À Rome, dans l’ambiance grave et priante qui précède un conclave, Mgr Cristobal Lopez, archevêque de Rabat, témoigne de son expérience. D’origine espagnole, représentant l’Église du Maghreb, il vit pour la première fois ces jours particuliers où l’on s’apprête à désigner le successeur de Pierre. Il le dit avec humilité :
« Je suis un novice », tout en confiant l’importance spirituelle de ces moments de prière partagée et de discernement.
Ce qui l’a profondément marqué dès son arrivée, c’est le recueillement devant le corps du pape François, dans la basilique Saint-Pierre. Un moment de grâce, chargé d’émotion, qu’il décrit comme une « secousse spirituelle », tant le défunt pape représentait pour lui un père, un frère, un ami. Le lien était personnel, mais aussi enraciné dans un souvenir marquant : la visite du pape François au Maroc en 2019.
Bien que brève – à peine plus d’une journée – cette visite fut décisive pour l’Église locale. D’abord, elle a confirmé les fidèles dans leur foi, les rassurant sur leur mission. Ensuite, elle a profondément renforcé le dialogue islamo-chrétien, donnant une légitimité nouvelle à une démarche déjà engagée mais désormais portée par l’exemple du Souverain Pontife lui-même. En visitant notamment les œuvres caritatives, comme les Filles de la Charité ou Caritas, François a mis en lumière cette Église samaritane, humble et proche des plus démunis. Une Église en communion, enracinée dans une diversité, voilà la ligne pastorale que le diocèse de Rabat poursuit encore aujourd’hui.
La perte du pape François, même si elle semblait s’annoncer, a laissé un vide réel. À peine avait-il appris la nouvelle que Mgr Lopez prenait déjà l’avion vers Rome. Il n’a donc pas pu constater pleinement la réaction du peuple marocain, mais les messages qu’il a reçus en disent long : musulmans et chrétiens ont exprimé une même peine, une même orpheline. Le roi du Maroc lui-même, ainsi que de nombreuses autorités locales, ont salué l’œuvre de François, notamment pour son rôle dans le rapprochement entre les religions.
Dans le monde musulman en général, le pontificat de François a laissé des traces visibles. Par son intérêt sincère pour ce monde, il a suscité un véritable élan de collaboration entre chrétiens et musulmans. Le dialogue n’est plus un vœu pieux, il est en marche dans de nombreux pays. L’archevêque de Rabat le résume ainsi :
« Si chrétiens et musulmans représentent près de la moitié de l’humanité, il est évident que nous sommes appelés à œuvrer ensemble pour construire ce monde selon le dessein de Dieu. »
Ce conclave, Mgr Lopez l’aborde avec un grand sens des responsabilités. Il insiste : l’Église ne doit pas être réduite à des appartenances à un pape ou à un autre. « Nous ne sommes ni de François, ni de Benoît, ni de Jean-Paul II, nous sommes du Christ », affirme-t-il fermement. Et s’il entend défendre l’héritage laissé par François, ce n’est pas par attachement humain mais parce qu’il y voit une fidélité profonde à l’Évangile : la synodalité, la mission, le refus de l’autocélébration ecclésiale.
Il rejette clairement les caricatures sur la tradition. Pour lui, la vraie tradition chrétienne, ce n’est pas un retour au XIXe siècle, mais la fidélité vivante à l’esprit des premiers siècles, à cette Église des origines unie dans la foi malgré les épreuves. C’est à cette source qu’il faut revenir.
Quant aux réunions préparatoires avant l’entrée en conclave, elles n’ont pas encore abordé les questions essentielles, mais une volonté se dessine : celle d’adopter une méthode plus synodale, en petits groupes, dans un climat de prière et de discernement. Ce mode de fonctionnement permettrait à tous les cardinaux, venus d’horizons très différents, de mieux se connaître et de bâtir une vraie unité, sans gommer les différences. « L’universalité de l’Église est belle, mais elle demande du temps, de l’écoute, et une volonté de communion », reconnaît Mgr Lopez.
Ainsi, au cœur de cette diversité culturelle et géographique voulue et encouragée par François, il reste un seul centre : le Christ. Voilà ce que souhaite porter l’archevêque de Rabat dans ce moment crucial pour l’Église.
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