La crise sociale et économique au 19e siècle en France
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La crise sociale et économique au 19e siècle en France

Cette première Conférence concernant la crise sociale et économique en France, a été donnée à Rome le 14 janvier 1897 par le Bienheureux Léon Dehon.

C’est d’abord le désarroi dans les esprits, la crise intellectuelle et religieuse.

La France est envahie par l’indifférence et l’irréligion, la science allemande est livrée au panthéisme et au scepticisme, l’Italie a entendu dans ses théâtres chanter l’hymne à Satan 6 . Nos grandes villes sont devenues en partie païennes. Paris, Berlin, Londres, New York ont un quart ou un cinquième de leurs habitants qui n’ont pas reçu le baptême.

Au XVIIIe siècle, quand un cure devait renseigner l’intendant sur le chiffre de la population dans sa paroisse, il lui suffisait de compter ses communiants au temps pascal, leur chiffre était celui de toute la population adulte et valide.

Aujourd’hui à Paris, sur deux millions d’habitants, cent mille à peu près remplissent le devoir pascal. Sur cent personnes, cela fait cinq communions, dont une d’homme et quatre de femmes!
En province le mal est deux ou trois fois moindre, mais il est encore immense.

«La masse rurale, dit un sagace observateur, Monsieur Taine, à l’exemple de la masse urbaine est en voie de devenir païenne. Depuis cent ans la roue tourne en ce sens et cela est grave pour la nation comme pour l’Église».

Les enterrements civils sont aussi un des thermomètres de la foi. On en comptait 3.000 par an en 1860 à Paris. En 1880, c’était 10.000. C’est 16.000 aujourd’hui, environ le tiers des morts. Les lettrés, qui devraient conduire les âmes à Dieu, sont dans l’angoisse du doute.

Jules Simon a dit fort exactement :

«Ce siècle a la nostalgie du divin».

Consultez ceux qui nous ont révélé les souffrances de leur âme.

Maine de Biran disait: «J’erre de fête en fête, plein de trouble et d’ennui, comme un galérien dans un bagne».

Madame de Staël écrivait: «Je suis plongée dans une espèce de désespoir qui me dévore, je ne trouve de plaisir en rien».

Et George Sand: «L’ennui dévore ma vie, l’ennui me tue».

Michelet a dit:

«Qui ne voit sans les envier ces fidèles qui sortent à flots de l’église, qui reviennent de la table divine rajeunis et moralisés? Faisons les fiers tant que nous voudrons, philosophes et raisonneurs que nous sommes aujourd’hui… Qui de nous, parmi les agitations du mouvement moderne, entend sans émotion le bruit de ces belles fêtes chrétiennes, la voix touchante des cloches et comme leur doux reproche maternel? L’esprit reste ferme, mais l’âme est bien triste… L’homme de l’avenir, qui n’en tient pas moins de cœur au passé, pose alors la plume et ferme le livre; il ne peut s’empêcher de dire: Ah! que ne suis-je avec eux, un des leurs, le plus simple, le moindre de ces fidèles!».

On trouve une foule d’aveux semblables dans Victor Hugo, Sainte-Beuve, Musset et tant d’autres, auxquels un malaise indéfinissable a arraché les plaintes les plus douloureuses. C’est l’éclatante confirmation de cette parole de saint Augustin: «Vous nous avez faits pour vous, o mon Dieu, et notre cœur sera dans le trouble et l’agitation jusqu’à ce qu’il repose en vous».

Malheureusement, aussi longtemps que cette nostalgie du divin ne se manifestera que par une phraséologie vague, par des élans intermittents et sans but, elle sera une source de souffrance plutôt qu’un moyen de relèvement.

Le désarroi moral n’est pas moins saisissant que la crise intellectuelle.

Après les maîtres de la littérature, des hommes politiques comme Waldeck-Rousseau et Lefebvre, des hommes d’enseignement comme Larroumet et Fouillée s’écrient:

«L’état des âmes en France est déplorable. Plus de ressort! Plus d’énergie morale! Plus de généreux enthousiasme! Partout l’affaissement, le scepticisme, la platitude!…».

«Dans la jeunesse, dit le grand maître de l’Université au concours général, règne une sorte de désenchantement, de pessimisme vague et douloureux, mortel à l’enthousiasme, d’atonie générale caractérisée par la perte de tout idéal et par l’horreur de tout effort».

