Dans un monde où l’argent, la communication et la gloire humaine sont souvent érigés en dieux modernes, il reste des âmes simples, droites, entières. Ernesto Escaler en est un. Cet entrepreneur philippin de 75 ans, fondateur de l’un des plus grands groupes de restauration du pays, n’a qu’un seul mérite à ses yeux : avoir été un instrument docile dans les mains de la Sainte Vierge.
Avant tout, Ernesto Escaler est un homme discret. Il a bâti de ses mains une marque devenue incontournable aux Philippines : Gourmet Farms. Parti de la vente de café, il a développé un véritable empire alimentaire. Mais ce n’est pas là ce qui fait sa grandeur. Sa réussite, il la doit, selon ses propres mots, non à son talent, mais à l’intercession de Marie :
« Ce n’est pas mon œuvre. On m’a simplement utilisé », dit-il avec une sincérité désarmante.
Chez lui, l’entreprise n’est pas qu’un lieu de production : c’est un sanctuaire. Tous les employés, environ 400 personnes, ont accès à la messe hebdomadaire, à des formations spirituelles continues, aux dévotions mariales et à la prière. On y trouve des brochures de consécration à la Vierge, le rosaire est encouragé, et les grandes fêtes mariales sont célébrées collectivement. Le cœur de cette entreprise ? Un sanctuaire dédié à saint Joseph, construit il y a 25 ans pour son cinquantième anniversaire, où se déroulent des retraites spirituelles dans un cadre naturel paisible.
Mais ce qui fait la particularité d’Ernesto Escaler, c’est cette audace spirituelle qui l’a conduit, en 2024, à convaincre le président des Philippines, Ferdinand Marcos Jr., de consacrer solennellement toute la nation, ainsi que sa propre famille, à Notre-Dame de Guadalupe. Une démarche exceptionnelle, dans un monde politique souvent frileux à toute expression religieuse. Cette consécration a été le fruit d’un long chemin, marqué par une profonde dévotion mariale d’Escaler et une série d’initiatives publiques organisées dans quatre grandes villes du pays.
Il est presque impossible d’apprendre quoi que ce soit d’Ernesto Escaler lui-même sur ses œuvres de charité. C’est auprès de ses collaborateurs que les journalistes ont dû creuser. Fidèle à l’Évangile « Que ta main gauche ignore ce que fait ta droite » (Mt 6, 3-4) il refuse de s’en vanter. Chaque année, il fournit à manger à plus de 3000 prisonniers répartis dans les trois plus grandes prisons du pays. Il leur offre aussi du travail dans des potagers dont les produits sont ensuite rachetés par sa propre entreprise.
En parallèle, il soutient financièrement les Sœurs de la Charité (de sainte Mère Teresa), les Sœurs Canossiennes, des séminaires, des couvents et plusieurs communautés religieuses.
En plus de son apostolat dans le monde des affaires, Escaler a également initié des retraites sacerdotales d’ampleur nationale. L’une d’elles a rassemblé 800 prêtres et 16 évêques. Il insiste bien :
« Je ne les ai pas invités. J’ai seulement organisé le lieu et l’horaire. C’est la Vierge Marie qui invite qui elle veut. Moi, je ne suis qu’un instrument. »
Pour Escaler, tout repose sur la Vierge. Sa vie spirituelle, sa mission, son entreprise, son œuvre nationale : tout découle de cette conviction profonde que la Sainte Mère est la médiatrice qui conduit les âmes à Jésus. « Quand tu te consacres à Elle, tu lui donnes la permission de t’utiliser. Et Elle le fait, pour conduire d’autres âmes vers Dieu », explique-t-il.
Cette vision mariale imprègne son style de gestion. Là où tant d’entreprises valorisent le contrôle, l’analyse, la stratégie, lui fait le choix de la confiance. Une confiance totale, radicale, envers Marie. Une confiance qu’il ne considère pas comme une faiblesse, mais comme une force, une véritable puissance spirituelle capable de transformer les cœurs.
Ce témoignage ne surprendra pas ceux qui connaissent un peu l’âme religieuse des Philippines : un pays majoritairement catholique (à plus de 80 %), où la foi reste vive, même si la pratique dominicale connaît malheureusement un déclin. C’est dans ce terreau que fleurit la vie intérieure de cet homme, à la fois chef d’entreprise, évangélisateur, mécène discret et serviteur de la Vierge.
À 75 ans, Escaler continue son œuvre avec la même simplicité : il se laisse faire. « Je continuerai aussi longtemps qu’on aura besoin de moi », dit-il. Son ambition n’est pas de bâtir un empire. Il l’a déjà confié à Celle qu’il appelle simplement Notre-Dame.
Et si l’avenir des nations reposait justement sur cette sainte folie ? Sur la prière. Sur la charité discrète. Sur la consécration mariale. Sur des hommes cachés, mais puissamment unis au Ciel. Comme Ernesto Escaler.





