Alors que les discussions sur l’immigration divisent la société américaine, le vice-président J.D. Vance a récemment introduit un principe méconnu de la pensée catholique dans l’arène publique : l’« ordo amoris ». Ce concept, élaboré par saint Augustin et saint Thomas d’Aquin, souligne l’importance d’ordonner ses affections selon une hiérarchie des devoirs, commençant par Dieu et s’étendant aux proches avant de s’ouvrir aux étrangers. Converti au catholicisme en 2019 sous la guidance de dominicains, M. Vance a invoqué cette idée pour défendre la priorité donnée aux citoyens américains dans les politiques nationales, suscitant autant d’éloges que de controverses.
Dans un échange sur X (anciennement Twitter) avec l’ex-député britannique Rory Stewart, le 30 janvier, Vance a rappelé que « l’idée d’une absence de hiérarchie des obligations contredit le bon sens », comparant le devoir des parents envers leurs enfants à celui d’une nation envers son peuple. Son message, vu plus de 11 millions de fois, a propulsé un débat théologique dans la sphère médiatique, révélant les tensions entre charité universelle et responsabilités locales.
Un principe ancré dans la tradition
L’« ordo amoris », pierre angulaire de la morale augustinienne et thomiste, insiste sur l’ordonnancement des priorités d’amour — de Dieu à la famille, puis à la communauté élargie. Pour Vance, dont la conversion fut marquée par l’influence de penseurs comme Patrick Deneen et Chad Pecknold, ce principe légitime une approche politique où le bien commun national précède les engagements internationaux. « Le globalisme qui néglige les siens est une inversion païenne de l’amour », a-t-il affirmé, s’attirant le soutien d’intellectuels comme Rusty Reno (First Things) ou Eric Sammons (Crisis), qui y voient un rempart contre les excès d’un universalisme déraciné.
Critiques et nuances épiscopales
Cependant, certains théologiens et évêques ont tempéré cet enthousiasme. Mgr Mark Seitz, président du comité des évêques américains sur l’immigration, a rappelé sur le podcast Dispatch Faith que l’amour du prochain, illustré par la parabole du Bon Samaritain, transcende les frontières :
« Nos responsabilités envers les proches ne justifient pas l’indifférence envers ceux qui souffrent à nos portes. »
Terence Sweeney, professeur à l’université Villanova, a ajouté que saint Augustin lui-même rejetait l’accumulation de richesses au détriment des nécessiteux, soulignant que l’« ordo amoris » appelle à l’abnégation, non à l’égoïsme.
Un débat aux implications politiques
Au-delà de la controverse théologique, certains observateurs soupçonnent Vance d’instrumentaliser la doctrine pour justifier ses attaques contre les évêques américains et des organismes comme Catholic Charities, qu’il accuse de privilégier leur « intérêt financier » dans l’accueil des migrants. Kim Daniels, de l’université Georgetown, a dénoncé sur X une diversion pour masquer des accusations « graves et non étayées ».
Malgré ces tensions, des voix comme celle d’Eduard Habsburg, ambassadeur de Hongrie près le Saint-Siège, saluent la mise en lumière d’un concept séculaire :
« Qui aurait imaginé des millions de personnes discutant de l’“ordo amoris” grâce au vice-président américain ? »
Stephen White, de l’Université catholique d’Amérique, reste prudent mais espère que ce débat élèvera les discussions politiques vers des principes ordonnés et humains, plutôt que de les enliser dans des querelles partisanes.
Alors que l’administration Trump entre dans une nouvelle phase, une chose est sûre : les références à la pensée catholique, longtemps marginalisées en politique, pourraient bien devenir un marqueur inattendu de ce mandat. Reste à savoir si cette « catéchèse vice-présidentielle » saura concilier fidélité doctrinale et réalisme gouvernemental.







En quoi mon commentaire récent sur ce sujet méritait-il d’être scratché ?
Par ailleurs, nous ne sommes pas dans une situation comparable avec celle du bon Samaritain. En effet, lui, il se trouve devant un nécessiteux évident et innocent. Un pays (dit) riche se trouve devant des quantités de populations diverses venues de pays (dits) pauvres.Les intentions du pays et des personnes concernés ne sont ni connues ni précisées.
Au lieu de comparer cette situation à celle du Samaritain, il serait plus exact et plus judicieux de la comparer avec celle d’un brancardier sur le site d’une catastrophe ou sur un champ de bataille. Il a le devoir (partant le droit) de définir des priorités entre les victimes.
Mgr Mark Seitz et les intellos de service font comme le pape (?) François : des déclarations de principe et à l’emporte-pièce. Celles-ci sont-elles exclusivement au service des pauvres ou pour d’autres intérêts ?
Le v.-prés. Vance a quelques raisons de poser cette question.