Alors que le Sacré Collège se réunit cette semaine à Rome pour un consistoire extraordinaire convoqué par le Souverain Pontife, Sa Sainteté le Pape Léon XIV, les regards des fidèles attachés à la Tradition se tournent vers une initiative majeure venue de France. Dans un contexte marqué par une crise liturgique persistante, une proposition audacieuse a été soumise aux cardinaux pour assurer la pérennité du rite ancien.
Une solution ecclésiale pour la paix liturgique
Le 24 décembre 2025, le Père Louis-Marie de Blignières, figure historique du traditionalisme et fondateur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, a adressé un mémorandum crucial aux membres du Sacré Collège. Ce document, rendu public par la journaliste Diane Montagna, propose l’érection d’une « structure canonique pour la Messe Traditionnelle » spécifique. L’objectif est clair : offrir un cadre juridique stable aux prêtres et aux fidèles qui, tout en étant en pleine communion avec la hiérarchie catholique, demeurent indéfectiblement attachés au rite latin séculaire.
Dans sa lettre, le Père de Blignières écrit avec une liberté filiale : « Avant le consistoire, où la liturgie sera à l’ordre du jour, je prends la liberté filiale de vous adresser ce court mémorandum ». Il précise que sa démarche vise à suggérer « une solution ecclésiale qui pourrait fournir un cadre stable pour ces fidèles qui sont en pleine communion avec la hiérarchie catholique et attachés à l’ancien rite latin ».
L’inspiration des ordinariats militaires
Concrètement, la proposition s’appuie sur des modèles canoniques existants. Il ne s’agirait pas de créer une église parallèle, mais une structure dotée d’une juridiction cumulative, à l’image des ordinariats militaires. Selon ce schéma, les âmes attachées à la liturgie traditionnelle appartiendraient à cette nouvelle juridiction tout en restant membres de leurs diocèses territoriaux.
Cette organisation permettrait aux évêques diocésains de partager la charge pastorale avec des prélats spécifiquement nommés pour superviser cette structure. Ces derniers, familiers des livres liturgiques de 1962, pourraient ainsi assurer les ordinations et les confirmations, soulageant les ordinaires locaux parfois réticents ou mal préparés. Comme le souligne le Père de Blignières : « La création de juridictions ecclésiastiques dédiées ferait avancer les choses vers la stabilité, la paix et l’unité ».
Répondre aux blessures de Traditionis Custodes
Cette initiative intervient alors que l’Église souffre encore des divisions accentuées par le motu proprio « Traditionis Custodes » de 2021, qui avait restreint l’usage du Missel romain traditionnel, revenant sur la libéralisation offerte par Benoît XVI. L’application inégale de ces restrictions a plongé de nombreuses communautés, notamment en France et aux États-Unis, dans une grande vulnérabilité pastorale.
Le Père de Blignières rappelle une réalité indéniable : « Depuis plus de 60 ans, ce groupe a continué d’exister et de croître, mais il manque du soutien d’un cadre juridique adapté à ses besoins légitimes ». Face à cette situation, la proposition ne se veut pas une contestation de l’autorité papale, mais une voie constructive.
Réactions et perspectives au sein de l’Église
Cette démarche a reçu des accueils variés. L’abbé Matthieu Raffray, supérieur du district européen de l’Institut du Bon Pasteur, a salué cette initiative dans un entretien, la qualifiant de contribution constructive pour dépasser une opposition qu’il juge « stérile ». Pour lui, il s’agit de préserver la communion ecclésiale tout en reconnaissant la réalité pastorale distincte des communautés de l’ancien rite.
D’autres voix se montrent plus réservées, comme l’abbé Pierre Amar du diocèse de Versailles, qui craint qu’une telle structure n’aboutisse à « isoler les traditionalistes au sein d’une structure ». Néanmoins, le mémorandum a été envoyé à une quinzaine de cardinaux par courrier et à une centaine par voie électronique, afin d’alimenter la réflexion lors du consistoire du Pape Léon XIV de ces 7 et 8 janvier 2026.
L’histoire récente de l’Église, depuis la création de la Commission Pontificale Ecclesia Dei jusqu’à l’érection de l’Administration Apostolique Saint-Jean-Marie-Vianney à Campos au Brésil en 2002, montre que de telles solutions sont possibles. Il reste à prier pour que cette proposition trouve un écho favorable pour le bien des âmes et la gloire de la Sainte Église.





