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Saint Benoît, dernier fruit de l’Antiquité et germe de la civilisation chrétienne

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Le fier Empire romain, autrefois invaincu, s’effondre sous les coups dévastateurs des hordes barbares. Armées et murailles, institutions et coutumes, tout est balayé par la vague déferlante des nouveaux dominateurs.

Pourtant, une étoile brille dans cette obscurité déconcertante : dans la ville d’Hippone, assiégée par les Vandales, saint Augustin écrit De civitate Dei (« La Cité de Dieu« ), proclamant le naufrage irrémédiable du monde issu du paganisme, tandis que la Cité de Dieu – la Sainte Église catholique – non seulement ne sera jamais détruite, mais triomphera toujours de toutes les adversités.

Mais quels moyens et quels hommes Dieu emploierait-il pour faire surgir l’ordre et la splendeur du chaos ?

La vocation d’un homme providentiel

Un garçon, qui s’appelait Benoît (Benedict), né en 480 d’une famille noble de Nursie, sentit l’appel du Seigneur à le suivre dans le silence et la prière.

Ses parents l’envoyèrent étudier à Rome. Mais il se rendit vite compte que, s’il voulait répondre au désir surnaturel qui brûlait dans son cœur, il ne pouvait pas rester dans ce milieu de barbarie et de culture romaine décadente, et il partit donc à la recherche d’un lieu aride où il pourrait acquérir la connaissance et l’amour de Dieu.

« Il désirait plus les mépris que les louanges du monde« .

La ville d’Enfide (aujourd’hui Affile), à près de 50 km de Rome, fut le lieu qu’il choisit pour se recueillir. Il s’y installe avec son ancienne nourrice, qui lui fournit des services domestiques.

Un petit incident à la maison fut à l’origine de son premier miracle. Un jour, il trouva sa nourrice en train de pleurer parce qu’elle avait négligemment laissé tomber un tamis d’argile qu’elle avait emprunté à un voisin pour tamiser le blé. Prenant pitié d’elle, Benoît prit les morceaux du tamis, pria et l’instrument fut si parfaitement reconstitué qu’il ne présentait pas le moindre signe de fracture. Le miracle se répandit et lui valut une grande renommée. Il s’enfuit alors de la maison d’Enfide et se réfugie dans un endroit isolé, Subiaco, où il loge dans une minuscule grotte.

Une grande tentation, une victoire définitive

Sur le chemin de Subiaco, il rencontra Romano, un moine qui vivait dans un monastère voisin. Certains jours, Romano portait un morceau de pain jusqu’à la grotte de Benoît. Pendant un certain temps, ce fut le seul repas du jeune ermite. Mais bientôt, il devint connu dans la région et de nombreuses personnes, à la recherche de nourriture pour leur âme, lui apportèrent de la nourriture pour son corps.

Au cours de cette période, le jeune homme subit les tentations les plus sévères du diable. Éprouvé une fois contre la vertu de pureté, il se sentit sur le point de céder et même d’abandonner sa solitude. Mais avec l’aide de la grâce divine, il réagit, se dépouille de ses vêtements et se jette sur un buisson d’épines et d’orties, contre lequel il se frotte longuement. Il en sortit couvert de blessures, mais l’âme libérée de la tentation.

Il y eut aussi une tentative d’empoisonnement

Pendant les trois années qu’il passa dans ce lieu d’isolement complet, la renommée de sa sainteté se répandit. L’abbé d’un monastère voisin étant décédé, les moines vinrent lui demander de prendre la place vacante. Benoît refusa d’abord, mais devant la forte insistance des moines, il finit par accepter. Au bout d’un certain temps, cependant, ces moines tièdes décidèrent de le tuer, regrettant d’avoir pour supérieur un homme qui exigeait le chemin de la perfection. Ils lui présentèrent une cruche de vin empoisonné. Le saint fit un grand signe de croix et la jarre se brisa.

Comprenant clairement la signification de l’événement, Benoît quitta le jour même le cloître des moines détendus et retourna à la solitude bien-aimée de sa grotte.

L’ordre bénédictin était né

L’éclat de ses vertus et la renommée de ses miracles ont attiré de nombreux hommes qui, avec un empressement surnaturel, se sont rendus à la grotte pour vivre sous sa direction. C’est ainsi que se formèrent des communautés successives. Saint Benoît érigea au total douze monastères sur le site, choisissant un abbé pour chaque maison. L’ordre bénédictin était fondé.

À cette époque, Subiaco commença à recevoir la visite d’importants personnages de Rome qui amenaient leurs enfants pour qu’ils soient éduqués dans l’esprit bénédictin. Parmi eux, le saint abbé recruta deux de ses meilleurs disciples : saint Maurus et saint Placidus.

Grand thaumaturge

Dieu accorda abondamment à son serviteur le don des miracles.

L’approvisionnement en eau de trois des monastères construits sur la haute montagne imposait de grandes difficultés aux moines, qui demandèrent à changer. Cette nuit-là, Benoît pria longuement à cet endroit et, avant de descendre, il marqua un point avec trois pierres. Le lendemain, il dit aux moines :

  • Allez creuser dans les rochers à l’endroit où vous trouverez trois pierres superposées.

Cela fait, l’eau jaillit en abondance jusqu’à ce jour.

Dieu a accompli bien d’autres miracles par l’intermédiaire de son fidèle serviteur. Il a guéri des malades, sauvé de nombreuses personnes du danger, chassé des démons, fait marcher un moine sur l’eau et même ramené un enfant mort à la vie.

Un autre don singulier que le Seigneur voulait lui accorder était de pouvoir être présent en esprit auprès de ses enfants spirituels, partout où sa vigilance de Père et de Fondateur était nécessaire.

