Un nouveau rapport publié par l’ONG International Society for Civil Liberties and the Rule of Law (Intersociety), de sensibilité catholique, révèle une tragédie trop longtemps passée sous silence : plus de 20 300 chrétiens auraient été massacrés dans la région du Sud-Est du Nigeria depuis l’année 2015.
D’après cette enquête, ces tueries massives sont le fait de plusieurs groupes islamistes armés, parmi lesquels figurent des milices peules djihadistes, des bandes armées venues du delta du Niger, des miliciens musulmans peuls, ainsi que certains éléments des forces militaires nigérianes eux-mêmes. Tous seraient impliqués, directement ou indirectement, dans les violences meurtrières qui ravagent les terres à forte majorité chrétienne.
Le rapport, signé par Emeka Umeagbalasi, président du conseil d’Intersociety, met en lumière que rien que depuis juin 2015, près de 9 800 personnes ont perdu la vie à cause des violences djihadistes. À cela s’ajoutent environ 10 500 civils non armés qui auraient été abattus par les forces de sécurité nationales. Ces dernières auraient ciblé leurs victimes en raison de leur appartenance ethnique et de leur foi chrétienne.
Mais l’oppression ne s’arrête pas aux assassinats. Le document dénonce également la criminalisation systématique des populations du Sud-Est, souvent faussement accusées et poursuivies sans fondement. Le peuple chrétien de cette région est non seulement persécuté dans sa chair, mais aussi sali dans son honneur.
Un exemple de cette injustice se trouve dans l’État d’Anambra, où plus de quarante fidèles de religions traditionnelles africaines sont détenus illégalement depuis plus de trois mois. Enfermés sans procès valable, ils croupissent dans un centre de détention connu sous le nom de « Lion House« , géré par une milice d’État. Cette rétention prolongée dépasse largement les délais légaux autorisés, ce qui rend leur détention non seulement illégitime, mais aussi immorale aux yeux de la loi.
Un silence complice des autorités locales
Intersociety ne se contente pas d’exposer les faits : l’ONG accuse ouvertement les gouverneurs des États d’Enugu, d’Anambra, d’Ebonyi et d’Imo de complicité par leur silence, qualifié de « silence de cimetière« . Malgré l’aggravation des attaques, ces dirigeants sont restés muets, sans condamner ni agir face à la montée en puissance des violences islamistes.
Pire encore, certains leur reprochent de collaborer avec le gouvernement fédéral et des acteurs extérieurs, contribuant ainsi à la vulnérabilité actuelle et future de leurs populations. Depuis 2015-2016, et plus intensément encore depuis 2020, de nombreuses communautés locales ont été ciblées, principalement dans les zones rurales habitées par des populations chrétiennes ou rattachées aux religions traditionnelles.
Ces accusations s’étendent aussi à la répression de pratiques ancestrales comme la médecine traditionnelle africaine et la religion traditionnelle, que beaucoup dans la région considèrent comme des racines historiques du christianisme local. Cette atteinte aux droits fondamentaux met en péril l’identité religieuse et culturelle des peuples autochtones.
D’après Intersociety, une partie des activités des milices djihadistes, notamment les Peuls islamistes, est délibérément dissimulée ou minimisée par les autorités des États concernés. Il est aussi fait mention d’achats de terrains par des intermédiaires liés au gouvernement, qui faciliteraient ainsi l’implantation de ces groupes dans le Sud-Est.
Par ailleurs, l’ONG pointe du doigt les anciens et actuels commissaires à la sécurité intérieure, conseillers spéciaux et responsables des vigilantes locaux, accusés d’avoir fermé les yeux – ou pire – favorisé cette situation explosive.






