Il fut un temps où la voix d’un évêque catholique résonnait dans les foyers américains avec la puissance d’un prophète et la douceur d’un père. Ce temps, c’était celui de Mgr Fulton J. Sheen. Ordonné prêtre le 20 septembre 1919 pour le diocèse de Peoria, dans l’Illinois, il n’a pas mis longtemps à se faire remarquer. Dès 1930, il lance une émission radiophonique dominicale, The Catholic Hour, qui touche jusqu’à quatre millions d’auditeurs chaque semaine pendant vingt ans. Puis, avec l’arrivée de la télévision, il conquiert les cœurs et les consciences avec Life is Worth Living dès 1951, une émission qui marquera toute une génération. C’est cette même année qu’il est nommé évêque auxiliaire de New York. Jusqu’en 1968, il anime encore The Fulton Sheen Program, poursuivant inlassablement son œuvre d’évangélisation.
Mais au-delà de sa biographie impressionnante — 94 livres publiés, des centaines d’émissions, une reconnaissance ultime du pape Jean-Paul II en 1979 — c’est sa parole prophétique, claire et tranchante, qui continue de secouer nos consciences. Dans une de ses interventions les plus puissantes, il posait une question brûlante : Quo vadis, America ? — Où vas-tu, Amérique ?
Mgr Sheen commence par un constat aussi simple que terrible : le mot patriotisme a disparu de notre vocabulaire. Jadis associé à la pietas des anciens — amour de Dieu, du prochain, et de la patrie — il est aujourd’hui presque suspect. Or, dit-il, lorsque l’on perd l’amour de Dieu, celui du prochain et de la patrie s’effondre avec. Et l’effondrement, nous y sommes.
Il nous rappelle que la véritable révolution américaine n’était pas une explosion de haine ou de violence, mais un combat pour pouvoir se gouverner soi-même. Un vieil homme qui avait combattu à Concord expliquait qu’il n’avait jamais bu de thé, n’avait jamais vu les fameux timbres de la Stamp Act, et n’avait jamais lu Locke ou Sydney. Ce qu’il voulait ? Pouvoir gouverner sa propre vie, selon sa conscience et sa foi. Voilà la vraie révolution américaine, noble, enracinée dans l’Évangile, et non dans la haine.
Fulton Sheen oppose alors deux figures symboliques : Thomas Jefferson et Saint-Just. Le premier représente une révolution fondée sur la dignité de la personne humaine et sur le fait que nos droits nous viennent de Dieu. Le second, issu de la Révolution française, incarne la terreur, la haine, la violence gratuite, la destruction de tout ordre moral.
Jefferson fonde une démocratie sur ces deux piliers : la dignité intrinsèque de l’homme, et le fait que ni le gouvernement, ni la majorité ne peuvent nous retirer nos droits fondamentaux, car ils viennent du Créateur. Saint-Just, lui, affirme que tout ordre ne peut naître que sur un tas de cadavres ; que l’homme ne peut être sauvé que par la violence. Voilà le choix qui se pose aujourd’hui à nos sociétés : Jefferson ou Saint-Just ? Dieu ou le chaos ?
Les trois piliers de la révolution moderne : élitisme, mysticisme politique, et satanisme
Avec une clarté saisissante, Sheen décrit trois caractéristiques de la subversion moderne :
- L’élitisme : Une minorité bruyante et arrogante, qui n’a ni programme, ni idéal, mais qui impose sa volonté par la force. Ces révolutionnaires d’aujourd’hui ne savent pas ce qu’ils veulent construire, mais savent seulement ce qu’ils veulent détruire. Ils n’ont pas de drapeau, pas de credo, sinon celui de la révolte permanente.
- Le mysticisme politique : Il reprend ici l’idée du tout ou rien, jadis appliquée à Dieu dans la mystique chrétienne, et la transcrit dans le politique. Désormais, ce n’est plus Dieu ou rien, c’est moi ou rien. Une génération qui exige tout, qui rase tout, et qui après avoir brûlé les institutions, réclame l’impunité.
- Le satanisme : Oui, il ose le mot. Car au fond, dit-il, le diable, c’est celui qui veut détruire l’ordre. L’ordre moral, l’ordre religieux, l’ordre social, l’ordre scientifique même. Et ces nouveaux révolutionnaires, à travers leur violence gratuite, leurs attaques contre l’Église, l’éducation, la police, la famille, ne font rien d’autre que servir les logiques du mal. Ils ne bâtissent rien, ils détruisent tout.
Face à ce tableau sombre, Mgr Sheen ne désespère pas. Il nous parle de l’aigle, symbole de l’Amérique. Quand les petits naissent, la mère les pousse hors du nid : ils tombent dans le vide. Mais juste avant le crash, elle fond sur eux pour les sauver. Et recommence. Jusqu’à ce qu’ils apprennent à voler.
Peut-être, dit-il, Dieu agit de même avec nous. Peut-être nous pousse-t-Il aujourd’hui vers le précipice pour que, par ce choc, nous nous relevions. Pour que nous retrouvions le sens du haut. Car notre nation est pleine de voix qui crient Abattre : abattre les écoles, abattre les églises, abattre la morale. Mais peut-on bâtir quelque chose avec le mot abattre ? Non. Il faut dire En Haut. Vers Dieu. Vers l’éternité. Vers la Vérité.
C’est à nous, catholiques, fils de la France éternelle, de relever la tête, de dire en haut, au lieu d’abattre, de défendre la dignité de l’homme et la souveraineté de Dieu. Comme l’aigle, il est temps de déployer nos ailes. Le moment est venu de choisir. Quo vadis, France ? Quo vadis, Église ? Quo vadis, chrétien ?
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