Alors que le nouveau Congrès uruguayen entame ses travaux depuis février, un projet de loi visant à dépénaliser l’euthanasie pourrait être adopté avant la fin de l’année. Porté par Federico Preve, élu du Frente Amplio (gauche), le texte bénéficie d’un soutien transpartisan, y compris parmi des parlementaires de droite. Une majorité semble acquise, selon ses promoteurs, malgré les résistances d’un groupe de défenseurs de la vie, dont le philosophe catholique Miguel Pastorino.
Avec seulement 5 % de catholiques pratiquants et une majorité d’athées, l’Uruguay, nation laïque depuis plus d’un siècle, impose à ses opposants à l’euthanasie de recourir à des arguments strictement laïcs. « Si l’Église prend position, les gens feront l’inverse par réflexe », explique Pastorino, membre de l’Université catholique du pays. Pour lui, invoquer la Bible ou les enseignements du Christ serait contre-productif face à une population détachée de la religion.
Le cardinal Daniel Sturla, archevêque de Montevideo, s’exprime pourtant régulièrement dans les médias, rappelant l’engagement de l’Église en faveur de la vie « de la conception à la mort naturelle ». Mais même les évêques privilégient désormais des raisonnements humanistes, évitant les références explicites à la foi. Une stratégie nécessaire, selon Pastorino, pour éviter d’être discrédités comme « intégristes » par les partisans de l’euthanasie.
Suicide, solitude : les racines d’un mal social
Le taux de suicide le plus élevé d’Amérique latine, particulièrement chez les hommes âgés, révèle une crise silencieuse. Pour Pastorino, cette « épidémie de désespoir » prépare le terrain à une acceptation massive de l’euthanasie. « Certains choisiraient la mort par altruisme, pour ne plus “peser” sur leurs proches. Mais abandonner nos aînés, c’est renier notre humanité », déplore-t-il.
Il dénonce également une proposition de loi « floue », permettant à des patients atteints de maladies chroniques non terminales — avec une espérance de vie pouvant atteindre 20 ans — de demander une mort anticipée. Autre faille : l’absence d’évaluation psychologique obligatoire, pourtant requise dans d’autres pays.
Soins palliatifs : l’alternative ignorée
Selon les sondages, 82 % des Uruguayens soutiendraient l’euthanasie. Mais pour Pastorino, ce chiffre masque une méconnaissance des alternatives. « Quand on explique les soins palliatifs, beaucoup hésitent », assure-t-il. L’hospice San José, fondé par des catholiques, témoigne de cette approche centrée sur l’accompagnement plutôt que l’abandon.
En 2020, un premier projet de loi sur l’euthanasie, approuvé par les députés, avait échoué au Sénat. Le texte actuel reprend les mêmes critères : adultes souffrant de pathologies incurables, causant une « douleur insupportable », pourraient demander à un médecin de mettre fin à leurs jours, après deux consultations et l’examen d’un second praticien.
Un débat tronqué
« On demande aux gens : “Préférez-vous souffrir ou mourir en paix ?” », critique Pastorino. Une question biaisée, selon lui, qui occulte les solutions existantes. Son collectif, composé de croyants et d’athées, milite pour recentrer le débat sur le soutien aux vulnérables plutôt que sur une pseudo-liberté individuelle.
Si la loi semble promise à une adoption rapide, les défenseurs de la vie espèrent encore amender le texte, exigeant notamment l’intervention de psychologues. Une ultime tentative pour rappeler que derrière chaque « choix » de mourir se cache souvent une détresse sociale… que l’État devrait combattre, non entériner.
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