Dans un monde de plus en plus sourd à la souffrance des innocents, la voix du père Ibrahim Faltas, vicaire de la Custodie de Terre Sainte, résonne comme un cri du cœur. Depuis plus d’un an et demi, il œuvre sans relâche pour ouvrir des couloirs humanitaires entre Gaza et l’Italie, permettant à des enfants blessés par la guerre de trouver enfin un peu de répit, de soins, et surtout un regard humain. Aujourd’hui encore, ce sont 17 enfants palestiniens, accompagnés de 53 membres de leurs familles, qui ont pu quitter la bande de Gaza pour être accueillis en Italie. Une opération discrète, mais vitale, marquée par la prière, la persévérance et un amour concret du prochain.
Parmi ces enfants, il y a Nour, une petite fille de six ans. Son prénom signifie « lumière« , mais sa vie est un combat permanent contre une maladie cruelle : l’épidermolyse bulleuse. Une peau qui se déchire au moindre contact, qui se couvre de cloques comme si elle était en feu. On les appelle les « enfants papillons » à cause de cette fragilité extrême. Et dans Gaza assiégée, sans soins adaptés, sans médicaments, sans pansements spécialisés, cette maladie devient une lente agonie. Avant le début de la guerre, des médecins italiens de Modène se rendaient régulièrement sur place pour les soigner. Depuis l’automne 2023, ce lien est brisé. Et beaucoup de ces enfants, autrefois suivis, sont désormais portés disparus.
Le père Faltas, depuis Jérusalem, reste en contact avec certaines familles. Il a parlé récemment à la mère d’un autre petit, Adam. Elle lui a dit qu’elle avait promis à son fils qu’en Italie, il serait sauvé. Pour elle, l’Italie, c’est un havre. Une terre de miséricorde. Le nom d’Adam n’est pas anodin non plus : c’est celui du premier homme. Lui et Nour, « lumière« , symbolisent toute cette humanité blessée qui attend un geste, une main tendue.
Mais cette action ne serait pas possible sans l’engagement ferme et constant de plusieurs acteurs italiens. Le père Faltas insiste : tout cela est le fruit d’un travail collectif. L’hôpital pédiatrique Bambino Gesù, des médecins bénévoles, des diplomates, et surtout le ministère italien des Affaires étrangères dirigé par Antonio Tajani, ont tous uni leurs efforts. Des relations humaines profondes ont été tissées au fil du temps, bâties sur la confiance et la foi partagée en la dignité de chaque vie humaine. Ce n’est pas de l’activisme politique, c’est de la charité chrétienne mise en acte.
Il y a aussi une nouveauté dans ce dernier transfert : les enfants ne sont pas passés par la frontière égyptienne, mais via Ramon. Un changement de logistique imposé par le contexte, qui montre combien il faut de souplesse et de courage pour franchir les mille obstacles administratifs et sécuritaires. Le père Faltas n’a jamais lâché. Depuis son entrevue privée avec le pape François en novembre 2023, il a redoublé d’efforts pour que les enfants de Gaza ne soient pas oubliés.
Concernant les prochaines arrivées, le vicaire reste prudent. Tout dépend des circonstances. Chaque transfert est une opération délicate, incertaine jusqu’à la dernière minute. Mais il l’affirme : l’Église sera toujours prête à répondre à l’appel de ceux qui souffrent. Il faut, dit-il, « que cesse cette spirale de violence qui éteint la lumière de l’espérance ».
Entre les bombes, les hôpitaux détruits, et l’enfermement, les enfants de Gaza n’ont rien demandé. Ils veulent juste vivre. Recevoir des soins. Être aimés. La voix du père Faltas nous le rappelle avec force : si nous laissons mourir ces enfants sans rien faire, c’est notre propre humanité que nous assassinerons. Prions, donc. Et agissons. Que l’humanité se réveille. Et qu’elle revienne, enfin, sur les sentiers de la lumière.





