la mesure où elle y participera. » (1er octobre 1907.)

« Ma fille, dit Jésus à Marguerite de Cortone, tant que tu es demeurée près de ma croix, je t’ai enrichie des dons de ma grâce, et je t’en eusse donné davantage si tu ne t’en étais pas éloignée. Retourne donc à cette croix selon ton habitude et reste à ses pieds depuis le milieu de la nuit jusqu’à None. Là tu recevras les dons spirituels et les vertus dont je t’ai déjà ornée, c'est-à-dire la lumière de la vérité pour toi et pour les autres et la force invincible contre les tentations à venir. » (Vie intime, ch. V, § 12.)

« Vois-tu, Bénigne, dit Jésus à l’humble Visitandine, rien ne me plaît davantage que de voir dans les hommes le souvenir de mes travaux et de ce que j’ai enduré pour eux. Ceux qui s’éloignent de cette pensée me ravissent, autant qu’il est en leur pouvoir, la gloire que je me suis acquise par mes souffrances et qui m’a donné le nom de sauveur du monde. » (IIIe part. ch. vII.)

Un jour du vendredi saint, Marie-Catherine Putigny, contemplant l’agonie de Jésus, entendit le divin Sauveur lui tenir ce langage : « Beaucoup de personnes se trompent en croyant qu’il suffit de regarder ma bonté et de verser quelques larmes sur les souffrances que j’ai endurées ; le vrai amour veut les partager avec moi ; il accepte toutes les peines, les humiliations, les ignominies, et les unissant à celles que j’ai éprouvées, il les offre à mon Père éternel. » (Vie, ch. XXII.)

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2. Les préférences de Jésus sont pour ceux qui méditent sa passion

À sainte Angèle de Foligno fut dite cette parole : « Tous ceux qui aimeront et qui partageront ma pauvreté, mes douleurs, mon abaissement sont mes fils légitimes et ils seront les tiens, les autres ne le sont pas. Ceux qui auront l’esprit fixé sur ma passion et sur ma mort, en dehors desquelles il n’y a pas de vrai salut, ceux là sont mes enfants légitimes ; les autres ne le sont pas ». (Doncœur, p. 241 ; Ferré p. 343.)

Une autre fois Dieu lui dit : « A tes fils présents et absents je donnerai le feu du Saint-Esprit, il les enflammera tous, et par l’amour il les transformera totalement en ma passion. Il y aura cependant entre eux de grandes différences : ceux qui se souviendront davantage de ma passion m’aimeront davantage ; ceux qui m’aimeront davantage me seront plus unis. » (Doncœur, p. 223 ; Ferré, p. 231.)

Et à sainte Mechtilde : « Autant de fois, au souvenir de ma passion, l’homme gémit du fond de son cœur, autant de fois il semble appliquer une rose fraîche sur mes plaies, et il en part pour atteindre son âme un trait d’amour qui lui fait une blessure de salut. » (Ire part., ch. XVI.)

A la vénérable Agnès de Langeac : « C’est moi qui suis l’amour même. Je l’ai montré dans l’excès de ma passion. Oh ! Bienheureux sont ceux qui s’y entretiennent, quoique le nombre en soit fort petit ! Ceux qui la méditent n’auront pas peur des dernières paroles que je dirai aux pécheurs lors du dernier jugement. » (Vie, par Lantage, t. II, IIIe part., ch. v, p.129.)

Mechtilde ayant demandé au Seigneur ce qui lui plaisait le plus en l’homme, Il répondit : « c’est qu’il médite avec un profond sentiment de reconnaissance et garde dans une perpétuelle mémoire tous les actes de vertu que j’ai accomplis sur la terre, toutes les peines et les injures que j’ai supportées pendant trente trois ans, en quelle misère j’ai vécu, quels affronts j’avais à supporter de mes créatures, et enfin que je suis mort en croix de la mort la plus amère, pour l’amour de l’âme de l’homme que j’ai acheté de mon sang précieux, afin d’en faire mon épouse. Que chacun ait pour tous ces bienfaits autant d’affection et de reconnaissance que si j’avais souffert pour son salut à lui seul. » (Ie part., ch. XVIII.)

Notre-Seigneur fit connaître à Sœur Marie-Marthe Chambon ses desseins sur elle en lui disant : « Je t’ai choisie pour réveiller la dévotion à ma sainte passion dans les temps malheureux où vous vivez… Je veux que, par cette dévotion, non seulement les âmes avec lesquelles tu vis se fassent saintes, mais beaucoup d’autres encore… Ma fille, chaque fois que vous offrez à mon père les mérites de mes divines Plaies, vous gagnez une fortune immense…

Que celui qui est dans le besoin vienne avec foi et confiance, qu’il puise constamment dans le trésor de ma Passion. Voilà de quoi payer pour tous ceux qui ont des dettes. Il ne faut pas craindre de montrer mes Plaies aux âmes… Dans la contemplation de mes Plaies on trouve tout pour soi et pour les autres. J’accorderai tout ce que l’on me demandera par la dévotion aux plaies. Ceux qui les honorent auront une vraie connaissance de Jésus-Christ. » (Vie, pp. 61 et 62.p)

3. Jésus invite l’âme fidèle à contempler l’une après l’autre toutes ses souffrances

Les premiers jours de Carême de l’an 1631, Jésus voulant unir à Lui la vénérable Anne-Marguerite Clément lui dit : Qu’Il allait à la montagne de la myrrhe et qu’Il voulait qu’elle y montât avec Lui pour y être instruite par la prière et la mortification à combattre ses ennemis. Il l’invita à l’accompagner au jardin des Oliviers pour réparer par l’assiduité de son amour la fuite honteuse de ses apôtres. L’ayant menée dans la maison du pontife, elle s’appliquait à regarder Sœur Marie-Marthe Chambon(1841-1907) fut une humble sœur converse du couvent de la Visitation de Chambéry. Elle eut de fréquentes extases et le don de prophétie.

Sa Vie est en vente au monastère de la Visitation de Chambery. les liens dont il était environné ; mais Jésus lui dit : Ce ne sont pas ces cordages qui me serrent, mais les liens de l’amour ; l’amour est fort comme la mort. Vois-tu jusqu’à quel point mon amour me captive, comprend par là combien ce même amour te doit captiver.

