Dans une initiative récente, la Conférence épiscopale du Brésil (CNBB) a pris un tournant qui a surpris beaucoup d’observateurs : elle a organisé un sommet regroupant des prêtres « influenceurs » sur les réseaux sociaux, pour la plupart affiliés à des cercles conservateurs proches de l’ancien président Jair Bolsonaro. Cet événement, tenu du 29 au 30 octobre, marque une démarche inhabituelle pour la CNBB, souvent perçue comme progressiste.
Une rencontre influencée par les réseaux sociaux et le courant conservateur
Ce sommet, animé par la Commission épiscopale des communications, a réuni de nombreux prêtres aux opinions conservatrices, notamment issus du Renouveau Charismatique Catholique, un mouvement qui soutient fréquemment les idées de Bolsonaro. Parmi les absents notables, on note des prêtres bien connus pour leurs positions progressistes, comme le Père Julio Lancelloti, activiste engagé pour les droits de l’homme.
Cette rencontre n’est pas une initiative entièrement nouvelle : en 2015, la CNBB avait déjà envisagé des regroupements d’influenceurs catholiques, mais à l’époque, ceux-ci se limitaient principalement aux chanteurs catholiques. Aujourd’hui, les prêtres ayant une large audience sur les réseaux sociaux sont désormais la cible de cette démarche.
Le rôle controversé du Père Paulo Ricardo et des influences politiques
Parmi les prêtres invités, le Père Paulo Ricardo de Azevedo Junior, une figure bien connue pour ses prises de position publiques contre les milieux progressistes de l’Église, s’est distingué. Très actif en ligne, il propose des cours sous abonnement et dénonce régulièrement les orientations de la CNBB, gagnant ainsi le statut de « défenseur du vrai catholicisme » aux yeux de nombreux traditionalistes.
Le Père Paulo Ricardo est aussi connu pour son lien avec Olavo de Carvalho, polémiste et penseur conservateur proche de Bolsonaro, qui a critiqué l’influence du « marxisme culturel » dans l’Église et la société. Une photo virale du Père Ricardo armé aux côtés de De Carvalho avait d’ailleurs suscité beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux au Brésil.
Une ouverture pour apaiser les tensions
Certains experts voient dans cette rencontre une tentative de la CNBB d’apaiser les relations avec ces prêtres conservateurs qui, pendant des années, ont été en désaccord avec elle. En effet, depuis sa fondation il y a 60 ans par Mgr Helder Camara, une figure centrale de la Théologie de la Libération, la CNBB a majoritairement été dirigée par des personnalités progressistes. Cependant, les dirigeants actuels, tels que l’archevêque Jaime Spengler de Porto Alegre (récemment nommé cardinal) et Mgr Ricardo Hoepers, secrétaire général de la CNBB, sont perçus comme des modérés.
Selon le Père Manoel Godoy, théologien de renom, cette démarche de la CNBB semble vouloir prouver aux prêtres conservateurs que « la CNBB n’est pas aussi radicale qu’elle a pu être perçue » et qu’ils peuvent désormais envisager un dialogue plus serein avec l’épiscopat.
Conclusion : Vers un dialogue renouvelé au sein de l’Église brésilienne
La démarche de la CNBB semble s’inscrire dans une volonté d’ouverture et de dialogue, même avec des voix conservatrices parfois critiques. Cette rencontre marque peut-être un tournant, où les évêques cherchent à rapprocher les différentes tendances au sein de l’Église brésilienne, tout en rappelant l’importance de l’unité et du respect des valeurs chrétiennes. Seul l’avenir dira si cette tentative de rapprochement portera ses fruits ou si elle accentuera les divergences.





