Le 19 mars 1943 marque un tournant décisif dans la vie de Marcel Callo. Ce jeune ouvrier typographe de 21 ans, originaire de Rennes, est réquisitionné de force par le régime nazi pour le travail obligatoire en Allemagne. Ce départ forcé anéantit tous ses projets : sa fiancée Marguerite Derniaux, avec qui il devait officialiser ses fiançailles, et sa famille déjà endeuillée par la mort récente de sa sœur Marie-Madeleine lors d’un bombardement allié. Mais loin d’abandonner, Marcel prend une décision qui va marquer son destin : il ne partira pas comme un simple travailleur, mais comme un missionnaire.
Dès son plus jeune âge, il s’est engagé dans la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC), dont il devient responsable local avant même ses 17 ans. Nourri par la doctrine sociale de l’Église, il accepte son sort comme une occasion d’apostolat en milieu ouvrier. Arrivé dans les usines Walther en Thuringe, il doit assembler des revolvers sous des conditions de travail extrêmement rudes. Mais il ne se laisse pas abattre : il rassemble ses compagnons d’infortune pour des cercles de prière, organise des messes clandestines et anime des rencontres sportives et théâtrales. Rapidement, la Gestapo le considère comme une menace, car il insuffle à ses camarades une force spirituelle que le régime nazi ne peut tolérer.
Le 19 avril 1944, il est arrêté pour un motif glaçant : il est jugé « trop catholique« . Enfermé à Gotha, il partage sa cellule avec d’autres chrétiens français et transforme la prison en un lieu de solidarité et de prière. Cette ferveur lui vaut d’être transféré au camp de concentration de Flossenbürg, puis à Mauthausen et enfin à Gusen II, l’un des pires camps satellites du régime nazi. Là, dans des conditions inhumaines, il est condamné aux travaux forcés dans les tunnels de « Bergkristall« , où il trie des rivets pour les avions de guerre Messerschmitt. La faim, l’épuisement et les mauvais traitements ont raison de son corps, mais non de son âme.
Le 19 mars 1945, un an jour pour jour après son départ en captivité, Marcel Callo s’éteint à l’âge de 23 ans, victime de la barbarie nazie. Ses compagnons survivants témoigneront de sa force intérieure : jusqu’au bout, il partageait son pain et réconfortait ses camarades par la prière. « Heureusement, il y a un ami qui ne m’a jamais quitté un seul instant« , écrira-t-il, faisant référence au Christ, qui fut son soutien ultime.
Son témoignage ne s’arrête pas là. Après la guerre, il devient une figure de réconciliation entre la France et l’Allemagne, mais surtout un modèle pour les laïcs engagés. Béatifié en 1987 par le pape Jean-Paul II, son exemple résonne bien au-delà de sa terre natale : églises, rues et écoles portent son nom en France, en Afrique et aux États-Unis. En 2023, il est proclamé co-patron des Journées Mondiales de la Jeunesse de Lisbonne, et son procès de canonisation est en cours.
À l’occasion du 80e anniversaire de sa mort, l’Autriche rend hommage à Marcel Callo. Une série d’événements est organisée sous le thème « Foi, travail, résistance« , portée par le diocèse de Linz et plusieurs associations catholiques. Le 22 mars, une messe sera célébrée à la chapelle du camp de Mauthausen par l’évêque de Linz, Mgr Manfred Scheuer, et l’archevêque de Rennes, Mgr Pierre D’Ornellas, en mémoire de ce jeune ouvrier devenu martyr de la foi.





