Alors que l’Église universelle entre dans un nouveau pontificat, celui de Léon XIV, un dossier brûlant refait surface : les relations entre le Vatican et la Chine communiste. Une délégation chinoise devrait, selon des sources croisées du Vatican et de Pékin, se rendre à Rome à la fin du mois de juin pour poursuivre les échanges bilatéraux autour de la question épineuse de la nomination des évêques en Chine.
Ce rendez-vous s’inscrit dans une série de réunions désormais routinières, organisées deux fois par an, tantôt à Rome, tantôt en Chine. Elles découlent de l’accord signé en 2022, et déjà renouvelé à trois reprises. Bien que son contenu reste secret, les tractations continuent, notamment pour que cet accord devienne permanent. Pékin pousse fort dans ce sens. Le Saint-Siège ne s’y oppose pas frontalement, car un accord définitif permettrait, en théorie, de rendre les conditions plus transparentes – ce qui est pour l’instant loin d’être le cas.
Mais derrière le rideau diplomatique, la réalité est autrement plus compliquée. Depuis la mort de François et pendant la vacance du Siège apostolique, les autorités chinoises ont profité du flou pour imposer deux évêques sans attendre l’élection du nouveau pape. Et ce, malgré le fait qu’aucune nomination d’évêque ne peut avoir lieu en l’absence de souverain pontife. C’est une grave entorse à la tradition de l’Église. Le cardinal Parolin a tenté d’arrondir les angles en expliquant que ces nominations étaient, en fin de compte, prévues par les accords. Mais sur le fond, c’est bel et bien une provocation.
Paradoxalement, dans le même temps, Pékin a envoyé un signal jugé « positif » en reconnaissant officiellement Mgr Lin Yuntuan, évêque clandestin nommé en 2017, désormais auxiliaire à Fuzhou, une des communautés catholiques les plus anciennes et les plus divisées de Chine. Cette reconnaissance par l’État communiste s’inscrit dans une volonté d’unité – du moins en apparence – et dans une tentative de faire rentrer l’Église dans le moule du patriotisme chinois.
La cérémonie d’installation de Mgr Lin a été rapportée par « China Catholic« , le site officiel de l’Association patriotique chinoise, ce pseudo-organisme ecclésial contrôlé par le Parti. On y retrouve toujours les mêmes phrases bien huilées : respect de la Constitution, amour du pays, harmonie sociale, autonomie de l’Église, et bien sûr, adhésion à la « sinisation du catholicisme« , ce projet qui consiste à remodeler la foi à la sauce marxiste.
Mais ce qui est plus frappant encore, c’est la façon dont la Chine manie la carotte et le bâton. Un jour elle reconnaît un évêque clandestin, le lendemain elle en fait élire un sans Rome. En avril dernier, par exemple, deux nouvelles nominations ont eu lieu : à Shanghai, le vicaire général Wu Jianlin a été « élu » auxiliaire, et dans le Xinjiang, le père Li Jianlin est devenu « évêque » malgré la présence encore en vie de Mgr Zhang Weizhu, nommé par Jean-Paul II en 1991 et persécuté depuis. Il est aujourd’hui emprisonné dans un lieu tenu secret. Voilà où en est la liberté religieuse en Chine…
Sous Benoît XVI déjà, une journée mondiale de prière pour les catholiques de Chine avait été instaurée, le 24 mai. À cette occasion, Asia News a relayé le cri d’un prêtre resté fidèle à Rome, exprimant son malaise : pour lui, s’enregistrer officiellement auprès des autorités revient à trahir la foi. Ce prêtre évoque la culpabilité, l’ambiguïté dans la relation avec le pape, et la fatigue mentale immense pour des clercs constamment surveillés, contraints de renouveler leurs autorisations. Résultat ? Les fidèles se découragent et se détournent de l’Église visible.
Il faut aussi rappeler que Léon XIV hérite d’un terrain miné. Dès 2018, après l’accord, Rome avait voulu réconcilier clandestins et officiels en nommant Mgr Zhan Silu évêque de Mindong, flanqué de Mgr Guo Xijin en auxiliaire. Mais ce dernier a été marginalisé, puis contraint à la démission deux ans plus tard. Encore un échec du dialogue à sens unique.
Pour autant, le Vatican poursuit sa politique de la main tendue. François avait nommé, en 2023 et 2025, plusieurs intellectuels chinois à l’Académie pontificale des sciences, dont Meng Anming, professeur de biologie, et Bai Tongdong, spécialiste de Confucius. En 2017 déjà, Pékin avait été invité à une conférence sur le trafic d’organes au Vatican, avec la présence controversée de Huang Jiefu, ancien vice-ministre de la santé communiste. Ce sont autant de gestes d’ouverture, de diplomatie silencieuse, mais à quel prix ?
À présent, tous les regards se tournent vers Léon XIV. Va-t-il poursuivre la ligne de François, ou bien reprendre en main une situation qui échappe de plus en plus au Saint-Siège ? Le nouveau pape va devoir trancher : jusqu’où peut-on négocier avec une dictature athée sans compromettre l’intégrité de la foi ?