L’appliquant ensuite aux indignités que les Juifs commirent contre Jésus, Il lui montra que l’amour des créatures faisait la même chose dans son cœur. « Car, lui dit Il, ton âme étant mon image, n’est-ce pas la défigurer de souffrir que d’autres que moi y fassent impression. »

Et Il lui fit alors comme une application de sa face divine sur son âme, pour y réimprimer de nouveau ses traits. Continuant sa marche sur les pas de son Epoux, elle entra avec lui au prétoire, où son cœur se trouva accablé de douleurs en voyant les douleurs de son Sauveur flagellé ; mais ne voulant pas qu’elle s’y appliquât plus longtemps, Il lui dit : Egrediamur in agrum,surgamus advineam. (Cant., VII, 11, 12.). (Sortons dans les champs, allons à la ville).

« Cette vigne, lui dit-Il est ton âme, où mon amour me presse tant d’arriver. Mon travail et mes soins l’ont défrichée, ma passion et ma mort l’ont mise en état de produire son fruit. Mais je prétends que ta ferveur et ta fidélité soient les deux mains qui la cultivent pour m’en faire goûter les fruits. »

Revenant au mystère de la flagellation, elle pressait son Epoux de lui dire pourquoi Il souffrait de si grands tourments pour des créatures ingrates : « Qui aime endure » lui dit le divin Sauveur.

Puis la faisant mettre au pied de la colonne : « Je suis l’arbre de vie chargé de fruits excellents, à l’ombre duquel je veux que tu reposes. »

Et Il lui fit comprendre que les fruits dont Il parlait étaient les mérites de sa passion et de sa mort. Enfin Il lui montra ses plaies comme autant de portes ouvertes, où Il l’invitait d’entrer pour pénétrer jusqu’à son Cœur. Puis Il la pressa d’être à Lui sans partage, « car, lui dit-t-Il, quand tu te lies à une créature tu me fais souffrir la même violence que j’éprouve lorsqu’on m’arracha mes vêtements après ma flagellation ».

Enfin, l’ayant conduite au Calvaire, Il prit la Croix et la planta dans son cœur, afin qu’étant toujours à l’ombre de cet arbre de vie, elle goutât toujours la douceur de ses fruits. (Vie, 1686 IIe part., ch. Vie, 1915, pp. 239 sq.)

4. Jésus fait à ses amis la confidence de ses douleurs

Jésus se montre à Madeleine Vigneron tout déchiré, couvert de plaies et de sang depuis la tête jusqu’aux pieds et Il lui dit : « Vois ma fille et reconnais ton cher Epoux crucifié; voilà les blessures que mon peuple infidèle me fait quand il m’offense mortellement. Sache que tes larmes, qui viennent de l’amour que tu me portes, m’en adoucissent la douleur. » (Ire part., ch. v.)

Une autre fois Il lui dit : « Regarde, ma fille, comme on m’a traité. »

Son visage paraissait pourtant extrêmement doux et l’on y remarquait une grande compassion pour les pécheurs. « Non, disait-Il, tous les tourments ne me sont rien, s’ils voulaient recevoir tous les bons mouvements que je leur inspire ; mais ce qui me perce le cœur, c’est qu’après leur avoir mérité tant de bonnes pensées et de pieux sentiments par cette grande abondance de sang que j’ai répandu, voulant maintenant en remplir leur cœur très libéralement, ils me le refusent. »

Je le vis, ajoute la servante de Dieu, prendre un visage plein d’indignation, Il semblait prêt à tout foudroyer. Mais reprenant sa douceur Il me dit : « Ma fille, tu ne saurais rien faire qui me soit plus agréable que de t’employer pour ces pauvres misérables. »

« Ma fille, lui dit encore ce bon Sauveur, il faut que de temps en temps je te vienne dire mes afflictions les plus secrètes comme à ma meilleure amie. C’est qu’on ne m’aime point. Pour toi, il y a quelque temps que tu commences un peu ; ton âme est un arbre qui prend croissance, mais auparavant tantôt il croissait, tantôt il décroissait. »

Et Il me la fit paraître comme un arbre qu’il cultivait avec beaucoup de soin. Il semble, dit toujours Madeleine Vigneron, qu’un des principaux tourments intérieurs de Notre-Seigneur sur la croix ait été l’affliction qu’Il concevait de la grande compassion dont seraient touchées les personnes qui l’aimeraient en considérant ses grandes souffrances. Car m’ayant trouvée comme le cœur percé de douleur dans la compassion de tant de souffrances qu’Il endurait :

« Ma fille, m’a-t-il dit, j’ai tant de douleur de ta tristesse, que je veux bien pour ta consolation te témoigner que mes souffrances sont à toi et qu’elles t’appartiennent ; car je t’abandonne peines, souffrances, mérites. » ( IIe part., ch. IV.)

On a donc une part d’autant plus grande aux fruits de la passion que l’on y pense davantage.

5. Jésus a souffert toute sa vie

Notre-Seigneur dit à Marguerite de Cortone : « Tu dis, ma fille que mon amour m’a contraint à souffrir et que le zèle de vos âmes m’a poussé à faire tout ce que j’ai fait. Sache donc alors que si je suis venu te chercher au prix des angoisses les plus terribles, toi aussi tu dois venir à moi par la voie des amertumes et des afflictions. Ne cesse pas de prêcher ma passion et dis à chacun que j’ai passé toute ma vie dans les travaux et les souffrances. » (Vie intime, ch. v, § 13.)