«La science positiviste, dit Monsieur Brunetière , nous avait promis qu’elle expliquerait la vie et réglerait la morale. Elle n’a pu ni créer la vie, ni l’expliquer, ni la définir. Comment prétendrait-elle nous servir de guide entre notre commencement qu’elle ignore et notre fin qu’elle ignore de même?».

En face de l’accroissement constant de la criminalité dans l’enfance, l’Echo de Paris, journal ordinairement peu sérieux, a osé dire:

«Il a été interdit de parler de Dieu aux enfants, ce qui ne s’était vu à aucune époque chez aucun peuple… On a fabriqué une génération de décadence. Maintenant la peur s’empare des rares personnes qui s’avisent encore de réfléchir. On commence à reconnaître que tout craque, et si les enfants continuent à être élevés de cette manière, nous sommés voués à la plus effroyable dégringolade»

Monsieur Bourget a écrit: «Nous allons à l’inverse de la grande démocratie américaine, qui favorise la religion et la vie corporative et provinciale. Nous avons tari toutes les sources de la vitalité française».

Monsieur Fouillée, qui est universitaire, a dit: «N’est-il pas douloureux de penser qu’il a fallu une expérience de plus de quinze années, dont sont peut-être victimes des milliers et des milliers d’individus, pour ramener les esprits à cette vérité élémentaire, qu’en supprimant la religion, on supprimerait un frein moral de premier ordre, et plus encore un ressort moral; pour reconnaître que ce n’est pas avec des négations qu’on moralise un peuple…?»

En regard de ces aveux, il faut signaler encore le découragement des conservateurs libéraux, l’apathie des catholiques et les inepties du radicalisme. Monsieur Molinari, dans le Journal des économistes, septembre 1893, a écrit cette formule du pessimisme des libéraux découragés:

«La classe dirigeante ne sortira pas de l’inaction. Il faut en prendre son parti, laisser faire le socialisme et passer la révolution».

Quant à l’apathie de la plupart des conservateurs catholiques, elle est, hélas! trop manifeste. Tout travail à longue échéance, exigeant organisation, discipline, labeur ingrat, efforts soutenus, les rebute. Chez les uns, c’est une sécurité irréfléchie; chez d’autres, la prudence humaine ou la timidité; chez la plupart, le manque de ressort et d’énergie. Ils préfèrent attendre, en gémissant ou en discourant… un sauveur qui fera toute la besogne.

Chez les meilleurs, chez ceux qui doivent enseigner les autres, n’y a-t-il pas eu aussi jusqu’à présent, grâce à un reste de doctrine gallicane, un manque de civisme et un enseignement incomplet?

Enfin, il faut signaler, en se retenant de rire, l’utopie des doctrinaires radicaux. Ils s’aperçoivent bien que la guerre au catholicisme a détruit le ressort moral et laissé le peuple sans frein, mais ils ont un remède tout prêt. Ils ont proposé au Sénat, par l’organe de Monsieur Lavertujon, la fondation à la Sorbonne d’un cours de morale normale. Cette chaire nouvelle donnera un catéchisme à la France et la situation sera sauvée!

Le malaise politique n’est pas moins inquiétant.

Il faut le considérer soit dans les rapports internationaux, soit dans la vie sociale. Le droit des gens est oublié, il a fait place à l’intrigue et à la force. La politique extérieure n’est pas seulement athée, c’est-à-dire dominée par les passions et les convoitises, mais, dans la plupart des États, elle est nettement antireligieuse et sectaire.

Aucun principe supérieur et commun de justice ne préside plus à la politique étrangère des grandes puissances. Elles ne prennent conseil que de leurs intérêts et de leurs appétits, et si une paix plus ou moins précaire se maintient au milieu de ces compétitions, c’est tout simplement parce qu’elle résulte de l’équilibre et de la mutuelle neutralisation des convoitises.

Tel est désormais le pivot du droit international. Personne n’oserait, de bonne foi, le contester; mais ce fait, par son évidence même, donne la juste notion et l’exacte mesure d’un progrès dont nous sommes décidément trop fiers.

