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Église en Irlande : les catholiques parmi les plus pratiquants d’Europe

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L’Église qui est en Irlande traverse une période de mutation complexe, oscillant entre l’érosion de la transmission doctrinale et des signes inattendus de vitalité sacramentelle. Réunis en assemblée plénière de printemps à Maynooth, dont les travaux s’achèvent aujourd’hui, les évêques irlandais se sont penchés sur un rapport sociologique inédit cartographiant le paysage spirituel de l’île.

Intitulée « Renverser la tendance ? », cette vaste synthèse croise les données de l’Enquête sociale européenne (ESS), du Bureau central des statistiques, de l’institut Amárach, de Barna et de divers travaux universitaires. Il en ressort un constat nuancé : malgré les assauts de la sécularisation, le catholicisme irlandais conserve une ferveur qui le place dans le peloton de tête du continent.

À l’échelle de la République d’Irlande, 31 % des catholiques assistent à la messe au moins une fois par semaine. Ce taux d’assistance dominicale hisse le pays au quatrième rang européen, au coude-à-coude avec l’Italie (32 %), bien que distancé par les nations d’Europe centrale comme la Pologne (49 %) et la Slovaquie (46 %). La vie de prière témoigne de la même résilience : plus du tiers des adultes catholiques irlandais (34 %) prient quotidiennement. En Europe occidentale, seul le Portugal affiche une proportion supérieure (37 %).

Cette persévérance dans la foi s’observe avec une acuité encore plus grande en Irlande du Nord. La région s’affirme non seulement comme la plus religieuse de l’île, mais également de tout le Royaume-Uni. Un tiers de la population nord-irlandaise s’y identifie comme catholique (34 %) et une proportion équivalente comme chrétienne d’une autre confession (35 %), loin des moyennes britanniques (respectivement 10 % et 27 %). Plus impressionnant encore, 41 % des catholiques nord-irlandais se rendent à la messe chaque semaine, une ferveur qui surpasse la moyenne britannique (28 %) et devance les bastions les plus pratiquants d’outre-Manche tels que les Midlands de l’Ouest (40 %), l’Écosse (33 %) et le Nord-Est (31 %). La pratique globale, toutes confessions confondues, y atteint 35 %, soit près du triple de la moyenne du Royaume-Uni (12 %).

Les chercheurs soulignent que cette vitalité institutionnelle doit beaucoup aux mouvements démographiques récents. L’immigration a considérablement soutenu les effectifs des fidèles : si en 2002-2003, seulement 6 % des catholiques d’Irlande étaient nés à l’étranger, cette proportion a triplé pour atteindre 18 % en 2023-2024.

Cependant, le rapport met en lumière un phénomène générationnel paradoxal qui interpelle les pasteurs. Pendant deux décennies, la jeunesse a semblé déserter les bancs des églises : entre 2002 et 2022, la pratique dominicale des jeunes catholiques (16-29 ans) s’était effondrée de 41 % à 7 % (la pratique des jeunes en général chutant de 32 % à 9 %). Or, les données de l’ESS pour la période 2022-2024 révèlent un rebond inattendu au sein de cette même classe d’âge. Le taux de jeunes catholiques assistant à la messe a brusquement bondi, remontant à 17 %, entraînant la moyenne de tous les jeunes adultes de 9 % à 14 %. Si ce sursaut ne s’observe pas chez les adultes plus âgés — dont le taux global de pratique est resté stable autour de 23 % et le taux spécifiquement catholique inchangé à 32 % —, il replace les jeunes Irlandais au sixième rang européen de la pratique juvénile, affichant des proportions au moins deux fois supérieures à celles de la Suisse, de l’Allemagne ou de la Belgique (toutes à 5 %).

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Il en va de même pour la prière personnelle. Environ 17 % des jeunes Irlandais se recueillent régulièrement, ce qui les place au quatrième rang ex aequo avec la Belgique, derrière le Portugal (28 %), la Pologne (23 %) et la Croatie (20 %). Le rapport note par ailleurs qu’à l’exception notable de la France, les jeunes Européens prient systématiquement moins que leurs aînés.

Face à ce timide retour aux sacrements, les évêques mesurent toutefois l’ampleur du défi de l’évangélisation, car l’adhésion doctrinale s’est profondément fracturée. Si une étude Barna de 2023 montre que les adolescents irlandais demeurent plus religieux que leurs pairs au niveau mondial — 62 % se déclarant chrétiens contre près d’un tiers se disant athées, agnostiques ou sans religion —, elle révèle aussi une apathie et un scepticisme très répandus, même parmi les croyants, quant à l’existence historique du Christ.

L’identité religieuse s’érode par ailleurs au profit d’autres appartenances : 11 % des 16-29 ans se réclament désormais d’une religion non-chrétienne ou d’une autre confession chrétienne (l’islam représentant environ la moitié de ce chiffre), contre seulement 4 % chez les adultes plus âgés.

Plus fondamentalement, la transmission de l’enseignement moral de l’Église se heurte à une opposition frontale. Le rapport s’appuie sur une étude de 2017 menée auprès de jeunes qui ont aujourd’hui entre 23 et 34 ans. Si 31 % des adolescents et 20 % des jeunes adultes se considéraient alors comme des chrétiens pratiquants pour qui la foi revêtait de l’importance, une majorité massive exprimait sa dissidence vis-à-vis du magistère. Ainsi, 69 % d’entre eux s’estimaient incapables de vivre selon l’enseignement catholique sur la sexualité, et 79 % considéraient au moins en partie comme erronées ces doctrines, notamment celles concernant l’homosexualité.

Au terme de leur assemblée, les évêques d’Irlande se retrouvent face au portrait d’une Église contrastée. Si les chiffres de la pratique sacramentelle écartent la perspective d’un effacement pur et simple du catholicisme sur l’île, l’écart persistant entre l’identité revendiquée et l’adhésion aux exigences de la foi catholique trace les contours de l’immense labeur pastoral qui attend les diocèses pour proposer à nouveau la vérité de l’Évangile à une génération marquée par le scepticisme ambiant.

Conversation des fidèles

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