Notre-Seigneur dit à Françoise de la Mère de Dieu : « Je n’étais pas comme les autres enfants ; étant dans le sein de ma Mère j’avais une claire connaissance de la captivité que je subissais et de tout ce que je souffrirais dans tout le cours de ma vie, des injures, des coups de fouet que je devais recevoir en ma passion. Je savais que je serais couvert de crachats, moqué, blasphémé et crucifié. Je connaissais l’ingratitude et les péchés de tous les hommes et dès lors je satisfaisais pour eux. »

Le Seigneur ajouta : « Les hommes étaient avant ma mort plus excusable qu’ils ne le sont à présent car ils n’avaient pas autant de connaissances de moi. Mais présentement qu’ils connaissent ce que j’ai fait et souffert pour eux, leur ingratitude est grande. Je ne peux plus souffrir pour eux ; souffrez au lieu de moi et pour moi. Oh ! ma fille, si vous saviez combien le nombre est grand de ceux qui m’offensent et combien il y a peu d’âmes en qui je trouve lieu de faire tout ce que je veux. » (Vie,ch. XXVIII)

Jésus dit à Jeanne-Bénigne : « Je voulais souffrir, et sans ménagements, jusqu’à la fin de ma course mortelle. Mes douleurs ne seront jamais bien comprises ; et leur vue fera une des plus grandes parties de votre béatitude durant l’éternité car vous connaîtrez alors l’amour que j’ai eu pour les hommes par ce que j’ai souffert pour leur salut. » ( Vie, ch. XIII)

« Tu es bien fatiguée, Marguerite, dit Jésus à la sainte pénitente, mais je me suis fatigué davantage en suivant le chemin de la croix, car mes peines ont été plus prolongées que ne l’indique la sainte Écriture. En effet, depuis la résurrection de Lazare, je lisais dans le cœur de mes ennemis toutes les tortures qu’ils me préparaient, et mon âme, unie à ma Divinité se représentait tantôt la trame de leurs trahisons, tantôt les menaces, les fouets, les cris de mes ennemis. Je voyais les clous et les épines. Je sentais l’amertume de fiel, le poids de la croix et le fer de la lance. La prescience de ces tourments sans nombre me causait une telle peine que mon corps lui-même en subissait le contre-coup, sans cependant que mes disciples s’en aperçussent. » (Vie intime, ch. v, § 24.)

La Sœur Madeleine Orsini était depuis longtemps dans une grande tribulation. Jésus lui apparut attaché à la croix, l’exhortant par le souvenir de sa passion à souffrir avec patience ; la servante de Dieu lui dit : « Mais Seigneur vous n’avez été que trois heures sur la croix, tandis que moi j’endure cette peine depuis plusieurs années ? »

- Ah ! ignorante, que dis-tu, reprit le Seigneur ? Depuis le premier moment que je fus dans le sein de ma Mère, je souffris dans mon cœur tout ce que j’endurai plus tard sur la croix.» (Parole citée par saint Alphonse dans L’amour des âmes, ch. III n° 5.)

Même quand il dormait, dit saint Bellarmin, la croix ne cessait de tourmenter ce cœur aimant.

6. Avec quel amour Jésus a enduré sa passion

Parole du Sauveur à sainte Brigitte : « Aime-moi de tout ton cœur, car je t’ai aimée. Je me suis librement donné à mes ennemis. Quand je voyais la lance, les clous, les fouets et autres instruments préparés pour ma passion, je m’en approchais néanmoins avec joie. Et quand sous ma couronne d’épines ma tête fut toute sanglante et que mon sang ruisselait partout, j’eusse mieux aimé que mon Cœur fût déchiré en deux que de ne pas te posséder et ne pas t’aimer. Tu serais donc trop ingrate si tu ne m’aimais pas, moi qui t’ai témoigné tant d’amour. » (Liv. Ier, ch. XI.)

7. Les peines intérieures de Jésus

La bienheureuse Camilla-Baptista Varani, Clarisse, avait travaillé plusieurs années à sa réforme spirituelle, lorsqu’elle fut admise à la communication des peines intérieures du Cœur affligé de l’Homme-Dieu. Jésus lui ayant appris que ses douleurs étaient aussi grandes que son amour pour son Père, elle lui demanda dans une oraison de lui faire connaître chacune des peines qui accablèrent son Cœur sacré.

Jésus lui répondit : « Sache, ma fille, que les peines que j’ai portées dans mon Cœur furent innombrables et infinies. Il te sera facile de le comprendre si tu fais attention que je suis le chef d’un corps dont tous les chrétiens sont les membres, membres qui sont innombrables, comme tu le vois, et dont la plupart me furent, me sont et me seront arrachés par le péché mortel. »

8. Membres arrachés sans retour du corps mystique de Jésus

« Cette peine fut pour mon Cœur une des plus cruelles. Figures-toi, en effet, quel est le supplice d’un criminel à qui l’on arrache les membres par violence, et tu sauras quel fut mon martyre à la pensée, profondément sentie, de tant d’âmes qui me sont arrachées pour toujours et de tant d’autres qui se séparent de moi pour un temps et me causent autant de déchirements qu’elles commettent de fautes mortelles. Or, il faut que tu saches que la douleur causée par l’abscission d’un membre spirituel l’emporte d’autant sur celle d’un membre corporel que l’âme est supérieure à la matière. Tu ne saurais comprendre, ni toi ni personne, l’atrocité et l’amertume de la peine dont je parle ; peine pourtant si souvent renouvelée que le nombre en est incalculable. »

« Pour ne parler ici que des damnés, autant d’âmes perdues, autant de membres arrachés à mon corps, avec les douleurs qu’il vous est facile d’imaginer. Je dois dire cependant que toutes ces séparations ne me furent pas également cruelles. Comme les péchés mortels ne sont pas tous égaux entre eux, comme il y a diverses manières de le commettre, les séparations qu’ils opèrent m’ont causé des déchirements plus ou moins douloureux. Et, pour le dire en passant, de là viennent les diversités que l’on remarque en enfer dans la qualité et la quantité des tourments qu’on y endure. Et parce que leur volonté demeurera éternellement perverse, leurs supplices aussi seront éternels. Oh! combien cette triste pensée que ces membres innombrables ne me seraient jamais, jamais, jamais rendus m‘était insupportable ! Aussi ce fatal jamais est ce qui tourmente et tourmentera le plus éternellement ces âmes réprouvées, tous leurs autres maux ne sont rien en comparaison de cette pensée désespérante. »