À la vue des massacres d’Arménie 10 tolérés par l’Europe, le cardinal Manning a eu raison de dire: «L’abandon des causes justes est la caractéristique de la politique contemporaine». Gladstone a dit avec justesse: «Le fardeau de la honte retombe dans la question arménienne sur les six grandes puissances!»

N’en est-il pas de même pour les massacres de la Crète?

Nous n’étions certes pas de grands chrétiens dans la première moitié de ce siècle, et pourtant quand la voix des opprimés arrivait jusqu’à l’Occident, elle trouvait toujours de l’écho. On partait, d’abord individuellement, aujourd’hui en Grèce, demain au Liban, et la politique était bien obligée de suivre le mouvement. Depuis deux ans le sang chrétien coule à flots en Arménie, et l’Europe dort en paix. Les Souverains attendent l’heure propice pour avoir part à la curée.

La politique intérieure n’est ni plus rationnelle ni plus chrétienne. On a oublié le but même de l’État, le bien commun. L’ambition, la spéculation et la concussion dominent manifestement toute la vie politique.

De là une instabilité absurde. Les combinaisons engagées pour la chasse aux portefeuilles renversent trois ministères par an.

De là aussi une stérilité désolante: les lois pratiques cèdent le pas aux querelles des politiciens. Les parlements se succèdent et ne produisent presque rien d’utile.

Les représentants de la nation vendent leurs votes et profitent de leur passage aux affaires pour faire fortune. On se croirait aux beaux temps de l’ancienne Rome décrits par Tacite. On trouve moyen de couvrir tout cela ensuite par des artifices de procédure, en invoquant la prescription ou en détruisant les dossiers.

La dette est énorme, le déficit est de règle, l’amortissement ne se fait pas. Ainsi font les particuliers, quand ils veulent aboutir à la banqueroute.

Une secte est depuis vingt ans au pouvoir. La Franc-maçonnerie règne et les lois se préparent au Grand-Orient. Les Juifs tiennent la Franc-maçonnerie dans leurs mains. Ils sont à sa tête avec Lemmi et Nathan. Ils font l’opinion par la presse et ils en imposent aux ministères par leur influence à la Bourse. Ils sont les rois du monde.

Aussi la persécution religieuse inspire les lois et l’administration. Nous avons un Kulturkampf 11 , une oppression systématique, comme en Allemagne et en Italie. De là les lois militaire et scolaire, le décret sur les fabriques, la loi d’abonnement, la laïcisation des cimetières et des hôpitaux, la suppression des processions. Et tout cela au nom de la liberté et de l’égalité!

Léon XIII n’a-t-il pas raison de nous dire qu’il est temps pour les catholiques de se ceindre les reins et d’engager la lutte ? (Encyclique Rerum novarum).

La famille, qui est la base de la société, est désagrégée par la loi.

Nous avons le divorce. Il règne dans presque toute l’Europe. En France, c’est 50.000 familles qu’il a détruites en 10 ans. La moyenne annuelle est montée peu à peu de 2.000 à 6.000; où s’arrêtera-t-elle? Cela nous donne déjà 100.000 enfants scandalisés, ballottés et jetés en dehors des conditions normales de l’éducation.

Le divorce n’atteint qu’une famille sur 577 en Angleterre, une sur 450 en Russie. En Autriche, c’est une sur 169; en France, une sur 62, hélas ! en Danemark, une sur 36 ; à Berlin, une sur 17 ! En Suisse, dans les cantons catholiques, en moyenne une sur 142 ; dans les cantons protestants, une sur 19 !

La diminution de la natalité est effrayante en France, elle est d’ailleurs universelle en Europe depuis vingt ans. Elle a partout la même cause, l’égoïsme, le calcul, l’immoralité.

En France, il y a deux millions de familles sans enfants et deux autres millions qui n’ont qu’un enfant. Les enfants illégitimes sont toujours plus nombreux. On en compte 18.000 par an à Paris, plus du quart des naissances.

À Bruxelles, c’est 38 %, à Liège 33, à Anvers 22. À Londres, c’est le quart de la population et à Berlin près du tiers.

Les enfants abandonnés sont nombreux partout. Paris en compte 50.000 dans ses asiles. Telle est la famille que nous a donnée l’essai de société sans Dieu.

La crise morale est telle qu’elle arrache des larmes aux observateurs sérieux.

