Mexico – C’est un aspect du combat spirituel qui heurte souvent la raison, mais que l’expérience pastorale confirme : la possession démoniaque ne concerne pas uniquement les âmes égarées dans les ténèbres de l’occultisme. Dans un entretien accordé le 25 février à l’agence ACI Prensa, le père Alberto Medel, exorciste et coordinateur du comité théologique du Collège des exorcistes de l’archidiocèse de Mexico, a apporté un éclairage théologique sur ce mystère. Selon le prêtre, Dieu peut permettre l’action extraordinaire du démon même chez des fidèles dévots, et ce, « en vue de la sainteté des âmes ».
Cette intervention du père Medel survient dans le contexte particulier du cas de Catalina Davis. Cette femme, après avoir été impliquée dans des pratiques liées au New Age, s’est convertie au catholicisme. Pourtant, malgré son retour à la foi, elle a dû faire face à une possession démoniaque. Ce type de situation soulève inévitablement une interrogation douloureuse : pourquoi la Providence permet-elle une telle épreuve ?
Pour l’exorciste mexicain, il est nécessaire de distinguer deux logiques. Il apparaît « assez logique », selon le sens commun, qu’une personne ayant vécu dans le péché ou s’étant livrée explicitement au service de l’Adversaire par des rituels sataniques soit exposée à la possession. En revanche, le scandale surgit lorsque ce malheur frappe « des âmes innocentes », des enfants, ou des chrétiens « qui persévèrent dans la vie de grâce par les sacrements » et mènent une vie de sainteté.
Le père Medel est formel : une vie chrétienne authentique ne constitue pas une immunité absolue contre les attaques extraordinaires du démon si Dieu, dans ses desseins impénétrables, en décide autrement. « Une personne qui vit déjà une pratique chrétienne, qui suit authentiquement le Christ, possède une vie intérieure, bénéficie d’une direction spirituelle et fréquente les sacrements, peut-elle être possédée ? Oui », a-t-il affirmé sans ambages.
Cette réalité, loin d’être un signe d’abandon divin, doit être lue à la lumière de l’économie du salut. Le prêtre souligne que « Dieu permet l’action extraordinaire du démon pour obtenir le salut » et pour la purification de la personne éprouvée. L’horizon de cette permission divine demeure toujours la sanctification.
L’histoire de l’Église offre d’ailleurs de nombreux exemples illustrant cette doctrine. Le père Medel a rappelé que l’action extraordinaire du démon – qui inclut la possession, mais aussi l’obsession ou les vexations physiques – a touché des figures éminentes de la foi, y compris des saints canonisés. Il a cité l’exemple emblématique de saint Pio de Pietrelcina, qui fut physiquement tourmenté par le malin. « Pourquoi Dieu a-t-il permis les tourments du démon à saint Pio ? Pour la sainteté de saint Pio », a expliqué l’exorciste.
Dans cette perspective, le démon, malgré son orgueil, devient un instrument involontaire de la grâce. Comme l’a résumé le père Medel, « Dieu utilise l’orgueil du diable pour le salut de ceux qui subissent son influence ». Ainsi, il est théologiquement admissible qu’une personne engagée sur le chemin de la perfection chrétienne subisse une possession, non comme une chute, mais comme une épreuve permise par la Divine Providence pour sa croissance spirituelle et sa configuration au Christ souffrant.





















