Le sang des prêtres catholiques coule de plus en plus dans l’indifférence générale, surtout dans ces terres du Sud où la foi chrétienne est devenue, pour certains, un crime. L’œuvre catholique Missio, basée à Aix-la-Chapelle, tire la sonnette d’alarme face à cette violence croissante qui frappe de plein fouet les clercs. Derrière chaque attaque, c’est bien plus qu’un individu qu’on veut atteindre : c’est toute la communauté chrétienne qu’on cherche à faire taire, à terroriser.
Prenons le cas de l’Inde. Ce pays, autrefois si riche spirituellement, s’enfonce dans un nationalisme hindou de plus en plus agressif. Les chrétiens y sont accusés de vouloir convertir les Hindous, et cela devient un prétexte pour justifier les persécutions. Dans certains États, des lois anti-conversion ont même été adoptées, stigmatisant davantage les minorités religieuses. Début juin, dans le Jharkhand, trois prêtres ont été violemment attaqués : non seulement le presbytère a été pillé, mais les agresseurs les ont contraints, armes à la main, à réciter des slogans religieux païens. À Odisha, quelques jours plus tôt, deux autres prêtres ont été tabassés et extorqués sous menace.
Ce ne sont pas là de simples vols. L’archevêque Anil Couto, secrétaire général de la Conférence des évêques indiens, l’affirme sans détour :
« Il s’agit de persécutions ciblées, d’une volonté de paralyser la mission de l’Église. »
En Afrique aussi, le sang sacerdotal est versé. Au Nigeria, notamment dans les régions du nord et du nord-ouest, les enlèvements de prêtres se multiplient. Ces hommes de Dieu sont perçus comme des cibles faciles, supposément riches et sans défense. Des groupes armés, parfois terroristes, se parent d’un vernis religieux pour justifier leurs crimes et manipuler les esprits. C’est une stratégie, observe l’archevêque Fortunatus Nwachukwu, qui rend les communautés chrétiennes encore plus vulnérables. Les criminels savent que frapper un prêtre, c’est semer la peur dans tout un diocèse.
Même le Kenya, pourtant réputé plus stable, n’échappe pas à cette vague d’horreur. Fin mai, dans la région du Kerio, deux prêtres ont été assassinés. La peur fut telle qu’un couvent de religieuses a décidé de suspendre temporairement ses activités dans la zone. L’archevêque de Kisumu, Mgr Maurice Muhatia Makumba, demande une enquête sérieuse de l’État, rappelant que ce ne sont pas des cas isolés.
Le porte-parole de Missio, Johannes Seibel, insiste sur la gravité de cette situation : la liberté religieuse est piétinée, et les violences s’intensifient au fil des années. La tendance n’est pas nouvelle, mais elle s’aggrave dangereusement.
Selon les données de Fides, l’agence d’information des Œuvres pontificales missionnaires, plus de 160 prêtres ont été tués dans les continents du Sud – Afrique, Asie, Amérique latine et Océanie – entre 2014 et 2024. C’est une hécatombe silencieuse.
Face à cette barbarie, que faisons-nous ? Prions, bien sûr. Mais prions en actes. Soutenons nos missionnaires, faisons connaître ces crimes, dénonçons l’inaction des États complices par leur silence. Et n’oublions pas que, souvent, ces martyrs ne meurent pas pour une idéologie, mais pour le Christ.
Ces prêtres tombés sont des grains de blé qui donnent déjà du fruit. Ne les laissons pas tomber dans l’oubli.





