Le Vatican s’apprête à présenter au public une œuvre exceptionnelle et jusqu’ici méconnue du peintre espagnol El Greco. Intitulée « Le Rédempteur », cette peinture à l’huile sur bois, réalisée entre 1590 et 1595, a longtemps été dissimulée sous une habile contrefaçon avant d’être récemment identifiée par les experts des Musées du Pape.
Le samedi 14 mars prochain, le Palais apostolique de Castel Gandolfo accueillera l’exposition « Le Greco dans le miroir. Deux peintures en comparaison ». Cet événement marquera la première apparition publique de cette toile, conservée jusqu’à présent dans la salle des Ambassadeurs de l’Appartement pontifical des audiences. L’œuvre, initialement incomplète et marquée par l’usure du temps, avait fait l’objet d’une manipulation frauduleuse dans les années 1960. À cette époque, l’engouement croissant pour le maître de Tolède avait favorisé l’apparition de faux sur le marché de l’art. Un faussaire anonyme avait alors recouvert les couches originales du tableau pour livrer une représentation plus conventionnelle du Christ, masquant ainsi le travail authentique de l’artiste.
Le parcours de ce tableau est étroitement lié à l’histoire de la papauté contemporaine. « Le Rédempteur » appartenait autrefois à la collection de José Sánchez de Muniáin, intellectuel et homme politique catholique espagnol. En 1967, ce dernier en fit don au Pape Paul VI. Ce n’est que très récemment, lors de travaux de restauration menés par le Laboratoire de peinture des Musées du Vatican sous la direction de Paolo Violini, que la véritable nature de l’œuvre a été révélée.
Les restaurateurs ont mis au jour ce qu’ils qualifient de « palimpseste pictural ». Sous la surface remaniée, les opérations de nettoyage ont permis de dégager les couches originales ainsi que des esquisses préparatoires d’autres compositions du Greco. Ces découvertes techniques ont permis de confirmer formellement l’attribution au maître décédé en 1614.
L’exposition, placée sous la responsabilité de Fabrizio Biferali, responsable du département de l’art des XVe et XVIe siècles des Musées du Vatican, proposera un dialogue entre ce Christ retrouvé et une petite détrempe sur bois représentant saint François d’Assise. Ce choix iconographique revêt une dimension symbolique particulière : la présentation de ces deux œuvres se veut un hommage au Pape Léon XIV, alors que l’Église célèbre le huitième centenaire de la mort du « Poverello » d’Assise.
L’inauguration se déroulera en présence de Sœur Raffaella Petrini, secrétaire générale du Gouvernorat de l’État de la Cité du Vatican, et de Barbara Jatta, directrice des Musées du Vatican. Pour clore cette présentation, l’Orchestre de chambre des Cent Villes et le chœur Eos interpréteront le Stabat Mater de Giovanni Battista Pergolesi. Ce moment musical marquera également l’ouverture de la saison culturelle des Musées du Vatican, placée sous le signe de l’interaction entre les différentes formes d’art au service de la beauté et de la foi.





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