C’est d’abord la licence de la presse. Par le livre et le journal, tout ce qui est respectable est chaque jour vilipendé. La pudeur est blessée impunément. Les romans les plus libres se tirent à Paris à 150.000 exemplaires.

Les théâtres et l’art contemporain seront bientôt, pour la hardiesse du décolleté, au niveau des mœurs de Pompéi. Et la licence des rues ! Il faut que le mal soit bien grand de ce côté-là pour qu’une ligue, peu suspecte de pruderie et de cléricalisme, se soit formée en vue d’y porter remède.

Un congrès s’est tenu, où l’on a entendu Monsieur Jules Simon, Monsieur Gréard, Monsieur Mézières, tous trois de l’Académie et Monsieur Frédéric Passy, de l’Institut. Ils protestent contre les provocations auxquelles se livre la prostitution dans les rues et contre la diffusion des livres et des dessins scandaleux.

Soixante Conseils généraux ont adhéré à cette ligue. Il faut pour cela que le mal soit bien inquiétant ! Et en effet, à Paris seulement, la police arrête chaque année quelques milliers de garçons et de jeunes filles au-dessous de seize ans pour faits immoraux. Les autres grandes villes d’Europe ne sont pas moins malades. Berlin compte, d’après ses rapports officiels, 50.000 personnes vouées à la prostitution.

La femme de l’ouvrier ne peut plus remplir ses devoirs de mère de famille. Pour gagner le pain qui doit faire vivre les enfants, le travail du père ne suffit plus, la mère doit l’accompagner à l’usine. On a constaté en Allemagne que 120.000 femmes vont ainsi user leurs forces à ce travail contre nature.

Que deviennent leurs 400.000 enfants ? Ils ont pour éducateurs les camarades de la rue. Le développement de la grande industrie s’est fait sans règle ni contrepoids. Le capital anonyme domine les travailleurs et les tient dans une condition presque servile. Privés de leur dimanche, beaucoup deviennent comme des bêtes de somme.

La surproduction amène des crises successives. L’ouvrier a perdu le goût de l’épargne. Dans la période du chômage, il s’endette. Les mécontents s’organisent nécessairement en une armée de défense.

Le travail des machines a tué les industries du foyer. De là est né le sinistre chant de la Chemise, composé par Hood en Angleterre, sous l’impression de la baisse des salaires amenée par les machines à coudre et de l’affreuse misère qui en résulta tout d’abord pour les femmes dont l’unique ressource était l’aiguille.

La crise agricole n’est pas moins intense que la crise industrielle.

Les campagnes sont désertées. En 1886, en France, 59 départements voyaient encore croître leur population ; en 1891, c’est 38 seulement ; en 1896, 24 uniquement. Dix départements agricoles perdent plus de 10.000 habitants. La perte des campagnes est de 300.000 habitants en 4 ou 5 ans au profit des villes. La proportion de la population rurale était encore de 76% en 1886; elle est tombée à 64% en 1891, à 60% en 1896.

On ne peut pas s’imaginer tout ce que disent ces chiffres. Le village natal avec son clocher et son horizon, gracieux ou austère, mais toujours aimé, n’est-ce pas la patrie ? Au pays natal se rattachent les traditions, les souvenirs, les exemples des ancêtres. Il faut quitter tout cela pour aller chercher du travail entre les murs enfumés de l’usine et du bureau, et l’on s’étonne que l’amour de la patrie se perde.

La terre a trop d’impôts, de charges, de droits d’enregistrement et de succession. Il semble que la loi ait tout fait pour détruire la petite propriété, ce qui revient à détruire la patrie. L’impôt foncier en France équivaut à 27% du revenu. La propriété industrielle ne paie que 7% et la propriété mobilière 3%. Et les produits agricoles ont baissé de 25% depuis 15 ans.

Aussi, l’endettement du sol va toujours croissant. Il est en France de 18 milliards environ.
La dette hypothécaire, dit Claudio Jannet, équivaut à 13% de la valeur des propriétés foncières en France en 1886; elle est de 20% en Italie, de 25 en Autriche, de 40 en Irlande.

De là une émigration énorme, douloureuse pour les familles et périlleuse pour la religion.
Quatre millions d’hommes ont quitte l’Europe en 10 ans. L’Italie envoie 100.000 émigrants par an en Amérique et l’Allemagne 200.000.

Signalons enfin le péril économique et socialiste.