9. Le fatal jamais des âmes tant aimées

« Dans l’accablement de douleur que me cause ce fatal jamais, j’aurais volontiers consenti à souffrir de nouveau toutes ces nouvelles séparations, avec leurs déchirements divers, non pas une seule fois, mais une infinité de fois, pour recouvrer une seule de ces âmes et la voir réunie à l’intégrité de mes membres vitaux, je veux dire mes élus, qui conserveront éternellement la vie qu’ils tiennent de moi. C’est moi, en effet, qui suis la vie vitale, c’est-à-dire la vie de tous les êtres qui jouissent de ce grand bienfait. Tu peux juger par ce que je viens de dire : que pour une seule âme j’aurais voulu souffrir une infinité de fois toutes ces peines, combien les âmes humaines me sont chères. Il faut aussi que tu saches que ce douloureux « jamais » afflige tellement les âmes perdues par un effet de ma justice, qu’il n’en est pas une seule qui ne voulut souffrir mille enfers à la fois pour recouvrer l’espérance de m’être réunie dans un temps quelconque ; mais hélas ! leur triste séparation est sans retour ; et, je le répète, c’est là le plus affreux de leur supplice. Voilà ma fille, quelle fut la première peine intérieure, qui ne cessa, jusqu’à ma mort, de déchirer mon Cœur. »

La bienheureuse Camilla-Baptista, Varani (1458-1527) naquit et mourut à Camerino, dans l’Ombrie. (Le Opere spirituali della Beata Battista Varani, Camerino,1894, p. 108 et suiv.) J’ignore à qui fut empruntée la traduction ici insérée ; J’y ait fait quelques modifications pour rendre plus exactement l’original.

10. En quel sens Jésus a souffert les peines des damnés

La bienheureuse demanda à Notre-Seigneur s’il était vrai qu’il eût éprouvé les peines des damnés, et s’il avait éprouvé les sensations diverses qu’opèrent dans ces âmes le froid, le chaud, l’action du feu, des coups et violences des esprits infernaux. Jésus répondit :

« Je n’ai pas senti, ma fille, la diversité des supplices que souffrent les damnés de la manière que tu l’entends ; cela même ne pourrait pas être, puisqu’il s’agit de membres morts et séparés de moi, qui suis leur chef. Je t’expliquerai ma pensée par la comparaison suivante : Si un de tes membres était dévoré par quelque douleur atroce, tu la sentirais vivement jusqu'à ce que le chirurgien l’eût retranché de ton corps, mais ce retranchement, une fois fait, on pourrait le couper ou le déchirer, le soumettre à l’action du feu, le donner aux chiens et aux loups, sans que ton âme éprouvât le sentiment de ces tourments divers parce que l’union n’existerait plus entre ton corps et ce membre mort. Cependant tu serais très peinée de voir un membre qui fut le tien ainsi jeté au feu, accablé de coups, dévoré par les chiens et les loups. Je sentis les mêmes peines à l’égard des réprouvés. Lorsque le péché mortel les arracha de mon Cœur, la douleur fut terrible, et parce qu’ils conservèrent, tant qu’ils vécurent, le pouvoir de se réunir à moi, je ressentais tous leurs maux, et partageais toutes leurs peines ; mais depuis que leur mort eut rendu cette réunion impossible, je fus délivrée de ce sentiment douloureux ; j’éprouvais cependant une autre peine ineffable et incompréhensible en considérant qu’ils avaient été mes vrais et propres membres, et que cependant ils étaient tombés sous la puissance des esprits infernaux et soumis à des peines innombrables et éternelles. »

11. Membres séparés pour un temps du corps mystique de Jésus

Une autre douleur, qui transperça mon Cœur, me fut causée par mes élus eux-mêmes ; car sache que tous ceux d’entre eux qui ont péché ou pécheront mortellement, m’ont fait le même mal, par leur séparation, que tous ceux qui sont tombés au fond des abîmes, puisque ce sont autant de membres que ce cruel péché arrachait de mon corps. Plus était grand l’amour que je leur portais et qui devait s’étendre jusqu’aux siècles des siècles, ainsi que celui qui devait les unir éternellement à moi, plus j’étais affligé de les voir me quitter, eux, mes membres véritables. Aussi puis-je dire que la douleur que je ressentis dans tous ces membres me causa les plus cruels déchirements.

Je souffrais, en effet, bien davantage en eux que dans les réprouvés, puisque ceux-ci, une fois morts, étaient séparés entièrement de moi ; mais pour les élus je sentis et je partageai tous les maux qu’ils devaient endurer et pendant leur vie et après leur mort ; je sentis donc tous les tourments des martyrs, toutes les mortifications des pénitents, toutes les tribulations de ceux qui étaient tentés, toutes les souffrances de ceux qui étaient malades. Je partageai leurs persécutions, leurs infamies, leurs travaux, leurs dangers, leurs fatigues ; en un mot, toutes les afflictions, petites et grandes, dont ils étaient accablés, comme tu sentirais les coups qui seraient donnés à tes yeux, à tes mains, à tes pieds ou à quelqu’autre de tes membres.

Pour avoir une idée de ces peines, suppose ma fille, que tu eusses mille yeux, mille pieds, mille mains et ainsi de tes autres membres, et que tous fussent torturés à la fois par des moyens aussi atroces que variés, n’est ce pas que ce supplice te paraîtrait intolérable ? Eh bien ! ma fille, mes membres ne se comptent pas par milliers et par millions ; ils sont innombrables. Il est de même impossible de compter les peines des martyrs, des confesseurs, des vierges et de tous les autres élus : cela va presque à l’infini.

Conclus donc que, de même que personne ne peut comprendre quelles sont dans le paradis les jouissances, les gloires, les récompenses accordées aux bienheureux, ainsi ne se peuvent savoir ni comprendre les peines intimes que j’endurai pour mes élus, lesquelles, par la divine justice, devaient être proportionnées à ces jouissances, à ces gloires et à ces récompenses célestes.

12. Jésus partageant toutes les douleurs de ses élus

« Mais mon Cœur ne se borne pas à sentir toutes ces afflictions de leur vie, il sent également la diversité et la multiplicité des tourments qui leur restent à subir dans le purgatoire, selon la qualité et le nombre de leurs péchés ; car ces âmes ne sont pas des membres morts et séparés de leurs corps, comme celles des damnés, ce sont des membres vivants, spirituellement unis à moi, et dont j’endure, par conséquent, toutes les souffrances.

