Plus de 1 000 cas de vandalisme et de destruction auraient été recensés dans l’Artsakh depuis 2020, selon Hovik Avanesov, médiateur du patrimoine culturel de l’Artsakh. Parmi les pertes qu’il énumère figurent plus de sept églises arméniennes entièrement détruites, une dizaine de villages rasés et une autre dizaine partiellement démolie. Ces chiffres proviennent d’une institution arménienne et doivent être attribués comme tels, mais plusieurs destructions majeures ont parallèlement été confirmées par des images satellites analysées par le programme universitaire indépendant Caucasus Heritage Watch.
Plus de sept églises détruites selon le médiateur du patrimoine
Hovik Avanesov a présenté ces chiffres le 28 septembre lors d’une discussion consacrée à la situation de l’Artsakh. Il affirme que le patrimoine architectural et monumental de Stepanakert a été lourdement touché, jusque dans des quartiers résidentiels entiers.
Le bilan de « plus de 1 000 » cas recouvre des réalités diverses : destructions complètes, dégradations, transformations et atteintes portées à des monuments religieux ou civils. Dans un territoire dont la population arménienne a été déplacée après l’offensive azerbaïdjanaise de 2023, la conservation des traces matérielles de la présence chrétienne arménienne est devenue un enjeu historique et politique majeur.
Il faut toutefois distinguer les déclarations du médiateur des constatations indépendantes. Sur plusieurs dossiers précis, les preuves satellitaires permettent aujourd’hui de documenter matériellement les destructions.
La cathédrale de la Sainte-Mère-de-Dieu de Stepanakert a disparu
Le 22 avril 2026, Caucasus Heritage Watch, programme rattaché à l’université Cornell, a confirmé la destruction de l’église de la Sainte-Mère-de-Dieu, Surb Astvatsatsin, à Stepanakert. Consacrée en 2019 par l’Église apostolique arménienne, elle a été détruite entre le 3 mars et le 2 avril 2026, d’après l’analyse d’images satellites Sentinel-2.
Des images de meilleure résolution ont ensuite renforcé ce constat. Monument Watch, qui suit le patrimoine arménien du Haut-Karabakh, a également documenté la disparition complète de l’édifice. L’Église apostolique arménienne a publiquement condamné sa destruction et demandé aux organisations internationales chargées du patrimoine d’intervenir.
Cette église n’est pas un cas isolé. Caucasus Heritage Watch a aussi documenté la destruction de l’église Saint-Jacques de Stepanakert, construite en 2007, ainsi que celle du mémorial du génocide arménien.
Le mémorial du génocide arménien également détruit
Le mémorial de Stepanakert avait été érigé pour le centenaire du génocide de 1915. Sa tour de marbre blanc abritait notamment un reliquaire contenant des restes humains rapportés de Deir ez-Zor, dans le désert syrien, lieu associé à la déportation et à la mort de centaines de milliers d’Arméniens.
D’après Caucasus Heritage Watch, le complexe a été détruit entre le 14 juillet 2025 et le 25 avril 2026. L’organisme parle d’une vague de destruction concentrée touchant les sites religieux et mémoriels arméniens de Stepanakert et estime que cette évolution suggère une entreprise coordonnée d’effacement du patrimoine.
Le terme d’« effacement » est fort, mais les éléments matériels disponibles montrent au minimum que plusieurs monuments identifiables ont effectivement disparu en quelques mois. Il ne s’agit donc pas seulement d’accusations reposant sur des témoignages : dans certains cas, l’évolution des sites peut être observée directement depuis l’espace.
Un patrimoine chrétien millénaire au cœur d’un conflit
L’Artsakh, ou Haut-Karabakh, possède un patrimoine chrétien arménien ancien comprenant églises, monastères, cimetières, khatchkars et inscriptions. Après les guerres successives et le départ massif des Arméniens de la région, la question de la protection de ce patrimoine est devenue particulièrement urgente.
Les autorités azerbaïdjanaises ont contesté certaines accusations arméniennes et défendent leur propre lecture historique de plusieurs monuments. C’est précisément pour cette raison que le travail d’observation satellitaire est important : il permet de dépasser, au moins partiellement, les récits antagonistes en établissant si un édifice existe encore, a été modifié ou a disparu.
Pour les chrétiens, la destruction d’une église ne représente jamais seulement la perte d’un bâtiment. Elle touche un lieu consacré, une mémoire liturgique, des générations de fidèles et l’enracinement historique d’une communauté. La disparition récente de plusieurs églises de Stepanakert s’inscrit donc dans une question plus vaste : celle de savoir ce qui restera demain de la présence arménienne chrétienne dans un territoire vidé de l’essentiel de sa population arménienne.
Les chiffres globaux avancés par Hovik Avanesov demandent encore à être documentés cas par cas. Mais les destructions déjà confirmées par Caucasus Heritage Watch suffisent à montrer que la menace sur le patrimoine religieux arménien n’est ni abstraite ni théorique.
Sources principales
- Panorama.am — More than 1,000 cases of vandalism recorded in Artsakh, ombudsman says
- Caucasus Heritage Watch — CHW Confirms Destruction of Church in Khankendi/Stepanakert
- Caucasus Heritage Watch — Cultural Destruction in Khankendi/Stepanakert
- Mother See of Holy Etchmiadzin — déclaration sur la destruction de Surb Astvatsatsin
- Wikimedia Commons — cathédrale de Stepanakert avant sa destruction





Conversation des fidèles
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