C’est à Jérusalem, la Ville trois fois sainte et pourtant déchirée, que l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, a tenu des propos révélateurs du mépris de l’administration Trump envers le peuple palestinien. Interrogé par Bloomberg News, cet ambassadeur évangélico-sioniste et pro-israélien n’a pas nié frontalement la possibilité d’un État palestinien, non. Il a fait pire : il a relativisé jusqu’à l’idée même d’un lieu légitime pour cet État, allant jusqu’à envisager qu’il soit créé… ailleurs dans la région, voire en dehors de la Palestine historique.
Il commence par poser la question :
« À quoi doit ressembler un État palestinien ? Où est-ce qu’il doit être situé ?« , comme si le fait que ce peuple vive depuis des générations sur la terre de Judée-Samarie (Cisjordanie) ne suffisait pas. Il ose même demander si cet État doit vraiment être là, ou si « toutes les options doivent être sur la table ». En clair : pourquoi pas un État palestinien en Arabie saoudite, ou ailleurs, du moment qu’on laisse les mains libres à Israël.
Voilà où on en est : déposséder un peuple de sa terre, lui refuser son droit au retour, nier sa continuité historique, et finir par suggérer qu’il pourrait s’installer ailleurs, comme une population errante, sans attache. C’est le même discours que l’idéologie sioniste radicale : faire des Palestiniens un peuple de trop.
Pour justifier cette idée, Huckabee nous sert la vieille rengaine de la taille d’Israël : « Israël est un petit pays, pas plus grand que le New Jersey », dit-il. Il enchaîne avec un argument numéraire douteux : « Les pays musulmans contrôlent 644 fois plus de territoire que l’État d’Israël ». Comme si que les Arabes formaient un bloc unique, comme si que la justice se mesurait en kilomètres carrés, et comme si que l’on pouvait échanger des terres comme on déplace des pions sur une carte.
Il ne propose pas directement qu’Israël expulse les Palestiniens. Il joue plus subtil. Il lance l’idée, comme une hypothèse, tout en s’en lavant les mains :
« Je ne dis pas que ça doit être fait. Je dis juste que toutes les options doivent être envisagées. »
Cette lâcheté politique, cette ambiguïté volontaire, est pire qu’un refus clair. Elle ouvre la porte à toutes les dérives, à tous les transferts forcés.
Et le plus grave, c’est qu’il parle ainsi en prétendant défendre la paix. En vérité, c’est la paix selon l’occupant. Une paix qui repose sur l’effacement des victimes, sur la négation de leur droit fondamental à vivre sur leur propre terre. Pas un mot sur les colonies, sur l’occupation militaire, sur les milliers de prisonniers, sur les enfants tués à Gaza. Non. Pour lui, le seul problème, c’est que les Palestiniens osent encore exister.
Il ne va pas jusqu’à accuser la culture palestinienne d’être inapte à former un État dans cet extrait, mais la logique sous-jacente est claire : tant qu’il y aura une résistance, tant qu’on refusera de courber l’échine devant l’ordre établi par Israël, aucune souveraineté ne sera permise. Et puisque les Palestiniens s’y refusent, alors leur État pourrait très bien être placé ailleurs.
Ce discours est le reflet d’une politique américaine qui, depuis des années, ne fait que servir les intérêts du gouvernement israélien le plus radical. Et lorsque la république Française ose timidement évoquer la reconnaissance de l’État palestinien, Washington y voit une « insulte personnelle ». À tel point que Trump a exercé des pressions pour faire retirer cette simple mention d’un texte onusien. Et Paris, fidèle suiveur, a obéi.
C’est donc cela, la géopolitique selon Huckabee : les puissants imposent, les faibles se taisent. Et s’ils protestent, on leur suggère de partir. De préférence loin.




















