L’Église catholique en Belgique traverse une période de crise profonde, marquée par un chiffre record de renoncements au baptême en 2023. Ce phénomène, mis en lumière par la conférence des évêques de Belgique le mercredi 23 octobre, révèle un malaise grandissant parmi les fidèles. En effet, plus de 14 000 personnes ont officiellement demandé à être radiées des registres de baptême cette année, un nombre sans précédent dans l’histoire récente de l’Église belge.
Ce chiffre impressionnant de 14 251 radiations est en grande partie attribué, selon la conférence épiscopale, au « dégoût » provoqué par les révélations sur les abus sexuels commis par des ecclésiastiques. La diffusion à l’automne 2023 d’un documentaire marquant sur la chaîne publique flamande VRT, intitulé « Godvergeten » (les « oubliés de Dieu »), a ravivé la douleur et la colère de nombreuses victimes. Ce documentaire a permis à une vingtaine d’hommes, aujourd’hui âgés, de témoigner publiquement des agressions sexuelles et des viols qu’ils auraient subis lorsqu’ils étaient adolescents dans des institutions catholiques.
Un effondrement brutal de la confiance
Le lien entre la hausse spectaculaire des demandes de renoncements et ce scandale est évident pour les autorités ecclésiastiques. La conférence des évêques a rappelé que, ces dernières années, les demandes de radiation tournaient autour de 1 200 annuellement, avec un pic à plus de 5 000 en 2021. Ce record de 14 251 radiations en 2023 démontre que l’impact des révélations sur les abus dans l’Église ne faiblit pas, bien au contraire.
Bien que l’Église ne demande pas explicitement les raisons de ces radiations, elle a observé que beaucoup de personnes renonçant à leur baptême évoquent spontanément leur dégoût pour les abus sexuels perpétrés au sein de l’institution et pour le silence qui les a trop longtemps entourés. Le documentaire « Godvergeten » semble avoir joué un rôle clé dans ce mouvement massif de désengagement religieux.
Un autre élément marquant de ces statistiques est leur répartition géographique. La majorité écrasante des radiations (98 %) concerne des catholiques baptisés résidant en Flandre ou à Bruxelles. En revanche, la Wallonie, région francophone du sud du pays, est beaucoup moins touchée par ce phénomène. Cette différence régionale illustre des attitudes culturelles et religieuses distinctes au sein de la Belgique, où la Flandre, historiquement plus religieuse, semble aujourd’hui plus affectée par cette vague de renoncements.
Les Paroles du Pape François
Face à cette situation, le pape François a lui-même exprimé un profond regret. Lors de sa visite en Belgique fin septembre, le Saint-Père a rappelé que l’Église devait « avoir honte » et « demander pardon » pour les crimes de violences sexuelles commis contre des mineurs par certains membres du clergé. Ces propos forts témoignent de la volonté du pape d’affronter ces drames avec franchise et humilité, bien que la tâche de restaurer la confiance dans l’Église soit immense.
Selon un sondage réalisé à l’occasion de la visite du pape, 43 % des Belges se considèrent encore comme catholiques dans ce pays de 11,7 millions d’habitants. Cependant, cette statistique cache une réalité beaucoup plus nuancée, marquée par une foi de plus en plus tiède et un recul des pratiques religieuses. Les scandales à répétition et la manière dont l’Église a parfois tardé à y répondre ne font qu’aggraver cette désaffection progressive.
L’Église catholique en Belgique fait aujourd’hui face à un défi sans précédent. Les renoncements massifs au baptême, alimentés par le dégoût et la colère liés aux scandales des abus sexuels, représentent une crise majeure de confiance. Restaurer cette confiance prendra du temps, mais il est crucial que l’Église continue d’œuvrer pour la vérité, la justice, et la guérison des victimes. Les paroles du pape François, bien que fortes, ne suffiront pas à elles seules à réparer les blessures.






