La gestation pour autrui (GPA), déjà illégale au Chili, pourrait prochainement être l’objet d’une interdiction formelle et sans équivoque. Une nouvelle proposition de loi, déposée au Parlement le 24 avril 2025, vise à verrouiller juridiquement toute tentative de légalisation ou de pratique clandestine de cette méthode que beaucoup qualifient, à juste titre, de marchandisation de la femme et de l’enfant.
Ce n’est pas la première fois que le sujet fait débat au Chili. En 2017, des députés avaient déjà tenté d’introduire une GPA encadrée, mais leur projet s’était soldé par un échec. Dans le droit chilien actuel, la mère est celle qui accouche. Il n’existe donc aucune reconnaissance légale possible pour des « parents d’intention », et l’adoption directe n’est pas permise dans ce cadre. La filiation repose exclusivement sur l’accouchement, ce qui empêche tout transfert de maternité à des tiers, même dans des cas de GPA effectuée à l’étranger.
Or, malgré cette illégalité, certains Chiliens contournent la législation en allant dans des pays plus permissifs, comme l’Argentine, où la GPA est tolérée, ou dans d’autres contrées où elle est autorisée. Cette réalité a poussé un groupe de neuf députés, de bords politiques variés, à prendre les devants et à présenter un texte de loi visant à prohiber explicitement la GPA, dans toutes ses formes.
Flor Weisse, l’une des signataires de ce projet, dénonce sans détour une pratique qui met en péril les droits fondamentaux :
« Il y a un vrai danger d’exploitation. Il faut protéger les femmes, protéger les enfants. Ce n’est pas une question de marché, c’est une question morale. »
Elle insiste également sur l’importance de ne pas céder aux pressions modernistes qui tentent d’imposer la GPA comme une nouvelle norme de parentalité.
Ce projet de loi s’inscrit dans une dynamique amorcée en septembre 2024, lorsqu’une lettre publique, publiée dans le quotidien El Mercurio, a résonné dans le débat national. Inspirée du témoignage bouleversant d’Olivia Maurel, une Française née d’une mère porteuse, cette tribune dénonçait la GPA comme une « instrumentalisation pure et simple de la femme et de l’enfant« , qu’elle soit rémunérée ou prétendument « altruiste ». « Olivia et sa mère ont été traitées comme des objets », rappelaient les députés signataires, tout en soulignant que le caractère payant ou non du contrat n’en changeait ni la nature ni la gravité.
Les députés chiliens n’ont pas hésité à faire un parallèle saisissant avec une autre page de leur histoire : l’abolition de l’esclavage.
« Le Chili fut l’un des premiers pays à abolir l’esclavage. Nous devons être à la hauteur de cet héritage, et refuser cette nouvelle forme de servitude que constitue la GPA. Il en va de notre cohérence morale et de notre devoir envers les générations futures. »
Le calendrier d’examen parlementaire du texte reste incertain, mais cette initiative semble marquer un tournant. Elle pourrait inscrire dans la loi ce que la société chilienne refuse déjà largement dans les faits : la marchandisation du corps féminin et le sacrifice du droit de l’enfant à connaître ses origines, au profit des désirs d’adultes.
Une tendance plus large en Europe
L’Europe, elle aussi, commence à serrer la vis. L’Italie a récemment franchi un cap décisif : en octobre 2024, le Parlement a voté une loi historique interdisant la GPA même si elle est pratiquée à l’étranger. Une première sur le continent.
Quant à l’Espagne, elle vient de frapper un grand coup. Le 1er mai 2025, le ministère de la Justice a publié un décret interdisant désormais l’inscription automatique dans le registre civil espagnol des enfants nés à l’étranger via GPA. Il faudra désormais prouver un lien biologique ou recourir à l’adoption pour faire enregistrer l’enfant. Cette décision s’appuie sur un jugement du Tribunal suprême rendu en décembre dernier, affirmant que « l’intérêt de l’enfant ne doit pas être confondu avec celui des commanditaires ».
Et la France ? Même si la législation n’a pas changé, un signe encourageant est venu du terrain associatif. Le salon « Désir d’enfant », véritable vitrine de la GPA internationale qui se tenait à Paris chaque année depuis 2020, a été annulé pour 2025. Un recul dû à la pression constante d’associations engagées dans la défense des femmes, des enfants et de la famille, qui ont su alerter et mobiliser contre cette foire à la marchandisation humaine.
Au final, ce que nous voyons au Chili comme ailleurs, c’est un sursaut moral, une réaction de bon sens face à une idéologie qui entend tout monnayer, même le lien le plus sacré qu’est celui entre une mère et son enfant. Le combat contre la GPA n’est pas un simple débat juridique : c’est une lutte pour la dignité humaine, pour le respect du corps de la femme, pour le droit des enfants à ne pas devenir des marchandises. Le Chili a l’occasion de montrer la voie, comme il l’a fait jadis face à l’esclavage. Souhaitons qu’il saisisse cette occasion providentielle.
Avec des informations d’Aleteia





