Taybeh, dernier village intégralement chrétien en Cisjordanie, a une nouvelle fois été frappé. Dans la nuit du 28 juillet 2025, alors que les familles dormaient paisiblement, un groupe de colons israéliens a fait irruption dans l’un des quartiers de ce bourg chrétien situé à l’est de Ramallah. Il était environ deux heures du matin quand deux véhicules civils ont été incendiés. Sur les murs, des inscriptions en hébreu ont été retrouvées, dont une menaçant un autre village palestinien :
« Mughayyir, tu le regretteras. »
Ce n’est pas la première fois que Taybeh est visée. Moins de trois semaines auparavant, des individus avaient tenté d’incendier les abords de la vieille église Saint-Georges, un haut lieu de spiritualité pour les fidèles locaux. Cette escalade de la violence en Cisjordanie prend désormais pour cible directe les chrétiens, leurs biens, leurs familles et même leurs lieux saints.
Parmi les victimes, Jeries Azar, journaliste local, a vu sa voiture partir en flammes sous ses fenêtres. Le feu s’est propagé jusque devant sa porte, emprisonnant sa famille dans une épaisse fumée noire. « Mon premier réflexe a été de sauver mon fils de deux ans. Je l’ai saisi dans mes bras et nous avons fui dans le brouillard étouffant. Il a hurlé pendant plus d’une heure. » Témoignage poignant d’un père de famille bouleversé. Lui, comme beaucoup d’autres, se dit abandonné :
« Des responsables viennent, promettent, prennent des photos… mais personne ne suit, personne ne rappelle. »
Outre la peur, les pertes matérielles sont considérables :
« Toute ma vie professionnelle est partie en fumée. Mes caméras, mes outils de travail, et ma voiture qui me permettait de conduire ma femme et d’aller bosser… Qui va me dédommager ? »
L’indignation est générale. Les chefs d’Églises de Jérusalem ont publié une déclaration conjointe pour condamner vigoureusement ce qu’ils appellent un « schéma de violence systématique commise par des colons israéliens ». Ils dénoncent les agressions répétées contre les foyers, les sanctuaires, et la vie quotidienne des habitants chrétiens. Ils exigent des autorités israéliennes qu’elles prennent enfin leurs responsabilités et que les coupables soient arrêtés et jugés sans délai.
Du côté des autorités palestiniennes, les mots sont tout aussi fermes :
« Crime terroriste organisé », accuse la direction. Le gouvernement de Tel Aviv est pointé du doigt pour sa passivité, voire sa complaisance face à ces attaques de plus en plus nombreuses.
La communauté chrétienne internationale commence aussi à réagir. Le Forum œcuménique chrétien de Terre Sainte alerte sur une « grave escalade », appelant à une enquête internationale impartiale. Le message est clair : si rien n’est fait, les chrétiens risquent de ne plus pouvoir vivre dignement sur leur propre terre.
Même des diplomates occidentaux ont exprimé leur inquiétude. L’ambassadeur allemand en Israël, Steffen Seibert, a fustigé l’attitude des assaillants :
« Ces extrémistes prétendent que Dieu leur a donné cette terre. Mais aux yeux de toutes les religions, ce sont des criminels. »
Ce n’est pas un simple fait divers. C’est l’énième manifestation d’un climat délétère qui menace concrètement la présence chrétienne en Terre Sainte. Taybeh, petit village symbole de la foi et de la persévérance chrétienne dans la région, se retrouve aujourd’hui isolé, pris au piège entre les violences de colons fanatisés et l’inertie d’un système qui ne protège plus.
En parallèle, le Parlement israélien (Knesset) a voté une résolution non contraignante en faveur de l’annexion totale de la Cisjordanie. Un signal politique lourd de sens, qui jette une ombre supplémentaire sur l’avenir de ces territoires occupés.





