Face au constat d’une rupture préoccupante dans la transmission de la foi à travers le monde, le Saint-Siège élabore actuellement un document majeur pour tenter d’y remédier. Le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi (DDF), a confirmé ce vaste chantier le 15 mai dernier à la presse internationale. Ce nouveau texte est rédigé en étroite collaboration avec le Dicastère pour l’Évangélisation, sans qu’aucune date de publication n’ait encore été fixée à ce stade.
L’initiative de ce document puise ses origines dans une inquiétude largement partagée par l’épiscopat mondial. À l’occasion de diverses visites à Rome, de nombreux évêques ont fait part de leur préoccupation face à la difficulté de léguer l’héritage chrétien aux nouvelles générations, réclamant une étude approfondie du problème et des pistes de résolution. Le cardinal argentin a rappelé que cette crise avait déjà été soulignée par le pape François dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium en 2013. Le défunt pontife y valorisait particulièrement la famille et la piété populaire comme vecteurs de l’Évangile, tout en observant que cette chaîne de transmission s’était peu à peu brisée.
Confronté à ces appels répétés, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a mis le sujet à l’ordre du jour de ses réunions mensuelles, désignées sous le nom de Feria IV. Dès la première session consacrée à ce thème, la nécessité d’une réponse formelle a été entérinée au terme d’un dialogue jugé fructueux. Un premier travail mené avec divers experts a permis d’aboutir à une ébauche préparatoire servant aujourd’hui de base de travail. Toutefois, de nouvelles visites ad limina ayant élargi le spectre de la réflexion, le dicastère a décidé, lors d’une seconde réunion, de lancer une consultation à grande échelle auprès de toutes les conférences épiscopales, de plusieurs spécialistes et de centres de recherche.
Le succès de cette démarche a dépassé les attentes du Vatican. Le préfet du DDF a fait état d’une réponse massive, précisant que de nombreuses conférences épiscopales avaient déjà fait parvenir leurs avis et de précieuses ressources. Surpris par la quantité et la longueur des contributions reçues, le prélat estime qu’il faudra un temps considérable pour lire et exploiter tout ce matériel.
Pour le cardinal Fernández, cette abondance garantit avant tout une perspective authentiquement universelle. Il souligne en effet que la réalité pastorale varie drastiquement d’un continent à l’autre, et même au sein de régions en apparence similaires. À titre d’exemple, l’expérience des évêques d’Afrique du Nord diffère grandement de celle du Mali, tout comme la perspective de la Turquie n’est pas celle du Pakistan. En Europe, la situation de la Pologne ne ressemble pas à celle de l’Allemagne, ni celle de l’Italie à celle de l’Angleterre. En Amérique latine, les dynamiques à l’œuvre en Argentine, en Colombie, au Brésil ou au Pérou présentent également de fortes disparités.
Il apparaît donc évident pour le dicastère qu’un tel document exige de dépasser un simple cadre européen ou italien, pour puiser dans la richesse de l’Église universelle. Le texte final n’aura pas vocation à fournir une recette unique ou des solutions standardisées, mais s’attachera à embrasser l’ampleur du problème pour proposer des orientations capables d’inspirer tous les fidèles.
Se réjouissant de l’intérêt suscité par ce thème, le cardinal Fernández a précisé que le DDF préférait actuellement ne pas se disperser sur d’autres sujets. Cette concentration est d’autant plus nécessaire que le dicastère devra prochainement accompagner la réception de la toute première encyclique du pape Léon XIV, dont la publication imminente portera principalement sur l’intelligence artificielle.
Le texte sur la transmission de la foi constitue d’ailleurs l’unique grand chantier documentaire en cours au sein du dicastère. Depuis le début du pontificat de Léon XIV, le DDF a publié beaucoup moins de textes magistériels majeurs que sous le pape François, qui avait nommé le préfet argentin à ce poste en 2023. Une diminution qui s’explique également par un quotidien administratif particulièrement lourd : le préfet confie recevoir chaque matin des montagnes de correspondances nécessitant des heures de tri minutieux avant même de pouvoir entamer le processus d’analyse propre à chaque dossier.





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