RCF Bruxelles cessera d’émettre le 31 janvier 2027, trente ans après sa création. La décision fait suite au retrait du soutien financier de l’archidiocèse de Malines-Bruxelles, qui versait une subvention annuelle de 32 000 euros et participait aux salaires de trois des quatre salariés à temps partiel de la station. Pour l’équipe et ses quelque 80 bénévoles, le choc est considérable. Pour l’Église en Belgique, cette fermeture pose une question plus large : comment maintenir une présence catholique locale forte dans les médias alors même que l’audience linéaire s’effrite ?
Mgr Luc Terlinden, archevêque de Malines-Bruxelles, a expliqué que le diocèse devait procéder à des arbitrages pour préserver son équilibre financier à long terme. Il a également avancé la faiblesse de l’audience de RCF Bruxelles, qui ne serait pas assez élevée pour apparaître dans les mesures officielles. L’équipe de la radio conteste toutefois qu’une absence de chiffres publics permette de conclure à l’inutilité pastorale de l’antenne.
Une radio catholique locale née il y a trente ans
RCF Bruxelles est née en 1996. Elle n’est pas un simple relais automatique du réseau français : son identité repose sur une production locale, des émissions religieuses, culturelles et sociales, des entretiens et une présence de terrain dans la capitale belge.
La station appartient à un paysage catholique belge déjà fortement remanié. En janvier 2026, 1RCF Belgique avait mis fin à ses émissions. La fermeture annoncée de RCF Bruxelles intervient donc moins d’un an plus tard. Selon CathoBel, l’arrêt prévu pour janvier prochain traduit un véritable « changement de paradigme » dans la manière dont les moyens ecclésiaux sont alloués aux médias.
La fréquence FM 107.6 n’est pas retirée par l’autorité de régulation : selon SatMag, son autorisation court encore jusqu’en 2028. La cause immédiate de l’arrêt est bien financière.
Le diocèse invoque les finances et l’audience
La responsabilité d’un évêque comprend aussi la gestion prudente des ressources. Il serait simpliste de considérer toute coupe budgétaire comme un abandon de l’évangélisation. Les diocèses européens doivent financer les paroisses, la solidarité, la formation, les bâtiments, les services pastoraux et de nouvelles formes de communication avec des moyens souvent en baisse.
Mgr Terlinden explique précisément que l’archidiocèse veut éviter une dégradation financière durable et réfléchit parallèlement à un nouveau projet de communication autour de CathoBel. Une telle réorientation peut se défendre si elle permet de rejoindre davantage de personnes et de mieux employer les dons des fidèles.
Mais l’argument de l’audience mérite d’être manié avec prudence. Une œuvre d’Église ne peut pas être évaluée exclusivement comme une station commerciale. L’évangélisation ne se réduit pas à une courbe d’audimat, surtout dans une ville profondément sécularisée où une voix chrétienne identifiable peut atteindre un public modeste mais fidèle.
Une équipe qui dénonce l’absence de concertation
La présidente de RCF Bruxelles, Clotilde Nyssens, et plusieurs membres de l’équipe ont regretté publiquement une décision qu’ils jugent insuffisamment concertée. Ils mettent en avant le lien avec les auditeurs, la place donnée au monde associatif et culturel et l’investissement réalisé dans les podcasts.
Cette objection mérite d’être entendue. L’Église parle souvent de synodalité, d’écoute et de coresponsabilité. Lorsqu’une œuvre portée par des salariés et des dizaines de bénévoles doit fermer, la qualité du processus compte autant que la décision finale. Expliquer les contraintes, associer les responsables et préparer une continuité éditoriale sont des exigences élémentaires de bonne gouvernance ecclésiale.
Il serait cependant injuste de transformer ce désaccord en procès d’intention contre l’archevêque. Rien ne permet d’affirmer que Mgr Terlinden voudrait réduire la présence chrétienne dans l’espace public. Le différend porte sur les moyens, les priorités et l’efficacité d’un outil devenu coûteux.
Évangéliser sans dépendre d’un seul modèle médiatique
Pour les catholiques, la disparition d’une fréquence n’est pas seulement une question technique. Pendant trois décennies, RCF Bruxelles a incarné une présence chrétienne régulière dans la ville. Cette histoire mérite mieux qu’une disparition silencieuse.
Mais la fidélité à une mission n’implique pas nécessairement la conservation indéfinie de tous les outils. La radio linéaire vieillit, tandis que l’écoute à la demande, la vidéo, les réseaux sociaux et les formats numériques prennent une place croissante. L’enjeu n’est donc pas de sanctuariser un support, mais de savoir si la mission accomplie par RCF Bruxelles sera réellement reprise ailleurs.
C’est là que la décision devra être jugée dans le temps. Si la fermeture permet de concentrer les moyens sur une offre catholique plus forte, plus lisible et plus missionnaire, l’arbitrage pourra trouver sa justification. Si elle aboutit simplement à faire disparaître une voix chrétienne locale sans véritable remplacement, l’économie réalisée aura un coût pastoral difficile à nier.
À Bruxelles, où la présence catholique est déjà moins visible qu’autrefois, l’Église ne peut se permettre de confondre modernisation et effacement. Les supports peuvent changer ; l’annonce de l’Évangile, elle, doit rester publique, intelligible et courageuse.
Sources principales
CathoBel — RCF Bruxelles va cesser d’émettre
SatMag — RCF Bruxelles cessera d’émettre le 31 janvier 2027
CathoBel — évolution du réseau RCF en Belgique





Conversation des fidèles
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