Voilà, ma fille, ma réponse à ta question. Tu m’as demandé quel sentiment j’avais de toutes ces peines ; je t’ai répondu que je ne sentais pas les souffrances des réprouvés, mais celles que mes élus devaient endurer dans le purgatoire, je les partageai. Du reste, il n’y a aucune différence entre les peines de l’enfer et celles du purgatoire, si ce n’est que les premières dureront toujours, tandis que les dernières ne dureront qu’un temps, et que les habitants de l’enfer sont réduits au désespoir, pendant que les âmes du purgatoire demeurent résignées et contentes, souffrent en paix et rendent grâce à la justice de Dieu. Mais c’en est assez sur cette peine. »

13. Pensées des douleurs causées à Marie, sa Mère

« Écoute, écoute ma fille, il me reste à te raconter d’autres peines qui me furent aussi bien amères. Quel glaive aigu transperça mon Cœur, toutes les fois que je vis la douleur que mes souffrances et ma mort devaient causer à ma pure et innocente Mère ! Car personne ne compatit aussi douloureusement qu’elle au supplice de son Fils.

Aussi dans le ciel, nous l’avons couronnée de gloire, élevée au-dessus de tous les anges et de tous les hommes; c’était justice et ainsi faisons-nous toujours ; plus une créature est affligée, humiliée en ce monde pour l’amour de moi, plus elle est exaltée et béatifiée au royaume éternel : or, comme personne ici bas n’a souffert pour moi autant que ma très douce Mère, personne aussi ne l’égale dans la gloire.
»

« Sur la terre elle fut comme un autre moi-même en partageant mes opprobres et mes douleurs ; maintenant elle est encore un autre moi, par la gloire et la puissance. Mais souviens-toi ma fille, qu’elle ne participe point à la Divinité dont aucune créature ne saurait être participante. La Divinité n’appartient qu’à nous : Père, Fils et Saint-Esprit. Sache que toutes les peines et douleurs que j’ai ressenties dans mon humanité, ma Mère bien-aimée les sentait et les partageait, mais je souffrais, dans une mesure plus parfaite et plus élevée qu’elle parce que j’étais Dieu et homme tout ensemble tandis qu’elle était une simple créature. Ses peines m’affligeaient à tel point que si c’eût été la volonté de mon Père éternel, c’eût été pour moi une consolation de les prendre toutes sur moi et de l’en décharger ! C’eût été le plus grand adoucissement à mes maux ; mais je ne pouvais trouver aucun soulagement dans mon cruel martyre. »

« La douleur de ma Mère, a dit le Sauveur à sainte Brigitte, a plus ému mon Cœur que la mienne propre, mais j’ai tout souffert par amour. » (Liv. V, ch. VIII.)

14. Participation aux souffrances de Marie-Madeleine

« Qui dira aussi ce que j’ai souffert en voyant l’affliction de ma fille chérie, Marie-Madeleine ? C’est un autre mystère douloureux, car la perfection de mes sentiments, à moi qui suis l’amour-maître, et sa douce affection, à elle, ne peuvent être connues et comprises que de moi seul. Notre mutuelle amitié a servi de principe et de fondement à toutes les amitiés spirituelles des bienheureux.

Ils peuvent s’en faire une idée, ceux qui ont l’expérience du saint et spirituel amour ; mais atteindre à la hauteur des sentiments de Madeleine, nul ne le pourra jamais… Jamais il ne se rencontra un tel maître, ni une telle disciple ; jamais il n’y eut et il n’y aura sur terre une autre Marie-Madeleine. Sa compassion pour moi ne fut dépassée que par celle de ma Mère ; aussi ma Mère et Madeleine furent-elles les premières à qui j’apparus après ma résurrection. »

15. Les douleurs de ses apôtres

« Une autre douleur, qui déchirait mon âme, était la pensée fixe et continue de mes apôtres. Je les voyais ébranlés, je les voyais tomber, eux qui étaient les colonnes du ciel et les fondements de mon Église militante. Je les voyais dispersés, comme des brebis sans pasteurs ; je pensais à tout ce qu’ils auraient à souffrir par amour pour moi ; je contemplais d’avance leurs tourments et leurs martyres. Or il faut que tu saches, ma fille, que jamais père n’a eu pour ses enfants, ni frère pour ses frères, ni maître pour ses disciples, un amour aussi tendre et aussi cordial que celui que je portais à ces disciples, à ces frères, à ces fils bien aimés. »

« Tous les hommes, mes créatures, je les aime d’un amour infini ; néanmoins j’ai voué un sentiment spécial à ceux qui ont partagé ma vie mortelle. Aussi je pensais bien plus à mes apôtres qu’à moi-même, lorsque je m’écriai au Jardin des Oliviers : Mon âme est triste jusqu’à la mort. »

« Je les voyais sans moi, c’est-à-dire sans chef, sans maître et sans père et ce délaissement m’était si pénible, qu’il me semblait une mort anticipée. Quiconque voudra lire le dernier discours que je leur adressai après la Cène, ne pourra, quelque dur qu’il soit, retenir ses larmes, parce que toutes les paroles qui composent ce discours respirent la compassion ; elles sortaient du fond de mon Cœur, qui me semblait se fendre d’amour pour ses chers amis. »

« Ce n’était pas d’une vue confuse que j’apercevais de loin leurs cruels martyres. Je voyais crucifier Pierre, décapiter Paul, écorcher Barthélemy, je voyais enfin par quel genre de mort chacun devait finir sa vie. Juge de la peine que j’éprouvais dans mon âme par cette supposition. Si tu étais unie à quelque personne par les liens d’un saint amour et que tu la visses injuriée, torturée, suppliciée à cause de toi et pour ton amour, combien tu serais désolée d’être l’occasion de ses souffrances ! Et ta désolation serait d’autant plus amère que tu voudrais, au contraire, pouvoir lui procurer paix et consolations. Or, c’était moi, ma fille qui devait être la cause des infortunes de mes apôtres ; aussi de la douleur que je ressentis pour eux, il m’est impossible de te donner aucune comparaison. »

16. La trahison de Judas

« Il y eut une autre peine, grande, effroyable, qui ne me quittait pas, semblable à un glaive aigu et empoisonné, que l’on eu enfoncé et retourné continuellement dans mon Cœur ; ce fut l’impiété et l’ingratitude de mon disciple si aimé, de Judas, l’inique, le scélérat, le traître ; puis l’endurcissement, la méchanceté, l’ingratitude de mon peuple choisi, le peuple juif ; enfin l’aveuglement, la malice l’ingratitude de toutes les créatures.

