La ville de Sainte Barbara, en Californie, a accueilli le sommet annuel de Legatus. Cet événement a rassemblé des décideurs économiques catholiques venus se ressourcer autour de l’injonction évangélique : « Entre dans la joie de ton maître » (Mt 25, 23). Mêlant temps de prière, échanges fraternels et formation intellectuelle, ce rassemblement illustre la vitalité de ce réseau atypique dans le paysage ecclésial nord-américain.
L’organisation a été fondée en 1987 par l’entrepreneur Tom Monaghan, pionnier de l’industrie de la pizza, avec une mission claire : étudier, vivre et diffuser la foi catholique au sein des familles, des entreprises et de la société. Près de quarante ans plus tard, Legatus fédère plus de 5 500 dirigeants d’entreprise et leurs conjoints, répartis dans plus de 90 chapitres à travers les États-Unis, le Canada et le Mexique, qui se réunissent mensuellement.
L’un des moments forts de ce sommet californien a été la remise du prix « Cardinal O’Connor du Défenseur de la Foi », une distinction décernée chaque année à une personnalité ayant témoigné publiquement de la foi catholique. Stephen Henley, président international de Legatus, a rappelé que ce prix honore la mémoire du cardinal John O’Connor (1920-2000), archevêque de New York à partir de 1984, qui fut l’un des premiers soutiens de l’organisation tout en insistant pour que ses membres soient exclusivement des laïcs. Décrit par M. Henley comme un « géant » et un homme prêt à prendre des risques pour défendre l’Église, le prélat défunt prête aujourd’hui son nom à une récompense attribuée cette année à Mgr José H. Gomez, archevêque de Los Angeles.
Mgr Gomez a été honoré pour le leadership dont il a fait preuve au sein de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, où il a œuvré comme conseiller ecclésiastique au cours des quinze dernières années, façonnant notamment les orientations épiscopales sur la question migratoire. Stephen Henley a salué un pasteur humble, éloigné de l’image des évêques se comportant comme « les rois de leurs propres fiefs ». Il a souligné la proximité de l’archevêque de Los Angeles, son accessibilité et son profond amour pour ses prêtres, le qualifiant de « grand exemple ».
Outre les distinctions, le sommet a été rythmé par les interventions de personnalités issues d’horizons très divers. L’acteur Neal McDonough a ainsi partagé un témoignage remarqué sur les implications de sa foi à Hollywood. Connu pour son rôle récent aux côtés de Sylvester Stallone dans la série Tulsa King, le comédien a expliqué son refus catégorique de tourner des scènes de sexe ou d’embrasser ses partenaires à l’écran, par fidélité à ses convictions catholiques et par respect pour son épouse, Ruvé. Ce choix éthique lui a valu d’être mis à l’index par l’industrie cinématographique et de perdre d’importants contrats. L’acteur a toutefois précisé qu’il a pu échanger un baiser dans le film The Last Rodeo, la production ayant accepté d’engager sa propre femme pour le rôle. Leur échange sur scène a illustré, selon les organisateurs, toute la beauté du sacrement de mariage, un témoignage qui a d’ailleurs poussé de nombreuses personnes à remercier l’acteur pour son courage.

La question de l’intégrité professionnelle et éthique a également été abordée par le Dr Benjamin Carson, éminent neurochirurgien et ancien secrétaire au Logement et au Développement urbain. Devenu célèbre à l’échelle nationale en 1987 après avoir dirigé la première séparation chirurgicale de jumeaux siamois reliés par la tête, il a expliqué avoir surmonté la pression grâce à sa compétence, mais surtout par sa confiance en Dieu. Fervent défenseur de la vie, le Dr Carson a fait part de son incompréhension face aux médecins pratiquant des avortements ou des interventions in utero : comment peut-on, a-il interrogé, contempler la beauté de la création divine pour ensuite la détruire ? Qualifiant certains de ces praticiens de « dérangés », il a par ailleurs dénoncé la prédominance actuelle des avortements chimiques, qui représentent aujourd’hui plus de 65 % des procédures, un processus qu’il juge « dégoûtant ».
Le monde de l’entreprise et de la technologie n’a pas été oublié. Vic Gundotra, ancien vice-président de l’ingénierie chez Google, a livré le récit de son itinéraire spirituel complexe. Élevé chez les Témoins de Jéhovah où il fut un ancien au sein de la Société Watch Tower, puis passé par l’athéisme, il a fini par embrasser la foi catholique. Son intervention a porté sur l’Intelligence Artificielle, expliquant comment cet outil peut être intégré à la vie de foi, notamment pour l’étude, tout en appelant les dirigeants catholiques à faire preuve de discernement face aux défis et aux dangers que l’IA représente dans le monde des affaires.
Dans un tout autre registre, le sommet a offert des perspectives inédites avec la prise de parole de James Olson, ancien chef du contre-espionnage de la CIA, qui a démontré, lors d’une conférence aussi fascinante qu’inhabituelle, comment la foi catholique pouvait coexister avec les exigences du métier d’espion. Les participants ont également pu entendre le récit bouleversant de Sam Goodwin, originaire de Saint-Louis et fils de membres de Legatus. Alors qu’il tentait de visiter tous les pays du monde, il a été capturé, faussement accusé et emprisonné en Syrie. Il a détaillé ses 63 jours de captivité, passés en grande partie à l’isolement, une épreuve relatée dans son ouvrage Saving Sam.
Enfin, le sommet s’est attaché à nourrir la vie intérieure des participants grâce aux interventions de figures spirituelles. Sœur Miriam James Heidland, de la Société de Notre-Dame de la Très Sainte Trinité (SOLT), entrée dans la vie religieuse en 1998 après avoir réalisé que son succès comme joueuse de volley-ball de première division ne comblait pas son cœur, a invité l’assemblée à se laisser transformer par la miséricorde guérissante de Dieu.
Une exigence spirituelle qui doit s’incarner dans le quotidien, comme l’a rappelé le père Josh Johnson, curé et directeur des vocations dans le diocèse de Bâton-Rouge. S’appuyant sur le thème du sommet, le prêtre a exhorté les dirigeants à faire de la prière intentionnelle la priorité de leur matinée, en prenant soin d’éteindre leurs téléphones pour se préserver du tumulte. Une discipline de vie indispensable pour porter du fruit, résumée par cet ultime avertissement du prêtre : « Si vous attendez la fin de la journée, il est probable que cela n’arrivera pas.




















