Dans un entretien accordé au média catholique belge CathoBel le 23 octobre, puis repris par Religion Digital le 27 octobre, l'archevêque d'Alger explique sa vision de la présence catholique dans ce pays majoritairement musulman. Et ses propos sur la conversion sont particulièrement surprenants : « Nous sommes l’Église de ce peuple. Pas une Église prosélytisante, pas une Église là pour convertir, mais une Église qui aspire à être l’un des éléments de ce peuple. »
Le cardinal Vesco explique vouloir une Église pleinement intégrée dans la société algérienne, qui ne se considère pas comme une communauté étrangère ou une forteresse assiégée. Après près de vingt-cinq années passées en Algérie, il défend une présence chrétienne fondée sur le service, la fraternité et la rencontre avec les musulmans. Il rappelle notamment que l'Église locale rassemble des catholiques d'une trentaine de nationalités et qu'elle doit être à la fois profondément enracinée dans le pays et ouverte sur le monde.
Mais le problème se trouve précisément dans cette formule : « Pas une Église là pour convertir. » Car si l'Église catholique rejette le prosélytisme lorsqu'il désigne la pression, la manipulation ou la contrainte, elle n'a jamais renoncé à sa mission d'annoncer Jésus-Christ et d'inviter librement les hommes à recevoir l'Évangile. Notre-Seigneur lui-même a confié à ses Apôtres cette mission : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (Mt 28, 19). L'annonce de la foi et la possibilité de la conversion demeurent donc au cœur de la mission chrétienne.
Cette distinction est d'ailleurs clairement affirmée par le concile Vatican II. Dans le décret Ad Gentes, au paragraphe 7, l'Église rappelle la nécessité de l'activité missionnaire. Et dans la déclaration Dignitatis Humanae, au paragraphe 2, le Concile affirme que nul ne doit être contraint d'agir contre sa conscience en matière religieuse. Il n'y a donc aucune contradiction entre le respect de la liberté religieuse, le dialogue avec les musulmans et la proposition explicite de la foi catholique. L'Église ne doit imposer aucune conversion, mais elle ne peut pas davantage abandonner l'annonce du Christ.
Le cardinal Vesco va également plus loin dans sa critique du prosélytisme, qu'il qualifie de « poison » dans les religions monothéistes, notamment parce qu'il implique, selon lui, de considérer la religion de l'autre comme fausse. Mais là encore, une difficulté doctrinale apparaît : un catholique peut respecter profondément une personne musulmane tout en affirmant que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, véritablement mort et ressuscité, et que la plénitude des moyens de salut se trouve dans l'Église catholique. La charité et le respect des personnes ne supposent pas que toutes les affirmations religieuses soient également vraies.
Il faut toutefois distinguer les mots du cardinal de leur interprétation. Dans cet entretien, Jean-Paul Vesco parle de la situation particulière de l'Église en Algérie et de son désir de vivre en fraternité avec l'ensemble de la population. Il ne déclare pas explicitement que l'Église universelle devrait supprimer toute activité missionnaire. Mais la formulation choisie demeure suffisamment forte pour susciter une interrogation légitime : peut-on définir la présence catholique dans un pays en affirmant qu'elle n'est pas là pour convertir, alors même que l'annonce de Jésus-Christ appartient à la mission confiée par le Seigneur à son Église ?
Et vous, que pensez-vous de cette phrase : « Pas une Église là pour convertir » ?
Sources : Religion Digital





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