La règle prescrivait aux moines de ne rien manger ni boire lorsqu’ils quittaient le monastère pour faire une course. Un jour, deux moines qui étaient restés tard ont accepté l’hospitalité d’une femme pieuse qui leur a servi à manger et à boire. De retour au monastère, ils allèrent demander la bénédiction à saint Benoît, qui leur demanda :

  • Où avez-vous mangé ?
  • Nulle part, répondirent-ils.
  • Pourquoi mentez-vous ? N’êtes-vous pas allés dans la maison de telle ou telle femme, n’y avez-vous pas mangé telle ou telle chose, et n’avez-vous pas bu tant de fois ?

Les deux coupables tombèrent à ses pieds et lui demandèrent pardon.

Cible de la persécution

En tout temps et en tout lieu, il est caractéristique que les saints soient la cible de l’incompréhension et de la haine des suppôts du diable. Le prêtre d’une église près de Subiaco, rempli d’envie, commença à calomnier le mode de vie de Benoît, essayant d’éloigner le plus de gens possible de sa sainte influence. Voyant ses efforts contrariés, il envoya à Benoît un pain empoisonné pour le tuer. Cette tentative ayant également échoué, il alla jusqu’à amener sept femmes de mauvaise vie dans le jardin du monastère, dans l’espoir de corrompre les jeunes moines.

Comprenant que tout est fait pour le persécuter personnellement, Benoît nomme ses représentants dans chacun des douze monastères fondés et se retire de Subiaco.

Monte Cassino, la voie de la restauration

Il se rend ensuite à Cassino, une citadelle fortifiée située à mi-chemin entre Rome et Naples. Il y avait là un temple païen où les paysans de la région vénéraient Apollon. Autour du temple, ils conservaient précieusement des bois dans lesquels ils offraient des sacrifices au diable. Arrivé sur les lieux, l’homme de Dieu détruisit l’idole, coupa les bois et transforma l’édifice en église en érigeant un oratoire à saint Jean-Baptiste et un autre à saint Martin de Tours.

Il entreprit ensuite la construction du célèbre monastère de Monte Cassino, dont le seul architecte fut le saint abbé et dont les bâtisseurs furent les moines eux-mêmes.

Le monastère de Monte Cassino était la réponse de Dieu à la décadence du monde de son temps. Exemple de gouvernement patriarcal et de société véritablement chrétienne au milieu de nations barbares, il exerça une énorme influence sur les coutumes privées et publiques, tant dans l’ordre spirituel que temporel. Des évêques, des abbés, des princes et des hommes de toutes classes rendaient visite au saint, soit pour lui demander conseil, soit par amitié et estime pour lui. Les puissants de l’époque, parfois après des conquêtes et des victoires, se réfugiaient secrètement à Monte Cassino pour s’imprégner un peu de l’esprit bénédictin.

C’est ainsi qu’après l’effondrement de l’Empire romain, la voie du renouveau fut découverte.

La règle des moines

Tout en construisant l’édifice du nouveau monastère, saint Benoît érigea intérieurement l’œuvre bénédictine sur des fondations plus solides que le roc, en rédigeant sa Règle des moines, inspirée et la plus célèbre. Son objectif était de détacher les futilités du cœur humain, afin de permettre à l’âme de s’élever sans entrave vers Dieu. Avec son célèbre aphorisme Ora et Labora (« Prie et travaille« ), la Règle a le mérite d’harmoniser chez le moine la prière et l’action, l’ascèse et la mystique.

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La sainteté et l’esprit valent plus que la Règle.

Mais ce qui a donné à l’Ordre bénédictin sa stabilité, sa force d’expansion et l’efficacité de son action civilisatrice, c’est, bien plus que la Règle, la sainteté et l’esprit de son fondateur. Inspirés par la recherche de la perfection dans l’obéissance, par la splendeur de la liturgie, par le chant grégorien et par l’amour de la beauté au service de Dieu, les fils de saint Benoît ont joué un rôle fondamental dans la culture, les coutumes et les institutions des nations qui composaient la chrétienté médiévale.

L’Ordre de Saint-Benoît a connu un essor extraordinaire à partir du Xe siècle avec la fondation de l’abbaye de Cluny. À son apogée, 17 000 monastères lui sont subordonnés. Des nations entières ont été converties à la foi chrétienne par les disciples du saint patriarche. De nombreuses universités célèbres – Paris, Cambridge, Bologne, Oviedo, Salamanque, Salzbourg – sont nées des collèges bénédictins. D’innombrables martyrs ont courageusement donné leur vie au nom de leur fondateur. Des pléiades de cardinaux, d’évêques et de saints docteurs l’ont eu pour maître. Plus de 30 papes ont suivi sa règle inspirée. Enfin, depuis 1 500 ans, d’innombrables âmes se sont consacrées à Dieu sous l’égide de sa sainte institution.

Il est mort debout, comme un valeureux guerrier

Le saint abbé a annoncé la date de sa mort des mois à l’avance. Six jours avant, il fait préparer sa tombe. Il fut immédiatement pris d’une violente fièvre. Sa maladie s’aggravant de plus en plus, au jour annoncé, il fut transporté à l’oratoire où, fortifié par la réception de la Sainte Eucharistie et appuyé sur les bras de ses disciples, il mourut debout, les mains levées vers le ciel et les lèvres prononçant sa dernière prière.

Il fut enterré à l’endroit où il avait précédemment érigé l’oratoire de Saint-Jean-Baptiste sur le Mont-Cassin.

Cet article a été publié originellement par Gaudium Press (Lien de l’article)

Publié par Napo

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