Ce mardi 27 mai 2025 restera comme une date sombre pour la France. Une majorité de députés – 305 contre 199 – a voté en faveur de la légalisation du meurtre et du suicide. Un pas de plus dans la culture de mort, une rupture morale d’une gravité inouïe, dans un hémicycle où les grandes consciences semblent avoir déserté. Moins de 25 % des députés étaient présents lors du vote des 9 articles clés. On assassine le principe d’indisponibilité de la vie humaine à huis clos, dans une sorte d’indifférence programmée. L’ironie veut que, dans le même souffle, l’Assemblée ait aussi voté à l’unanimité pour le développement des soins palliatifs. Contradiction ? Non. Hypocrisie institutionnalisée.
Olivier Falorni, député Modem, figure centrale de ce projet mortifère, triomphe sans même cacher sa satisfaction. Le sourire aux lèvres, il reçoit les félicitations de l’acteur Richard Berry, venu soutenir ce « droit à mourir« , comme si l’euthanasie était un progrès. Ce que certains appellent victoire n’est qu’un effondrement moral. En vérité, c’est moins un progrès qu’un renoncement.
Dans l’hémicycle, quelques voix courageuses se sont élevées, tremblantes mais droites, pour dénoncer cette folie. Le député LR Philippe Juvin s’est exclamé avec émotion :
« La fraternité, ce n’est pas ça ! »
Face à une médecine à bout de souffle, à un système de santé qui s’effondre, on choisit de proposer la mort à ceux qu’on ne peut plus soigner. La députée Hanane Mansouri l’a formulé crûment :
« Faut-il achever ce qu’on ne peut plus porter ? »
Voilà où nous en sommes.
Le député RN Christophe Bentz a, lui aussi, tenté de réveiller les consciences :
« Si vous entrouvrez la porte de l’abandon, elle ne se refermera jamais. » Et il a raison. Car les soi-disant « garde-fous » mis en place sont déjà remis en cause par ceux-là mêmes qui ont soutenu la loi. À peine le texte voté que les appels à l’élargir se multiplient. La fameuse « ligne rouge » devient floue, puis disparaît. Ce n’est qu’une question de temps.
Même dans les rangs de la majorité présidentielle, les divisions sont notables : 64 députés Ensemble ont voté pour, mais 11 contre et 14 se sont abstenus. Le Modem est un peu plus homogène (20 pour, 9 contre), mais Horizons est presque coupé en deux. Le soi-disant « socle républicain » ne tient pas. C’est un échafaudage fragile, sans cohérence morale.
Dans les tribunes, on remarquait la présence discrète mais bouleversante de Louis Bouffard, jeune étudiant atteint d’une maladie neurodégénérative. Il est, lui, directement concerné. Il est de ceux qui, selon la nouvelle loi, seraient éligibles à l’euthanasie. Voilà ce que ce texte prépare : non pas un droit « en plus« , mais une pression « en trop« . La société ne dira pas « tu peux mourir« , mais « tu devrais y penser« . C’est insidieux, pervers, inhumain.
Les partisans du texte nous disent que l’euthanasie n’est pas une obligation. C’est un « choix ». Mais quel choix quand l’alternative – les soins palliatifs – est largement insuffisante ? À ce jour, seuls 3 % des patients en soins palliatifs expriment une volonté de mourir. Après une semaine de présence et d’accompagnement, ils ne sont plus que 0,3 %. Voilà ce qu’a rappelé courageusement Philippe Juvin. La souffrance se soigne. Elle ne se supprime pas avec une piqûre létale.
Le gouvernement a habilement séparé les deux volets : soins palliatifs d’un côté, euthanasie de l’autre. Mais les deux étaient au départ liés. Cette séparation ne fait que masquer un projet idéologique : créer l’illusion que l’on respecte la vie, alors qu’on prépare déjà sa négation. Le consensus apparent sur les soins palliatifs n’est qu’une façade. D’autant que leur développement est prévu sur dix ans, alors que la loi sur l’euthanasie pourrait entrer en application d’ici 18 mois. Pendant ce délai, combien de malades seront confrontés à une alternative dramatique : souffrir ou mourir ?
La gauche, comme à son habitude, s’est précipitée pour voter la mort : LFI, écologistes, socialistes… tous se sont alignés, comme un seul homme, derrière le projet. Les quelques abstentions – comme celle de Sophia Chikirou – font pâle figure face à la quasi-unanimité des votes pour. Une fois de plus, cette gauche « humaniste » montre qu’elle préfère supprimer la souffrance… en supprimant le souffrant.
À droite, heureusement, la résistance s’organise. UDR, Droite Républicaine, RN : presque tous leurs députés ont voté contre. Des voix comme celles de Marion Maréchal rappellent que l’euthanasie n’est pas un progrès mais un aveu d’échec. Un abandon de notre devoir de solidarité. Un suicide moral collectif.
À présent, la balle est dans le camp du Sénat. Bruno Retailleau, nouveau président des Républicains et adversaire résolu de cette dérive, devra porter cette opposition jusqu’au bout. Que les sénateurs aient le courage que l’Assemblée a perdu. Que le Palais du Luxembourg tienne bon là où le Palais Bourbon a cédé.




