Le malaise économique dont nous souffrons ne va-t-il pas s’accroître encore ? L’Europe et les États-Unis ont pressuré les pays d’exportation depuis un demi-siècle en exigeant le paiement en or. Une réaction se prépare. Les pays à monnaie d’argent, notamment l’Inde, la Chine et le Japon, se couvrent d’usines ; et comme le salaire y est à un prix infime, ces pays nous enverront bientôt leurs produits à bas prix et ils ruineront notre industrie.

C’est déjà commencé. En 1880, les exportations de l’Europe surpassaient encore les importations. En 1894, les importations des trois grands États commerciaux, l’Angleterre, l’Allemagne et la France, surpassent de 5 milliards les exportations. En 1895, la différence est de plus de 6 milliards. L’ouvrier indien se contente en effet d’un salaire de 10 à 15 centimes, l’ouvrier chinois vit avec 40 centimes.

Le blé des Indes nous arrive au prix de 10 francs et le nôtre coûte 20 francs à produire. La soie travaillée en France était encore produite par la France dans la proportion de 35% en 1872; en 1892, la proportion est de 1%. Le développement industriel du Japon est prodigieux. Ce pays compte déjà 4.500 sociétés industrielles et 27 compagnies de chemins de fer. Il fabrique presque tous nos produits européens et peut nous les vendre à des prix minimes.

Ces questions de commerce et d’industrie deviennent des questions sociales, des questions qui intéressent au plus haut point le sort de la patrie et de la religion.

Le péril socialiste est plus menaçant aussi que beaucoup ne le croient. Partout les groupes socialistes progressent, en Allemagne, en Belgique, en France, en Italie. On ne comptait que 30.000 voix socialistes aux élections de 1885 en France. Il y en avait déjà 176.000 en 1889 et 600.000 en 1893. Ces groupes ont une organisation puissante. Ils agissent sans relâche et leur propagande gagne les campagnes.

Leur idéal, vous le connaissez, c’est cette vaste machine collectiviste qui fera de la terre un bagne, des citoyens autant d’esclaves travaillant sous la baguette de surveillants, et de la liberté un souvenir. Quand le dieu État nous aura fait ce nivellement, nous serons tous égaux, ce sera l’égalité dans l’abjection.

Ne vous y trompez pas, la servitude ne fait plus peur au peuple. Il consentira à se laisser enrégimenter dans les ateliers nationaux, parce qu’à défaut de sa liberté, il aura du moins deux repas par jour, tandis qu’aujourd’hui il souffre souvent de la faim. Mais, pire que le loup de la fable, il acceptera la chaîne qu’on lui offre pour avoir sa place au râtelier.

Conclusion.

À l’œuvre donc ! En face de la détresse actuelle, pour les hommes sans foi, sans vaillance, sans générosité, il ne reste que le découragement, le pessimisme; pour les vaillants, les nobles cœurs, les apôtres, c’est l’action qui s’impose.

Quand un navire est en détresse en vue du port, le témoin timide et faible prie, pleure, se lamente; le vaillant, sans qu’il s’en glorifie, va à la mer, au sauvetage, et cela lui est comme tout naturel. Allons au sauvetage de la société en détresse, par les œuvres, par les revendications légales. Mais n’oublions pas que le pilote sauveur, c’est Pierre. C’est lui qu’il faut écouter, c’est lui qu’il faut suivre, c’est lui qui indique le chemin du salut.

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Au bord du lac de Tibériade, Jésus vit deux barques devant lui, [cf. Lc 5,2-5], mais c’est sur celle de Pierre qu’il monta, c’est de la barque de Pierre qu’il exhorta la foule, c’est de cette barque que doit sortir la vérité.

Et quand il eut fini de parler, Jésus dit à Pierre: «Conduis-nous vers la haute mer», et il dit aux autres apôtres: «Et vous, jetez vos filets pour prendre du poisson». C’est Pierre qui conduit la barque, guidé par Jésus, et les autres jettent le filet là où Pierre les conduit. Admirable symbole! Pierre aujourd’hui nous conduit vers la haute mer de la démocratie chrétienne. Laissons-nous conduire, jetons le filet et nous ferons une bonne pèche: et laxate retia vestra in capturam.

Source : Première conférence du Bienheureux Léon Dehon via DehonDocs

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