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Décès de Brooklyn Rivera : les catholiques s’indignent face aux exactions du régime Ortega

Décès de Brooklyn Rivera : les catholiques s’indignent face aux exactions du régime Ortega

Le Nicaragua vient de perdre l’une de ses figures autochtones les plus influentes dans des circonstances tragiques. Brooklyn Rivera, chef historique de la côte caraïbe et prisonnier politique, s’est éteint à l’âge de 73 ans après plus de 970 jours de détention au secret sous le régime du président Daniel Ortega et de son épouse, la vice-présidente Rosario Murillo. L’annonce de son décès a été officialisée le 31 mai 2026 par le ministère de la Santé nicaraguayen, suscitant une vive émotion et une condamnation immédiate de la part des défenseurs des droits humains et de l’Église catholique.

Selon le communiqué gouvernemental relayé par les médias d’État, la détérioration physique et neurologique du dirigeant serait due à une infection bactérienne consécutive au Covid-19, ayant nécessité une hospitalisation et une assistance respiratoire à partir du 7 mars dernier. Cette version officielle se heurte frontalement aux dénonciations de ses proches. Sa fille, Tininiska Rivera, a catégoriquement rejeté ces affirmations dans un communiqué publié par la presse indépendante. Elle a rappelé que son père était en excellente santé lors de son arrestation arbitraire le 29 septembre 2023. Depuis son enlèvement, la famille s’est vue refuser tout droit de visite, plongée dans une angoisse constante face au silence des autorités et à l’impossibilité d’obtenir la moindre évaluation médicale indépendante.

L’ancien ambassadeur du Nicaragua auprès de l’Organisation des États américains, Arturo McFields Yescas, a publiquement qualifié cette mort de crime d’État, affirmant que le dirigeant politique n’était pas simplement décédé, mais qu’il avait été assassiné, illustrant une mécanique implacable où les opposants entrent vivants en prison pour en ressortir morts. Né en septembre 1952, Brooklyn Rivera avait fondé le mouvement Yatama pour défendre le peuple Miskito. Après avoir pris la tête d’une résistance armée dans les années 1980 contre le premier gouvernement sandiniste, il avait œuvré aux négociations de paix et au processus d’autonomie des peuples autochtones, avant de siéger comme député à l’Assemblée nationale. Son sort tragique s’inscrit dans un climat de terreur dénoncé début mai par des experts de l’ONU à Genève, qui s’inquiètent des allégations de tortures meurtrières en détention et recensent aujourd’hui plus de 112 victimes de disparitions forcées, évoquant même le cas récent d’un corps restitué en février sans certificat de décès.

Face à ce drame, les voix catholiques contraintes à l’exil n’ont pas tardé à s’élever. Le père Edwing Roman, prêtre nicaraguayen aujourd’hui vicaire à la paroisse Sainte-Agathe de Miami, a dressé le constat d’un pays transformé en État policier. Il fustige une dictature cruelle coupable de crimes contre l’humanité, énumérant les arrestations reposant sur des accusations montées de toutes pièces, les tortures mortelles en détention, la persécution ouverte de l’Église, la confiscation des biens ou encore la déchéance de nationalité frappant les citoyens. Pour le clerc, la foi chrétienne exige de dénoncer ces violations systématiques et de ne jamais garder le silence devant le piétinement de la liberté et de la dignité d’un peuple.

Ce sombre bilan est également corroboré par la chercheuse Martha Patricia Molina, auteure d’un rapport documentant de manière exhaustive les attaques contre l’Église depuis 2018. Qualifiant la fin de Brooklyn Rivera de répugnante et inhumaine, elle rappelle qu’il est la neuvième personne assassinée par le pouvoir en place dans un tel contexte carcéral, tandis que plus de 45 autres prisonniers politiques restent sous la menace directe d’un sort similaire, des actes qui ne doivent souffrir d’aucune impunité selon elle.

Conversation des fidèles

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