Mort par euthanasie en Belgique le 22 septembre, Arnaud Denis doit recevoir le 1er octobre une cérémonie religieuse à l’église Saint-Roch, à Paris. Une décision qui pose une question grave au regard de l’enseignement de l’Église et du canon 1184.
Le comédien et metteur en scène Arnaud Denis, mort par euthanasie en Belgique le 22 septembre 2026 à l’âge de 43 ans, doit recevoir jeudi 1er octobre une cérémonie religieuse à l’église Saint-Roch, à Paris, de 10h30 à 11h30. L’annonce est officielle et le faire-part précise ensuite un second temps au crématorium du Père-Lachaise. Pour nous catholiques, le problème n’est pas de juger l’âme d’un homme qui a terriblement souffert. Le problème est de comprendre pourquoi une cérémonie ecclésiale est prévue alors que son recours à l’euthanasie a été public, assumé jusqu’au bout et présenté par lui-même comme une « délivrance ».

Arnaud Denis avait subi en 2023 une opération d’une hernie avec pose d’une prothèse en polypropylène. Il attribuait à cette intervention une longue série de douleurs et de troubles qui l’ont progressivement conduit à une invalidité sévère. Sa souffrance ne doit jamais être minimisée. Mais la compassion chrétienne n’oblige pas à appeler bien ce que l’Église enseigne être un mal. Le Catéchisme rappelle au n° 2277 que l’euthanasie directe est moralement irrecevable, quels qu’en soient les motifs et les moyens.
Ce point est essentiel, car Arnaud Denis n’est pas mort à la suite d’une décision médicale prise à son insu. Il avait expliqué publiquement son choix, rejoint la Belgique pour cette démarche et, dans son dernier message, parlé de l’euthanasie comme d’une délivrance après trois années de souffrance. Nous n’avons évidemment aucun droit de prononcer un jugement sur son salut éternel. Dieu seul connaît le fond des cœurs, les souffrances, la liberté réelle d’un homme dans ses derniers instants et l’éventuel repentir qu’il a pu manifester.
Le canon 1184 pose une question très claire
Mais l’Église, elle, possède des règles pour ses propres funérailles.
Le canon 1184 du Code de droit canonique prévoit que certains pécheurs manifestes doivent être privés des funérailles ecclésiastiques lorsque celles-ci ne peuvent être accordées sans « scandale public des fidèles », sauf s’ils ont donné avant leur mort « quelque signe de pénitence ». Et lorsque subsiste un doute, le même canon demande de consulter l’Ordinaire du lieu. Vatican
Voilà donc la véritable question. Arnaud Denis a-t-il manifesté avant sa mort un signe de pénitence, un regret, une rétractation, ou une disposition spirituelle connue du clergé et inconnue du public ? Si c’est le cas, il faut le dire autant qu’il est possible de le faire sans violer le for interne. Si ce n’est pas le cas, le clergé de Saint-Roch devra expliquer sur quel fondement pastoral et canonique cette cérémonie religieuse a été acceptée.
Il faut également rappeler que l’annonce parle d’une « cérémonie religieuse » et non explicitement d’une messe d’obsèques. Cette distinction compte. Le canon 1185 prévoit en effet qu’une messe d’obsèques doit être refusée à celui qui est exclu des funérailles ecclésiastiques. À cette heure, nous ne prétendons donc pas affirmer ce qui n’est pas établi sur la forme exacte de la célébration prévue jeudi. Vatican
Samaritanus bonus : aucune ambiguïté possible sur l’euthanasie
La lettre Samaritanus bonus, publiée par la Congrégation pour la doctrine de la foi, va également très loin sur l’accompagnement des personnes ayant demandé l’euthanasie. Elle rappelle qu’une personne persistant librement dans ce choix se trouve objectivement dans une situation incompatible avec la réception de la pénitence, de l’onction des malades et du viatique, tant qu’un changement de décision n’est pas manifesté. Ce texte ne traite pas directement de toutes les modalités des funérailles, mais il montre à quel point l’Église refuse qu’un geste pastoral puisse être compris comme une approbation de l’euthanasie. Vatican
C’est précisément là que la responsabilité du clergé entre en jeu. Il ne s’agit pas de s’acharner contre un mort, encore moins contre sa famille. Il s’agit de demander aux prêtres chargés d’une église catholique de garantir que la cérémonie ne brouillera pas l’enseignement de l’Église au moment même où l’euthanasie est devenue un sujet majeur dans notre pays.
Napo a contacté l’abbé Olivier Horovitz
Napo a contacté l’abbé Olivier Horovitz, vicaire de l’église Saint-Roch, afin d’obtenir des explications. À l’heure où ces lignes sont écrites, nous n’avons pas encore reçu de réponse. S’il nous répond, nous ajouterons naturellement ses explications à cet article. La paroisse avait annoncé sa nomination comme vicaire de Saint-Roch en septembre 2024. Paroisse Saint Roch
Nous prierons pour Arnaud Denis. Mais prier pour un défunt n’oblige jamais à taire les questions que pose publiquement l’organisation de ses obsèques. Ici, ce n’est pas l’âme du comédien que nous jugeons. Ce sont les choix pastoraux de ceux qui ont accepté cette cérémonie qui doivent être éclaircis.
Sources principales
TV5MONDE / AFP, sur la mort par euthanasie d’Arnaud Denis en Belgique. TV5MONDE Information
Euronews, sur ses dernières déclarations et son euthanasie à Namur. euronews
Code de droit canonique, canons 1183 à 1185. Vatican
Congrégation pour la doctrine de la foi, Samaritanus bonus. Vatican
Paroisse Saint-Roch, feuille paroissiale annonçant la nomination de l’abbé Olivier Horovitz comme vicaire. Paroisse Saint Roch
Faire-part officiel PFG d’Arnaud Denis, communiqué pour les obsèques du 1er octobre 2026.





Conversation des fidèles
0 commentaire(s)Aucun commentaire pour le moment.
Connecte-toi pour participer à la discussion.