C’est via un message solennel sur X (ex-Twitter) que Macron a fait part de sa décision, en y joignant une lettre adressée au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Datée du 24 juillet, la missive exprime un souhait pressant : « mettre fin à la guerre à Gaza et soulager les souffrances des civils. » Il appelle à un cessez-le-feu immédiat, à la libération de tous les otages et à une aide humanitaire massive.
Le président y évoque également les engagements d’Abbas concernant la démilitarisation du Hamas, la reconnaissance mutuelle entre Israël et l’État palestinien, et la création d’un État palestinien non armé. Selon une source israélienne, même le Hamas aurait accepté l’idée d’un désarmement futur si un véritable État palestinien venait à être établi.
Cette annonce intervient alors que la pression monte à l’échelle internationale. Une coalition de 28 pays occidentaux, dont la France, a récemment condamné la stratégie israélienne de blocus partiel de l’aide humanitaire et les bombardements massifs sur les civils à Gaza. Plus de 111 ONG internationales ont également appelé les États à « agir sans attendre l’autorisation de quiconque » pour faire cesser la famine imposée à Gaza.
Francesca Albanese, rapporteure spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens occupés, a réagi avec froideur à l’annonce française. Invitée sur BFMTV, elle a salué la reconnaissance de la Palestine, tout en soulignant son retard de « trente ans ». Selon elle, cette décision ne suffit pas :
« La France, comme tous les États membres de l’ONU, a des obligations légales envers le peuple palestinien. Ce n’est pas le moment des symboles, mais de la justice. »
Elle dénonce « un risque de diversion », car la priorité demeure l’arrêt du bain de sang actuel. Plus de 60 000 Palestiniens auraient déjà été tués selon les chiffres relayés, dont plus d’un millier alors qu’ils cherchaient simplement de la nourriture.
Albanese insiste sur le fait que le droit international impose aux États de punir les crimes de guerre, de mettre fin à une occupation illégale qui dure depuis 58 ans et de démanteler les colonies israéliennes sur les terres palestiniennes. Elle pointe du doigt la France, en tant qu’État membre de la Cour pénale internationale (CPI), qui devrait arrêter toute personne poursuivie, y compris le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, visé par un mandat d’arrêt international. Elle demande sans détour :
« Macron fera-t-il arrêter les criminels de guerre, oui ou non ? »
De son côté, l’Église catholique maintient un soutien ferme au peuple palestinien, en cohérence avec son attachement constant à la justice et à la dignité humaine. Le pape Léon XIV, dans un récent appel téléphonique au président Abbas, a renouvelé la demande d’une aide humanitaire immédiate pour Gaza, dénonçant « les violences aveugles contre les civils » et un plan soutenu par les États-Unis visant à déplacer de force la population autochtone palestinienne.
Le Vatican a rappelé à cette occasion le 10e anniversaire de l’Accord global entre le Saint-Siège et l’État de Palestine, signé le 26 juin 2015, symbole fort de la reconnaissance catholique de la légitimité palestinienne. Le cardinal Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, avait déjà souligné en octobre 2023 que la véritable paix ne pouvait naître sans la fin de l’occupation israélienne, qu’il qualifie de « racine du conflit ».
Lorsque la France officialisera cette reconnaissance à l’ONU en septembre prochain, le nombre d’États soutenant la souveraineté palestinienne passera à 148 sur 193, soit 77 % des membres de l’Organisation. Ce geste, bien que tardif selon plusieurs observateurs, marque une rupture symbolique majeure dans la diplomatie française.
Mais au-delà du symbole, une question demeure : cette reconnaissance conduira-t-elle à des actes concrets contre les violations continues du droit international, ou restera-t-elle un simple gage de bonne conscience face à une tragédie qui ne cesse de s’aggraver ?