Combien fut grande l’ingratitude de Judas ? Après lui avoir pardonné tous ses péchés, je l’avais choisi pour un de mes apôtres. Je lui avais donné le pouvoir des miracles, et j’avais fait de lui le dispensateur de tout ce qui m’était offert.

Lorsque je vis le dessein de me trahir se former dans son cœur, je redoublai les preuves de ma tendresse pour le détourner de cette pensée criminelle, rien ne put toucher son mauvais cœur. Au contraire, plus je lui témoignais d’attachement et plus il s’affermissait dans sa résolution perfide.

Enfin vint la Cène, ou je fis cet acte humiliant et si touchant de lui laver les pieds. Je m’humiliai devant lui comme je l’avais fait devant les autres, mais mon Cœur n’y tint plus, je pleurai amèrement. Ce qui me faisait pleurer, c’est que je disais intérieurement : O Judas ! Que t’ai-je donc fait pour que tu me trahisses si cruellement ? O infortuné disciple !

Voilà donc la dernière preuve que je te donnerai de mon amour ! O fils de perdition ! Pourquoi donc veux-tu abandonner ton Père et ton Maître? O Judas ! Si tu désires trente deniers, qui ne vas-tu pas les demander à ma Mère, qui est aussi la tienne ? Elle se vendra plutôt elle-même pour t’épargner un crime et me sauver la vie.

Ah ! Judas, disciple ingrat et insensible, je te lave aujourd’hui les pieds et les baise avec tant d’amour, et tu vas me baiser dans quelques heures pour me livrer à mes ennemis ! O mon cher et bien-aimé fils, quel retour pour un père qui pleure ta perte avec plus de douleur que sa passion et sa mort, parce que c’est pour sauver qu’il est venu en ce monde !
»

17. Larmes et baisers de Jésus sur les pieds de Judas

« Pendant que mon Cœur parlait ainsi, mes larmes arrosaient ses pieds, mais il n’y prenait pas garde, parce que mes longs cheveux retombant sur mon visage l’empêchaient de s’apercevoir que j’étais tout éploré. Mais Jean, mon disciple bien-aimé, à qui j’avais confié tous les mystères de ma passion, pendant cette douloureuse Cène, observait ma douleur, voyait couler mes larmes sur les pieds du traître, et comprenait très bien qu’elles provenaient de mon tendre amour pour ce malheureux.

Lorsqu’un père, en effet, voyant que son fils se meurt, s’empresse à le servir, c’est avec une effusion d’amour extraordinaire, et il ne peut s’empêcher de dire dans son cœur : Adieu, mon fils, voici le dernier service qu’il me sera donné de te rendre. C’est ainsi que j’en agissais avec cet infortuné ; je caressais en quelque sorte ses pieds et les baisais avec une tendre compassion.

Or Jean, qui épiait, avec son regard d’aigle, toutes mes actions et tous mes gestes, était plus mort que vif. Lorsque j’approchai de lui le dernier, car son humilité lui avait fait prendre la dernière place, voyant que je m’inclinais pour laver ses pieds, il me prit entre ses bras, où il me tint assez longtemps enlacé, pleurant, sanglotant et me disant dans son cœur, sans proférer aucune parole extérieure : O mon Père ! O mon cher Maître ! O mon Frère bien-aimé ! O mon Seigneur et mon Dieu ! Comment avez-vous eu le courage de laver et de baiser de votre bouche sacrée les pieds maudits de ce traître infâme ? O mon cher Maître, mon cœur va se fendre si je vous vois laver mes pieds infects et appliquer votre bouche sacrée sur ces objets si méprisables. O mon Dieu ! Chaque nouvelle preuve de votre amour ne sert qu’à augmenter mon inconsolable douleur ! Après ces paroles Jean se déchaussa cependant par obéissance et me présenta en rougissant ses pieds à laver. Je t’ai dit tout cela, ma fille, pour que tu saches combien mon Cœur eut à souffrir dans cette circonstance, de la part d’un disciple qui semblait prendre à tâche de me montrer d’autant plus de haine que je lui témoignais plus d’amour.
»

18. La haine obstinée du peuple juif

« La haine obstinée du peuple juif fut aussi pour mon Cœur un supplice intolérable, et tu le comprendras facilement, si tu prends garde à l’ingratitude qu’elle supposait. J’avais fait des Juifs un peuple saint, un peuple sacerdotal. Je l’avais choisi parmi tous les peuples de l’univers, pour la portion de mon héritage. Je le tirai de la servitude et des mains puissantes du Pharaon. Avec quelle tendresse je veillai sur lui dans le désert, le nourrissant d’un pain miraculeux, éclairant sa marche aux heures de la nuit et le protégeant, le jour, contre les ardeurs du soleil ! De ma propre bouche je lui donnai ma loi sur le mont Sinaï. « Je voulus naître de sa race. Enfin, durant les trois dernières années de ma vie, je lui prodiguai les guérisons et les miracles. J’ai rendu la vue aux aveugles, l’ouïe aux sourds, la parole aux muets, la santé aux malades, la vie aux morts. Et, en retour de tant de bienfaits, j’entends les Juifs crier comme dans une tempête de fureur : Donnez-nous Barabas.- Et Jésus ? – Crucifiez-le ! Crucifiez-le ! Il me parut alors que mon Cœur se brisait. »

« Personne ne sait, sinon par une dure expérience, combien il est cruel de recevoir tous les maux de ceux-là mêmes qu’on a comblé de tous les biens ; pour exprimer cette douleur il n’est point de terme ici-bas. »

19. Combien Jésus à souffert de l’obstination des pécheurs

Faisant oraison la nuit, raconte sainte Véronique Juliani, j’eus une vision intellectuelle par laquelle je vis Notre-Seigneur couvert d’une sueur de sang, tel qu’il était dans le jardin de Gethsémani. Le Seigneur me fit comprendre quelle grande douleur ce fut pour son Cœur de voir la perfide obstination de tant de pécheurs endurcis et combien il serait fait peu de cas de son sang très précieux.

