À Rome, le 11 septembre 2025, le Pape Léon XIV a rencontré les évêques nommés dans l’année dans le cadre d’un cours de formation organisé par le Saint-Siège. Au terme de son allocution du matin, il a ouvert un dialogue fraternel pour écouter leurs préoccupations et leurs questions, rappelant que chacun arrive à l’épiscopat avec des peurs, un sentiment d’indignité et des attentes bousculées par l’appel de Dieu.
Le Saint-Père a posé un principe clair sur les scandales : « Les comportements inappropriés du clergé ne peuvent pas être rangés dans un tiroir ». Ils doivent être traités promptement, avec miséricorde et véritable justice, pour les victimes comme pour les accusés. Ici, pas d’atermoiement : la vérité s’honore en actes.
Sur la vie intérieure de l’évêque, Léon XIV a donné trois repères très simples : « Restez proches du Seigneur, gardez du temps pour la prière, et vivez une confiance inconditionnelle en l’Esprit Saint, source de la vocation ». Cette union à Dieu se traduit pastoralement par un style : des disciples persévérants qui ne se laissent pas effrayer par la première difficulté, des pasteurs proches du peuple et des prêtres, miséricordieux et fermes quand il faut porter un jugement, capables d’écoute et de dialogue, non pas de simples orateurs qui « prêchent des sermons ».
Le Pape a insisté sur la valeur de l’expérience pastorale et humaine acquise dans l’Église locale : elle doit s’ouvrir dans le nouveau ministère à l’universalisme de l’Église. Il a souligné l’importance du témoignage et de la capacité de rester en contact avec le monde pour répondre aux questions actuelles sur le sens de la vie et le mal. « Les réponses apprises il y a 25 ans au séminaire ne suffisent pas », a-t-il noté : non pour relativiser la doctrine, mais pour appeler à une véritable pastorale vivante, enracinée et attentive aux âmes d’aujourd’hui.
Au sujet de la synodalité, l’ancien préfet du Dicastère pour les Évêques a clarifié : ce n’est pas une méthode pastorale, mais « un style d’Église, d’écoute et de recherche commune de la mission ». Dans cette logique, il a lancé un appel : « Soyez des bâtisseurs de ponts ». Cela suppose d’estimer le rôle des laïcs et de l’intégrer dans la vie de l’Église, et de promouvoir une paix “désarmée et désarmante”, car « la paix est un défi pour tous ».
Avant de répondre aux questions, Léon XIV a remercié les nouveaux évêques pour leur oui : « Je prie pour vous ; l’Église apprécie votre “oui” ; vous n’êtes pas seuls ; ensemble nous portons le fardeau et ensemble nous annonçons l’Évangile de Jésus-Christ ».
Interrogé sur les réseaux sociaux, le Pape a insisté sur une prudence surnaturelle et humaine : « Chacun s’y croit autorisé à tout dire, même le faux ». Or « parvenir à la vérité est parfois douloureux, mais nécessaire ». Il a recommandé d’avoir recours à des professionnels de la communication, avec trois conseils concrets : « Restez calmes, jugez avec discernement, et cherchez l’aide d’un professionnel ».
Concernant les défis d’un nouveau ministère, il a exhorté à faire confiance à la grâce, à reconnaître ses dons et ses limites, et à s’appuyer sur les autres, notamment sur l’expérience d’un bon évêque émérite capable d’accompagner et de conseiller. Il a mis en garde contre la tentation de former un premier cercle fermé et de s’y isoler.
Dans le même esprit, bâtir des ponts signifie aussi chercher le dialogue là où les chrétiens sont minorité, avec un respect vrai des autres traditions religieuses, surtout par le témoignage de l’amour et de la miséricorde chrétienne.
Sur la formation, le Pape a rappelé la responsabilité de la formation initiale au séminaire : accueillir, recevoir les vocations, accompagner chacun dans la découverte des dimensions de l’Évangile et de la vie chrétienne et missionnaire. Pour la mission, il a invité à s’appuyer sur les laïcs missionnaires authentiques présents dans les mouvements ecclésiaux, source d’espérance pour les Églises locales.
À propos des crises environnementales, Léon XIV a rappelé le dixième anniversaire de l’encyclique Laudato si’ et encouragé à porter ce thème dans la pastorale. Il a précisé que dans ce domaine, « l’Église sera présente », sans mélanger ces préoccupations avec d’autres questions contraires à l’anthropologie chrétienne.
La rencontre a aussi abordé les relations entre organismes de l’Église universelle et locale, le processus de nomination des évêques, la nécessité d’affronter ensemble les crises contemporaines, et la valeur de la présence des évêques auprès des souffrants. Enfin, un point décisif : les jeunes en Europe, notamment après leur récent jubilé. Ils posent des questions sur la communion et la prière, et manifestent une soif de vie spirituelle que ni le monde virtuel, ni les expériences habituelles de paroisse ne parviennent à étancher. Là encore, la route est tracée : proximité, écoute, témoignage, et un langage pastoral véridique qui conduit au Christ.
En résumé, le programme que Léon XIV propose aux nouveaux évêques est limpide : vérité et justice face aux fautes, vie de prière et confiance en l’Esprit, pasteurs proches et fermes, synodalité comme style d’écoute, ponts à bâtir avec les laïcs et le monde, formation solide des séminaristes, mission avec des laïcs authentiquement évangélisateurs, présence de l’Église sur le terrain des crises, sans céder sur l’anthropologie chrétienne. Une boussole sûre pour gouverner, sanctifier et enseigner dans la fidélité à la Tradition, aujourd’hui.






