Un tract distribué à la sortie d’une messe accuse l’Église de France de rester silencieuse face à Gaza et appelle les catholiques à interpeller leurs prêtres et leurs évêques. Le document, diffusé par le réseau « Chrétiens contre le génocide », mérite d’être lu avec sérieux. Mais sa formule centrale — le « silence » de l’Église — ne résiste pas entièrement aux faits. La question réelle est plus précise : la Conférence des évêques de France s’est exprimée à plusieurs reprises sur Gaza et la Terre Sainte, mais elle n’a pas, à ce jour, adopté officiellement le terme de « génocide » pour qualifier l’action de l’État d’Israël.
Le tract n’est pas un document officiel d’une paroisse, d’un diocèse ou de la CEF. Le fait qu’il soit distribué devant une église ne signifie donc pas que le curé ou l’évêque en cautionne le contenu. Il s’agit d’un texte militant qui réclame une condamnation plus explicite d’Israël et qui utilise les expressions de « nettoyage ethnique », de « crimes contre l’humanité » et de « génocide ».


La CEF a parlé de Gaza à plusieurs reprises
Dire que les évêques de France « n’ont rien dit » est inexact. Après la frappe du 17 juillet 2025 contre la paroisse catholique de la Sainte-Famille à Gaza, la présidence de la CEF a exprimé sa « profonde solidarité » avec l’Église et les peuples de Terre Sainte et a écrit que « rien ne peut justifier » qu’une paroisse servant de refuge ait été frappée.
En août 2025, la nouvelle présidence de la CEF s’est rendue en Terre Sainte pour son premier déplacement, décrivant alors la « redoutable tragédie humanitaire à Gaza » tout en rappelant l’attente de la libération des otages israéliens. En novembre suivant, l’Assemblée plénière des évêques a de nouveau consacré du temps à Israël, à la Palestine et à la présence chrétienne en Terre Sainte. En juin 2026, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, a été reçu officiellement à Paris et la CEF a renforcé sa plateforme de soutien à la Terre Sainte.
Le point de désaccord ne porte donc pas sur l’existence d’une parole épiscopale. Il porte sur son vocabulaire et sur son degré de condamnation politique.
La citation de Léon XIV est authentique, mais elle ne tranche pas juridiquement le conflit
Le tract cite l’encyclique Magnifica Humanitas de Léon XIV, publiée le 15 mai 2026. La citation est authentique. Au numéro 216, le pape écrit qu’il existe des situations où « il n’est pas juste de rester neutre » et où les bombardements visant des civils, les attaques contre des hôpitaux, des écoles ou des infrastructures vitales blessent l’humanité elle-même.
Ce passage donne un critère moral très ferme : un catholique ne peut pas se réfugier dans l’indifférence devant les souffrances civiles. En revanche, il ne constitue pas une qualification juridique de la situation de Gaza. Léon XIV n’y déclare pas qu’Israël a été reconnu coupable de génocide par une juridiction internationale.
Le mot « génocide » : une question ouverte, mais non jugée définitivement
La Cour internationale de Justice examine toujours l’affaire introduite par l’Afrique du Sud contre Israël au titre de la Convention sur le génocide. La procédure demeure ouverte et la Cour a rendu plusieurs ordonnances, mais elle n’a pas encore prononcé de jugement définitif déclarant Israël coupable de génocide.
La Cour pénale internationale a, de son côté, délivré des mandats d’arrêt contre Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité allégués. La rigueur impose donc de tenir l’affirmation de la gravité de la situation à Gaza et les souffrances de la population civile qui exigent une parole claire.
Ni antisémitisme, ni indifférence devant les Palestiniens
La ligne catholique ne consiste pas à choisir une caricature contre une autre. Le massacre du 7 octobre 2023, les assassinats du Hamas et la prise d’otages doivent être condamnés. Mais cette condamnation ne dispense pas de dénoncer les atrocités faites contre les civils palestiniens ni la faim, les destructions et la fragilisation dramatique des communautés chrétiennes de Terre Sainte. Il faut aussi distinguer le peuple juif, Israël biblique, les citoyens israéliens, l’État moderne d’Israël et le gouvernement israélien sioniste. On sait qu’aujourd’hui, ils veulent criminaliser l’antisionisme d’avec l’antisémitisme, mais on le rappel ici que critiquer une politique gouvernementale dirigé par des talmudo-kabbalistes n’est pas attaquer les Juifs en général car ils seraient juifs. Le tract touche donc une question réelle, mais son accusation générale est trop large. L’Église catholique n’est pas silencieuse sur Gaza, et la CEF ne l’est pas davantage. Ce qu’elle n’a pas fait, en revanche, c’est employer officiellement le mot « génocide » et adopter la condamnation politique globale réclamée par les auteurs de la pétition. C’est sur ce point précis que le débat doit porter.
Sources principales
Chrétiens contre le génocide — site du réseau et pétition
Vatican — encyclique Magnifica Humanitas de Léon XIV
Conférence des évêques de France — message après la frappe contre la paroisse de Gaza
Conférence des évêques de France — renforcement du soutien à la Terre Sainte
Cour internationale de Justice — Afrique du Sud c. Israël
Cour pénale internationale — situation dans l’État de Palestine





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