Ce 9 mai dans la chapelle Sixtine, au pied des fresques de Michel-Ange et devant les cardinaux réunis, le nouveau pape Léon XIV a célébré sa toute première messe comme évêque de Rome. Une célébration marquée par la simplicité d’un homme profondément conscient du poids de la mission qui lui a été confiée, mais animé d’une foi vive et d’une volonté ferme d’annoncer l’Évangile sans concession.
Dès cette première messe, il a tenu à poser les fondations spirituelles de son pontificat : retour au Christ, courage dans le témoignage, fidélité à la foi reçue.
Dans un début d’homélie prononcé en anglais, il s’est adressé directement aux cardinaux :
« Mes frères cardinaux, alors que nous célébrons ce matin, je vous invite à reconnaître les merveilles que le Seigneur a accomplies, les bénédictions qu’il continue de répandre sur nous à travers le ministère de Pierre. »
Il a ensuite évoqué la croix qu’il accepte de porter, confiant qu’il comptait sur le soutien de chacun dans cette mission, non pas comme un chef solitaire, mais comme un frère au milieu d’une communauté de disciples.
Passant ensuite à l’italien, le Saint-Père s’est attardé sur cette question redoutable posée par Notre-Seigneur à Pierre dans l’Évangile :
« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Une question qui demeure au cœur de l’existence chrétienne.
Avec lucidité et courage, il a souligné que le monde moderne rejette bien souvent le Christ non à cause de son message d’amour, mais en raison de l’exigence morale et de vérité qu’il implique.
« Aujourd’hui encore, a-t-il dit, dans beaucoup de lieux, la foi chrétienne est tournée en dérision, considérée comme absurde, comme une affaire de gens faibles ou naïfs. On lui préfère d’autres sécurités : la technologie, l’argent, le pouvoir, le plaisir ou le succès. »
Mais c’est précisément dans ces lieux de ténèbres, a-t-il insisté, que l’Évangile doit être proclamé avec le plus de vigueur. Car là où la foi s’efface, la vie elle-même perd son sens : la dignité humaine est bafouée, la famille s’effondre, la miséricorde est oubliée, et l’homme, privé de repères, erre sans but.
« C’est à ce monde blessé que nous sommes envoyés », a rappelé le pape. Et notre mission commence, selon lui, par une conversion personnelle, une fidélité vécue au quotidien dans une relation vivante avec le Seigneur. « Nous devons d’abord être des témoins, pas des fonctionnaires, a-t-il affirmé, des amis du Christ, unis dans la foi, annonçant ensemble la bonne nouvelle du salut. »
Il s’est ensuite tourné vers son propre rôle, avec une grande humilité :
« Je le dis d’abord pour moi, comme successeur de Pierre, appelé à présider dans la charité à l’Église universelle, selon l’expression chère à saint Ignace d’Antioche. »
Ce même Ignace qu’il a cité longuement :
« Je serai vraiment disciple du Christ lorsque le monde ne verra plus mon corps. »
Une parole forte, qui évoque le sacrifice total – celui du sang pour Ignace, celui du don entier de soi pour tout pasteur. Car le rôle de celui qui conduit l’Église n’est pas de se mettre en avant, mais de s’effacer pour laisser le Christ apparaître.
« Faire place à Jésus, se faire petit pour qu’Il soit glorifié, se dépenser totalement afin que tous puissent Le connaître et L’aimer », a résumé le pape. Puis, dans une prière finale émue, il a confié son pontificat à la Vierge Marie, Mère de l’Église.
La liturgie, sobre et priante, a été célébrée en latin, selon la tradition. Les lectures ont été proclamées en anglais et en espagnol, en signe d’universalité. Et c’est avec le chant du Regina Caeli, repris à l’unisson avec la Schola de la chapelle Sixtine, que cette messe inaugurale s’est conclue dans la paix pascale.
Le Saint-Siège a précisé que l’installation solennelle du pape Léon XIV aura lieu le 18 mai, suivie de sa première audience générale le 21 mai. Il donnera aussi sa première bénédiction Regina Caeli depuis la place Saint-Pierre ce dimanche à midi.






