À une époque où les papes sont systématiquement choisis parmi les cardinaux, il est bon de rappeler qu’il n’en a pas toujours été ainsi. L’Église, conduite par l’Esprit Saint, n’est pas soumise aux logiques humaines, et parfois, le choix divin prend les hommes de court. L’exemple le plus frappant de cette vérité reste sans doute celui de saint Fabien, un simple paysan, inconnu des grandes sphères ecclésiastiques, que Dieu a choisi pour gouverner son Église au IIIe siècle.
Fabien n’était ni prêtre, ni diacre, ni même membre du clergé. Il n’avait aucune fonction, aucun rang. C’était un homme de la terre, un cultivateur, venu à Rome comme tant d’autres fidèles, après la mort du pape Anterus, pour voir de ses yeux comment allait se passer l’élection de son successeur. Il était là, au milieu de la foule, sans ambition, sans rôle à jouer, pensait-on.
Mais Dieu, Lui, voyait autrement. Le célèbre historien Eusèbe, dans son Histoire ecclésiastique, nous rapporte cet événement singulier, qui frappa les esprits de son temps. Alors que les fidèles et les clercs réunis débattaient, proposant des noms connus et respectés, une colombe descendit soudainement et vint se poser doucement sur la tête de Fabien. Un signe céleste, clair, irrésistible. Le rappel direct de la colombe qui avait survolé Notre-Seigneur lors de Son baptême dans le Jourdain.
Toute l’assemblée, saisie d’une même inspiration, reconnut en cet homme ordinaire le choix du Ciel. L’unanimité fut immédiate. Tous s’écrièrent qu’il était digne, et il fut aussitôt conduit à l’épiscopat. Dans la foulée, il reçut les ordres sacrés et fut intronisé évêque de Rome, c’est-à-dire pape. Une ascension fulgurante, mais surtout providentielle.
Ce genre d’événement est impensable aujourd’hui. Le conclave moderne, enfermé dans le secret et le silence de la chapelle Sixtine, ne laisse plus de place à une telle intervention visible de Dieu devant la foule. Et pourtant, cela ne signifie nullement que l’Esprit Saint est absent du processus. L’Église enseigne que le Saint-Esprit continue d’éclairer les cardinaux dans leur choix, même si les modalités ont changé.
Saint Fabien, loin d’être un choix incongru ou naïf, se montra digne de la charge qui lui fut confiée. Il gouverna l’Église avec sagesse, fermeté et piété. Il mourut martyr sous la persécution de l’empereur Dèce, autour de l’an 250, offrant sa vie pour le Christ qu’il avait servi avec fidélité.
Cette histoire nous rappelle que Dieu n’agit pas selon nos critères mondains. Il se plaît à élever les humbles, à confondre la sagesse du monde, et à manifester Sa volonté d’une manière inattendue. Et nous, aujourd’hui encore, devons apprendre à Le reconnaître même lorsque Ses choix nous déroutent. Le Seigneur ne regarde pas les titres, les grades ou les réputations : Il regarde le cœur.
Voilà ce qu’enseigne la vie de saint Fabien, ce pape choisi non par calcul politique, mais par une claire motion divine. Un pape tombé du ciel… ou plutôt, une colombe descendue du Ciel, sur la tête d’un paysan.





