Plus de six mois après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, les stigmates de la guerre au Liban demeurent profondément ancrés dans les villages du Sud, ravagés par les bombardements et vidés d’une partie de leur population. Loin de se contenter d’un repli silencieux, l’Église continue son œuvre, et les religieuses, en premières lignes, s’efforcent d’apporter réconfort spirituel et aide concrète aux familles chrétiennes désemparées.
Parmi ces âmes dévouées, on trouve sœur Maya El Beaino, religieuse des Sœurs des Saints Cœurs de Jésus et de Marie, qui a fait le choix courageux de rester dans le village d’Aïn Ebel tout au long des frappes. « En octobre 2024, les gens n’avaient que 40 minutes pour fuir avant le début des bombardements », raconte-t-elle. Les explosions secouaient la nuit, mais elle n’a pas quitté son poste. Elle savait que sa présence était une ancre pour les âmes perdues. Les personnes âgées, restées seules dans le village, disaient préférer mourir chez elles plutôt que de tout abandonner. Sans l’aide d’ACN (Aide à l’Église en Détresse), il leur aurait été tout simplement impossible de recevoir leurs médicaments essentiels durant les moments les plus critiques de la guerre.
Aujourd’hui encore, les retombées économiques et sociales de ce conflit pèsent lourdement. Dans la région frontalière au sud, là où les combats furent les plus intenses, les familles chrétiennes qui ont choisi de rester font face à un quotidien appauvri. À Debel, par exemple, le nombre d’enfants scolarisés a été divisé par deux. Sœur Gérard Merhej, directrice de l’école des Sœurs Antonines, observe avec douleur cette chute :
« Nous avions 400 élèves. Aujourd’hui, il n’en reste que 200. Beaucoup de familles instruites sont parties vers Beyrouth, à la recherche d’un avenir. »
Ceux qui sont restés n’ont bien souvent plus rien. Les terres agricoles, principale source de revenus, ont été détruites. Privés de travail et de ressources, les habitants tentent comme ils peuvent de faire renaître un semblant d’activité agricole pour nourrir les leurs. Mais les moyens manquent, et sans le soutien de l’Église et de ses partenaires, beaucoup auraient sombré. Sœur Merhej souligne que l’aide d’ACN a été essentielle pour maintenir une éducation de qualité dans cet environnement désespéré, et ainsi donner une lueur d’espérance aux familles chrétiennes.
Malgré ces difficultés, certaines écoles catholiques, par la force de l’engagement de leurs religieuses, brillent par leur excellence. À Aïn Ebel, l’établissement tenu par les Sœurs des Saints Cœurs a continué d’enseigner même pendant les pires heures, en basculant vers les cours à distance. Sœur Maya se souvient :
« Une fois, une frappe est tombée près de chez un de nos élèves. Tous ont entendu l’explosion. Pourtant, ils sont restés unis par la prière et l’étude, même séparés par les murs. »
L’année dernière, 79 % des élèves ont obtenu d’excellentes notes, et six d’entre eux figuraient parmi les dix meilleurs élèves de tout le pays.
Le témoignage de ces religieuses montre un Liban chrétien meurtri mais vivant, affaibli mais pas abandonné. Leur fidélité à leur mission, leur amour du prochain et leur confiance en Dieu témoignent d’une Église qui ne déserte pas face à l’adversité. Avec le soutien d’ACN, les communautés chrétiennes survivent, parfois même revivent. Le combat continue, certes sans armes, mais avec la prière, la charité et la foi inébranlable que le Christ ne délaisse jamais les siens.
Sœur Maya conclut simplement, les yeux levés vers le Ciel :
« Merci pour tout ce que vous faites. Que Dieu bénisse ACN. »




