Et Il me dit : « Quiconque s’unira à ces peines intimes que j’endurai, quelque grâce qu’il désire, je la lui accorderai. »

Il me dit encore : « Ma bien-aimée, je souffris beaucoup en portant ma croix sur le chemin du Calvaire, et je souffris beaucoup plus encore dans l’intime de mon Cœur quand je rencontrai ma très sainte Mère. Et cependant plus grand était le tourment que me causait la vue continuelle d’un si grand nombre de mes enfants, qui devaient ne pas vouloir profiter de douleurs aussi atroces. » (Diario,9 aprile, jour du vendredi saint 1694.)

20. Gethsémani

Dans son oraison sur Jésus agonisant au Jardin des Oliviers, Marguerite-Marie entendit ces paroles : « J’ai plus souffert intérieurement ici qu’en tout le reste de ma passion, me voyant dans un délaissement général du ciel et de la terre, chargé des péchés de tous les hommes. J’ai paru devant la sainteté de Dieu qui, sans avoir égard à mon innocence, m’a froissé dans sa fureur, me faisant boire le calice, qui contenait le fiel et l’amertume de sa juste indignation, comme s’il eût oublié le nom de Père pour me sacrifier à sa juste colère. Il n’y a point de créature qui puisse comprendre la grandeur des tourments que je souffris alors ; et c’est cette même douleur que l’âme criminelle ressent quand elle est devant le tribunal de la sainteté divine, qui s’appesantit sur elle, la froisse, l’opprime et l’abîme en sa juste fureur. » (Ed. Gauthey, II, p. 162.)

« Même si l’on écrivait un nouvel évangile, disait Jésus à Marguerite de Cortone, jamais les hommes ne sauraient combien fut déchirante ma douleur au Jardin des Olives. » (Vie intime, ch. v, § 42.)

Un jour après la communion, Notre-Seigneur fit voir à Françoise de la Mère de Dieu le grand poids qu’Il a porté de la justice de Dieu, son Père, et Il lui dit : « D’autant plus que mon Père est juste et équitable, d’autant plus lourd était le poids que je portais de la rigueur de sa justice contre le péché ; et plus je suis juste et innocent, plus j’avais d’opposition au péché » (Vie, ch. xv.)

21. Et beaucoup plus encore !

Un jour que saint Vincent Ferrier priait dans l’église du couvent, devant un Crucifix, et qu’il méditait sur les douleurs du Sauveur, attendri jusqu’aux larmes, il s’écria : Seigneur, est-il possible que vous ayez tant souffert ? Le crucifix, tournant la tête du côté où était le saint, lui répondit : « Oui, Vincent, et beaucoup plus encore ! » (Vie, par le P. Pages, Ire part., ch. VIII.)

22. Couronnement d’épines, Crachats, Flagellation, Crucifiement

Sainte Véronique Juliani raconte comment Notre-Seigneur la fit participer à son couronnement d’épines : Le Seigneur, dit-elle, a retiré de sa tête la couronne qu’Il portait et Il m’a fait signe qu’Il voulait me la donner ; puis s’approchant de moi, Il me la mise sur la tête. Je ressentis alors une vive douleur, non seulement autour de la tête, mais partout. Je sentais au milieu du cerveau comme un gros clou qui me faisait presque perdre connaissance.

Et le Seigneur me disait : « Cependant ce n’est rien auprès de ce que j’ai éprouvé au couronnement d’épines ; ce que tu ressens n’est qu’un faible rayon de mes douleurs ; et il faut que tu les éprouves toutes pour te transformer toute en moi. » (Diario, 3 aprile 1697)

Le Seigneur, dit la même sainte, m’a dit qu’il souffrit beaucoup quand les soldats Lui remplirent la bouche de leurs crachats, de poussière et d’immondices. « Je te le fais savoir afin que tu te prépares plus encore à souffrir, et je te dis que celui qui fera quelque chose en souvenir de mes souffrances non connues, je lui accorderai ce qu’il me demandera. » (Ibid.)

L’amour, dit Bénigne Gojoz, m’a appris que ce prodigieux nombre de coups de fouets fut un soulagement pour Jésus et que, par l’effusion de tant de sang, son Cœur fut soulagé dans son ardeur de souffrir pour la gloire de son Père et le salut des hommes. (Vie, IIe part., ch. XIII.)

De grâce, Sauveur adorable, disait à Jésus Elisabeth Mora, dites-moi ce que je dois faire pour compenser les injures que vous avez reçues de moi et de tant de pécheurs, mes frères.

« Pas autre chose, ma fille, répondit Jésus, que d’offrir mes mérites à mon Père éternel. » (Biografia, ch. XII, p. 107.)

Jésus raconta à sainte Brigitte comment on l’avait crucifié :

« Etant monté sur la croix, j’étendis mes bras, non par contrainte, mais de moi-même, et ayant ouvert ma main droite, je la posai sur la croix ; aussitôt, les bourreaux plein de cruauté la crucifièrent ; la perçant avec un gros clou à la partie où les os étaient plus solides ; puis ils tirèrent et étendirent la main gauche pour la crucifier aussi.

Après, ayant tiré le corps outre mesure et ayant joint les pieds, ils les crucifièrent et ils étendirent avec tant de violence le corps et les membres que les nerfs, les muscles et les veines en furent presque rompus. Alors ils remirent sur ma tête ma couronne d’épines qu’ils m’avaient ôtée pour me crucifier; les épines percèrent si bas que mes yeux furent soudain remplis de sang, ainsi que mon visage, mes oreilles et ma barbe. » (Liv. VII, ch., XV.)

Mechtilde dit au Seigneur : Dites moi, je vous prie, de toutes les souffrances qu’endura le Christ pour nous, laquelle lui fut la plus douloureuse ? L'amour répondit : « Ce fut d’être étendu en croix, au point que tous les membres étaient sortis de leurs jointures. Lui rendre grâces pour cette souffrance sera pour lui un service aussi agréable que d’appliquer sur toutes ses plaies l’onguent le plus calmant. Lui rendre grâce aussi pour la soif, qu’il éprouva sur la croix pour le salut de l’homme, sera pour lui comme le rafraîchissement le plus agréable. Lui rendre grâces pour avoir été attaché avec des clous à la croix, sera pour lui comme si on le délivrait de la croix et de toutes ses peines. » (IIe part., ch. XVII.)

