Le Père Tomaz Majcen, franciscain conventuel originaire de Slovénie, est l’unique prêtre pour tout ce territoire. Depuis Nuuk, la capitale, il veille sur un troupeau dispersé de 800 âmes. Mais aujourd’hui, ce pasteur du bout du monde ne regarde pas seulement le ciel pour y chercher des aurores boréales : il observe avec inquiétude les négociations internationales qui traitent sa terre de mission comme un simple pion sur l’échiquier mondial.
Une paroisse au bout du monde : La réalité de l’Église catholique au Groenland
La mission du Père Majcen relève de l’apostolat de l’extrême. Basé à l’église du Christ-Roi à Nuuk, l’unique paroisse catholique de l’île, il célèbre la messe quotidienne pour une communauté composée majoritairement d’immigrants.
« Au total, il y a environ 800 catholiques », confie le Père Majcen. Si la grande majorité des 57 000 habitants du Groenland appartient à l’Église luthérienne évangélique, le petit reste catholique est un mélange vibrant de nationalités, incluant une poignée de Groenlandais de souche.
La vie paroissiale ici est sculptée par la rudesse du climat. Les déplacements vers les villes éloignées pour visiter les fidèles sont des expéditions. Le froid, l’obscurité hivernale et l’isolement sont le quotidien de l’Église catholique au Groenland. Pourtant, ce n’est pas le froid qui glace le sang des habitants ces derniers temps, mais les rumeurs venant de Washington.
Quand la géopolitique menace la dignité humaine
L’actualité récente a propulsé le Groenland sous les projecteurs. Les déclarations de l’ancien président américain Donald Trump, suggérant une possible annexion ou un contrôle accru du Groenland pour des raisons stratégiques face à la Russie, ont provoqué une onde de choc.
Pour le Père Majcen, ces discours sont blessants. « Le Groenland est évoqué comme s’il s’agissait d’un objet, et non d’un foyer », déplore-t-il. Cette réification du territoire, réduit à ses ressources minières ou à sa position militaire pour les missiles intercontinentaux, nie l’humanité de ceux qui y vivent.
L’inquiétude est palpable au sein de l’Église catholique au Groenland. Les fidèles, souvent réservés par culture (« la peur ne crie pas toujours, souvent elle chuchote », dit le prêtre), s’interrogent au pied de l’autel :
- « Comptons-nous vraiment ? »
- « Notre voix sera-t-elle entendue ? »
- « Ne sommes-nous qu’une monnaie d’échange ? »
Ces questions existentielles touchent au cœur de la dignité humaine. « Ce qui m’alarme le plus, c’est la facilité avec laquelle la dignité humaine peut être oubliée », souligne le franciscain. Les débats politiques se concentrent sur la stratégie, oubliant que le Groenland est avant tout une maison : celle de familles, d’enfants, d’anciens et de traditions millénaires.
L’espérance au cœur des glaces
L’avenir du Groenland ne peut se construire sans les Groenlandais. C’est le message central que porte l’Église catholique au Groenland par la voix de son unique pasteur. Le respect doit prévaloir sur la puissance, et l’écoute sur les discours lointains.
Le Père Tomaz Majcen continue sa mission avec une espérance simple et profonde : que la peur n’ait pas le dernier mot. Dans le silence blanc du Grand Nord, la petite communauté catholique rappelle au monde que même sur la plus grande île de la planète, l’homme n’est pas « juste des minéraux », mais une âme aimée de Dieu.
L’analyse de Napo
Nous sommes véritablement ici chez les catholiques des périphéries, comme le disait le pape François, des catholiques qui, même dans un pays hostile, où il fait −50 degrés, où il faut faire une heure de route sur des routes glacées pour assister à la messe, et où des catholiques ne peuvent pas recevoir la confession chaque mois ou d’autres sacrements, laissent tout de même l’espérance primer. Et même si ce n’est qu’un minuscule petit morceau de terre à l’échelle mondiale, le Seigneur veille sur son troupeau et le défendra face aux superpuissances qui veulent en prendre le contrôle : Dieu est plus fort que toutes les armes humaines. Courage à cette paroisse qui n’abandonne pas l’Église catholique malgré toutes ses difficultés.






