Depuis plusieurs semaines, le Liban subit de plein fouet les effets dévastateurs de la guerre qui s’est étendue sur son sol. Ce pays, autrefois surnommé la Suisse du Moyen-Orient, est aujourd’hui plongé dans une crise sans précédent. Environ 1,2 million de Libanais ont été contraints de quitter leurs foyers, représentant près de 20 % de la population totale du pays. Une situation d’autant plus grave que le Liban accueillait déjà deux millions de réfugiés syriens depuis plus de treize ans.
Un État en déroute, une population abandonnée
L’effondrement de l’État libanais, déjà perceptible depuis des années, est aujourd’hui plus criant que jamais. Le secteur public est en ruine, la monnaie ne cesse de chuter, et le gouffre économique semble insurmontable. Dans ce contexte, ce sont surtout les enfants qui en paient le prix fort : des centaines de milliers d’entre eux sont privés de scolarité. Heureusement, des initiatives chrétiennes comme celles menées par L’Œuvre d’Orient tentent de pallier cette défaillance étatique. Comme le rappelle Vincent Gelot, responsable pour le Liban et la Syrie au sein de cette œuvre, le pays n’était pas préparé à la crise actuelle.
Avant même l’attaque du Hezbollah début octobre, le Liban faisait déjà face à des déplacements internes massifs. Aujourd’hui, les besoins humanitaires explosent. L’urgence est de trouver des solutions pour accueillir ces personnes déplacées, principalement des civils qui ont tout perdu. À Beyrouth, des hôpitaux comme celui de Geitaoui prennent en charge les victimes des bombardements, notamment des grands brûlés, tandis que des convois humanitaires sont envoyés vers le Sud, où de nombreux chrétiens refusent de quitter leurs villages, de peur que leurs maisons ne soient occupées par des miliciens.
Des infrastructures insuffisantes et une crise mal anticipée
Malgré l’ampleur de cette crise, les autorités libanaises peinent à réagir. Les centres d’accueil de Beyrouth et du Mont-Liban, qui abritent la moitié des déplacés, sont saturés. Sur un millier de centres recensés, plus de 800 sont déjà pleins. Le gouvernement a récemment annoncé un projet de construction de villages de préfabriqués pour les déplacés, une solution temporaire dans un pays qui a déjà connu tant de conflits.
Mais cette crise humanitaire ravive également des tensions communautaires. Outre les 1,2 million de Libanais déplacés, deux millions de réfugiés syriens vivent déjà au Liban, une situation qui ne fait qu’aggraver les tensions entre les communautés. Ces réfugiés, qui dépendent en grande partie de l’aide internationale, voient leur situation devenir de plus en plus précaire. Il est même arrivé que certains, dans un geste désespéré, repartent en Syrie, malgré les risques liés à la guerre qui y sévit depuis treize ans.
Un cycle tragique sans fin pour le Liban
Le Liban semble aujourd’hui pris dans un cycle de crises sans fin. Depuis cinquante ans, ce pays est régulièrement frappé par des conflits, et aujourd’hui, la fatigue et la dépression ont pris le dessus. L’enthousiasme et l’énergie qui avaient marqué la période suivant l’explosion du port de Beyrouth en 2020 se sont évanouis. Le poids de la crise repose presque entièrement sur le secteur associatif privé, principalement chrétien, qui tente tant bien que mal de répondre aux besoins pressants de la population.
Vincent Gelot souligne l’importance de ce secteur privé non lucratif, qui assure des services publics pour tous les Libanais, quelle que soit leur confession, en particulier dans les zones rurales et les quartiers pauvres. L’éducation est un exemple frappant de cette réalité : alors que seuls 15 % des enfants sont scolarisés dans le secteur public, 85 % le sont dans le privé, souvent grâce à des associations comme L’Œuvre d’Orient. Mais cette aide ne suffira pas à long terme sans une plus grande mobilisation internationale.
Un appel à la solidarité internationale
Face à cette situation dramatique, une conférence de soutien au Liban sera organisée à Paris le 24 octobre prochain. Vincent Gelot espère que cette initiative permettra de sensibiliser la communauté internationale à la gravité de la situation. Il appelle à un rééquilibrage de l’aide humanitaire, qui doit cesser de se concentrer uniquement sur les réfugiés syriens et inclure davantage la population libanaise. La situation est critique : des millions de personnes, civiles pour la grande majorité, sont déracinées, ayant tout perdu. Leurs aspirations sont simples, mais essentielles : vivre en paix, loin des horreurs de la guerre.






