Dans l’indifférence générale, une véritable tragédie se joue au Pakistan : des centaines de familles chrétiennes sont littéralement prisonnières dans les briqueteries, enfermées dans une forme moderne d’esclavage par dettes. Dans la province du Pendjab, là où réside la majorité des chrétiens pakistanais, ces familles vivent dans une pauvreté accablante, réduites à accepter l’insupportable pour simplement survivre.
C’est dans ce contexte que Global Christian Relief, un ministère chrétien américain qui soutient les chrétiens persécutés dans le monde entier, a décidé d’intervenir de manière concrète. Cette année, l’organisation s’est donné pour objectif de racheter la liberté de plus de 100 familles chrétiennes, emprisonnées dans un système qui viole à la fois la dignité humaine et les lois pakistanaises elles-mêmes.
La plupart de ces familles entrent dans ce piège à la suite de petits prêts d’urgence, souvent pour des sommes dérisoires allant de 800 à 1 000 dollars, contractés pour se soigner, payer un loyer ou acheter de quoi manger. Le piège se referme aussitôt : les faibles salaires, parfois aussi bas que 3 dollars de l’heure, sont aussitôt grignotés par les intérêts imposés par les propriétaires. Au final, ces chrétiens travaillent parfois plus de 15 heures par jour pour ne percevoir qu’un dollar et demi quotidien, tout en voyant leur dette augmenter au fil des années.
Et ce calvaire peut durer des décennies, malgré une loi votée en 1992 au Pakistan qui interdit le travail forcé par endettement. Mais cette loi reste lettre morte. L’impunité des propriétaires de briqueteries, nourrie par la corruption et l’inaction des autorités, permet à ce système d’esclavage de perdurer.
Les histoires racontées par l’organisation sont à glacer le sang. Raheel et Ruth, parents de quatre enfants, ont passé 25 ans dans une briqueterie pour rembourser un prêt de 875 dollars pris pour soigner la jambe de la mère de Raheel. Leur quotidien ? Se lever à 1h du matin pour fabriquer des milliers de briques jusqu’à la nuit tombée.
Autre cas : Khalid et Shabana avaient emprunté 213 dollars pour financer les mariages des sœurs de Khalid. Quinze ans plus tard, la dette avait quadruplé, et lui et ses jeunes fils étaient toujours esclaves, sans espoir de sortie.
Asid et Rabia, eux, avaient eu recours à un prêt pour une césarienne d’urgence. Huit ans plus tard, ils travaillaient encore pour rembourser 984 dollars.
L’œuvre de Global Christian Relief ne se limite pas à rembourser les dettes. L’organisation accompagne aussi la reconstruction des familles libérées : lancement de petits commerces pour 325 femmes, formation professionnelle pour 380 jeunes, soins médicaux pour 20 000 familles… C’est tout un chemin de dignité, d’autonomie et d’espérance qui s’ouvre.
Le président de l’organisation, Brian Orme, explique qu’il a personnellement visité ces communautés :
« Quand nous avons remis ces chèques à des familles comme Raheel et Ruth, nous n’avons pas seulement effacé des dettes : nous avons brisé des chaînes qui se transmettaient de génération en génération. »
Cette situation ne s’explique pas uniquement par la misère : elle s’inscrit dans une persécution systémique contre les chrétiens du Pakistan, qui ne représentent qu’environ 1,27 % de la population. Dans ce pays, les chrétiens sont tenus à l’écart de l’enseignement, du marché du travail et des postes à responsabilité. On les cantonne aux tâches les plus ingrates, comme le nettoyage ou les travaux agricoles, et les lois sur le blasphème sont utilisées pour les réduire au silence, les emprisonner injustement, voire les lyncher.
La Commission américaine pour la liberté religieuse internationale a d’ailleurs classé le Pakistan parmi les 16 pays les plus préoccupants en matière de persécutions religieuses en 2025, dénonçant à la fois les discriminations d’État et les exactions commises par des groupes privés contre les minorités chrétiennes.