23. Pourquoi Jésus n’est pas descendu de la croix

Sainte Brigitte entendit le Sauveur expliquer ainsi pourquoi il était resté sur la croix : « Si je fusse descendu de la croix, comment se serait manifestée ma patience invincible ? Et tous se seraient-ils convertis ? N’auraient-ils pas dit que j’aurais fait cela à l’aide de la magie ? Car s’ils s’indignaient de ce que je ressuscitais les morts, guérissais les malades, ils en auraient bien dit d’autres si je fusse descendu de la croix. J’ai voulu être pris afin que le captif fût affranchi ; j’ai voulu être attaché afin que le pécheur fût délié ; par ma constance à demeurer en la croix j’ai rendu constantes toutes les inconstances et j’ai rendu ferme la faiblesse. » (Liv. v, ch. v.)

24. De chacun de ses tourments Jésus a fait un principe de grâces

Écoutons ce touchant colloque de Jésus et de Mechtilde :

« Je te le dis en vérité : j’accepterai les larmes répandues pieusement pour ma passion comme si on l’avait soufferte pour moi-même. – Comment ferai-je, mon Seigneur, pour obtenir ces larmes ? – Je vais te l’apprendre. Pense d’abord avec quelle amitié et quelle affection je suis allé à la rencontre de mes ennemis, qui me cherchaient avec des épées et des bâtons pour me faire mourir, comme si j’avais été un brigand et un malfaiteur ; cependant je suis allé au devant d’eux avec l’empressement d’une mère qui va au devant de son fils pour l’arracher à la gueule des loups. Secondement lorsqu’ils me frappaient sans pitié de leurs soufflets, autant de soufflets qu’ils me donnaient, autant de baisers affectueux j’ai donnés aux âmes de tous ceux qui, jusqu’au dernier jour, doivent être sauvés par les mérites de ma passion. Troisièmement, pendant qu’ils me flagellaient avec tant de férocité, j’ai fait pour eux une prière si efficace à mon Père céleste, que beaucoup d’entre eux en furent convertis. Quatrièmement, lorsqu’ils m’enfonçaient la couronne d’épines sur la tête, autant de pointes d’épines pénétrèrent dans mes chairs, autant de pierres précieuses je plaçai dans leur couronne. Cinquièmement, quand ils me clouèrent à la croix et m’étendirent les membres au point que l’on pût compter mes os et mes entrailles, j’attirai à moi, par ma divine vertu les âmes de tous ceux qui étaient prédestinés à la vie éternelle, ainsi que je l’avais dit auparavant : Lorsque je serai élevé, j’attirerai tout à moi. (Jean, XII, 21.) Sixièmement, lorsque la lance m’ouvrit le côté, j’ai présenté dans mon Cœur à boire la vie à tous ceux qui en Adam avaient bu la mort, afin que tous devinssent des fils de vie éternelle. » (Ire part., ch. XVIII.)

25. Comment Jésus a voulu être lié pour être tout au pouvoir de l’homme

Jésus dit à sainte Mechtilde : « Quand j’entrai dans le monde au moment de ma naissance, je fut lié de bandelettes dans des langes, tellement que je ne pouvais me mouvoir, en signe que je me livrais, moi tout entier avec les biens que j'apportais du ciel, en la puissance et au service des hommes. Car celui qui est lié n’a plus de puissance ; il ne saurait se défendre et on peut lui enlever tout ce qu’il possède. Semblablement quand je sortis du monde, j’ai été attaché à la croix, sans pouvoir également me mouvoir, en signe que je laissais à l’homme tous les biens que j’avais acquis durant ma vie mortelle. Ainsi toutes mes œuvres, tous les biens que je possédais comme Dieu et comme homme, toute ma passion, tout a été abandonné à l’homme qui peut dès lors me ravir en toute confiance ce qui est à moi, et tout mon désir est qu’il jouisse de tous mes biens. » (Ire part., ch. v.)

26. Jésus pensait à tous dans sa passion. Ses souffrances ont rendu les nôtres méritoires

« Pendant que j’allais à la mort, a dit Jésus à Véronique Juliani, je m’offrais et j’offrais toutes mes souffrances à mon Père éternel ; dans ce moment je vous avais tous présents devant moi, et j’offrais mes souffrances pour tous et pour chacun. Toi aussi tu étais présente à mon esprit et je te faisais participante de tous les mérites de ma passion. Ce fut là le principe de ta sanctification et ce qui rendit méritoires toutes les peines que tu devais avoir. Toutes tes souffrances étaient alors devant mes yeux, aussi bien celles que tu as déjà endurées que celles qui te restent à subir ; et moi, avec le prix infini de mon sang, je te méritais des mérites sans nombre, mérites (que tu dois gagner) par le moyen des souffrances qui te restent à endurer. Vois donc un peu si la souffrance n’est pas une bonne chose, elle qui a été rachetée avec toi par le sang que j’ai répandu. » (Diario, 14 juglio 1697.)

27. L’espoir du pécheur

Le Seigneur dit à Gertrude : « Si tu crois que j’ai été offert en croix à Dieu le Père parce que j’ai voulu être offert de la sorte, crois aussi que je veux encore m’offrir à Dieu le Père chaque jour pour tout pécheur, avec autant d’amour que je me suis offert en croix pour le salut de tout le monde. Ainsi tout pécheur, quelque énorme poids de péchés qui l’accable, peut respirer dans l’espoir du pardon, en offrant à Dieu le Père ma très innocente passion et ma mort, et qu’il croie bien que par là il obtiendra une abondante rémission de ses fautes, car il n’y a pas sur terre un remède plus efficace contre le péché que le dévot souvenir de ma passion, uni à une vraie pénitence et à une foi droite. » (Liv. IV, ch. XXV ; éd. lat., p 377.)

Source : Recueil d’Apparitions de Jésus aux Saints et aux Mystiques – Ch VII – Abbé Auguste Saudreau.

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