Les dernières statistiques ecclésiales suisses montrent un double mouvement : les sorties de l’Église catholique restent nombreuses mais reculent nettement pour la deuxième année consécutive, tandis que les baptêmes d’adultes atteignent un niveau record. Les responsables du suivi statistique invitent toutefois à ne pas annoncer trop vite un « retour » massif à l’Église.
Selon les données présentées le 18 septembre 2026 par l’Institut suisse de sociologie pastorale (SPI), 27 878 personnes ont quitté l’Église catholique en Suisse en 2025. Elles étaient 36 782 en 2024 et 67 497 en 2023, année marquée par la publication de l’étude pilote sur les abus sexuels dans le contexte ecclésial suisse.
Des départs en baisse, mais une Église qui continue de perdre des membres
Le ralentissement est donc réel et important. Le SPI estime que les départs sont revenus à un niveau proche de celui d’avant la forte vague de 2023. Mais cette amélioration relative ne signifie pas que la tendance de fond soit inversée.
À la fin de 2025, l’Église catholique comptait environ 2,68 millions de membres en Suisse. Les sorties restent très supérieures aux entrées et la baisse démographique continue. Le même phénomène touche l’Église évangéique réformée, qui a enregistré 26 243 départs en 2025.
Le SPI relève en outre que les motifs de sortie diffèrent selon les confessions. Du côté catholique, des événements précis de la vie de l’Église — notamment la crise des abus et la manière dont elle a été gérée — ont pesé fortement ces dernières années. La moindre intensité médiatique de cette crise peut contribuer à expliquer la baisse actuelle, sans résoudre pour autant les causes plus profondes de la désaffiliation.
339 baptêmes d’adultes : un record à prendre au sérieux
Le chiffre qui retient le plus l’attention est celui des baptêmes d’adultes. En 2025, 339 personnes âgées de 18 ans ou plus ont reçu le baptême dans l’Église catholique en Suisse, un record depuis que ces statistiques sont établies.
Ce nombre est modeste rapporté aux millions de catholiques du pays et ne compense évidemment pas les dizaines de milliers de sorties. Mais sa portée pastorale ne doit pas être réduite à une simple curiosité statistique. Un baptême d’adulte suppose généralement une démarche personnelle, un temps de catéchuménat, une formation et une profession de foi explicite. Dans une société fortement sécularisée, chaque entrée adulte dans l’Église manifeste donc une décision religieuse plus visible qu’un simple héritage sociologique.
Arnd Bünker, directeur du SPI, met néanmoins en garde contre l’idée que « la roue serait en train de tourner ». Les chiffres ne permettent pas encore de conclure à un réveil général ou à un retour massif des jeunes vers le catholicisme. La médiatisation croissante des baptêmes d’adultes peut donner une impression plus spectaculaire que leur poids numérique réel.
Pas de triomphalisme, mais un signal pastoral
La prudence statistique est saine. Elle n’oblige cependant pas les catholiques à regarder ce record avec indifférence. Le christianisme a toujours grandi par des conversions personnelles avant de devenir un fait culturel majoritaire. Dans un contexte où la transmission familiale de la foi est moins automatique, le catéchuménat adulte retrouve une importance missionnaire qui avait été moins visible dans les sociétés de vieille chrétienté.
Le défi est donc double. D’un côté, l’Église doit continuer le travail de vérité et de réparation concernant les abus, car une évangélisation crédible ne peut se construire sur le déni. De l’autre, elle doit assumer plus clairement ce qu’elle est : non une simple institution culturelle ou un prestataire social, mais la communauté appelée à annoncer Jésus-Christ, transmettre la foi, célébrer les sacrements et conduire les hommes à Dieu.
Le recul des départs ne dispense pas de cette conversion missionnaire. Au contraire, les statistiques rappellent que le modèle d’appartenance par habitude s’effrite. Lorsque la foi n’est plus portée automatiquement par la société, elle doit être proposée de manière intelligible, exigeante et visible.
La visibilité numérique change aussi la perception
Le SPI souligne enfin le rôle des nouvelles formes de communication. Les parcours de catéchuménat sont davantage organisés au niveau diocésain, les célébrations collectives gagnent en visibilité et les réseaux numériques rendent plus perceptibles les conversions individuelles. Cette nouvelle visibilité peut nourrir d’autres démarches, même si elle ne suffit pas à prouver une tendance de masse.
Pour les catholiques de Suisse comme pour ceux de France, la leçon est donc moins celle d’un « retour triomphal » que celle d’une responsabilité : accueillir sérieusement les adultes qui frappent à la porte de l’Église, leur donner une formation doctrinale solide, une véritable vie liturgique et des communautés capables de les accompagner après le baptême.
Les chiffres de 2025 ne disent pas que la sécularisation est terminée. Ils montrent cependant qu’au cœur même du recul institutionnel, des adultes continuent de demander librement le baptême. Ce fait mérite d’être regardé sans exagération, mais aussi sans minimisation.





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