L’onde de choc provoquée par les récentes excommunications des évêques de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) relance intensément le débat liturgique au sommet de l’Église. Face au risque d’une fracture ecclésiale durable, un nombre croissant de cardinaux et d’évêques unissent aujourd’hui leurs voix pour demander un assouplissement des restrictions pesant sur la messe traditionnelle en latin, appelant à retrouver l’esprit d’ouverture qui prévalait sous le pontificat de Benoît XVI.
Au cœur des critiques se trouve le motu proprio Traditionis Custodes, promulgué en 2021 par le pape François, qui a drastiquement limité la célébration du rite préconciliaire. Ce texte avait marqué une rupture nette avec le document Summorum Pontificum publié quatorze ans plus tôt, par lequel Benoît XVI reconnaissait à tout prêtre la liberté de célébrer selon le missel de 1962, une liturgie qui a façonné la vie spirituelle de l’Église pendant des siècles et engendré d’innombrables saints.
Pour Mgr Georg Gänswein, nonce apostolique dans les pays baltes et ancien secrétaire personnel de Benoît XVI, l’heure est venue de revenir sur cette restriction. S’exprimant le 7 juillet dans les colonnes du quotidien italien Il Giornale, à l’occasion du dix-neuvième anniversaire de Summorum Pontificum, le prélat a qualifié la période actuelle de « kairós » — un moment favorable et providentiel — pour abolir ces limitations et dépasser le recul que représente Traditionis Custodes. Estimant que le pape François a commis une erreur sans s’en rendre compte, Mgr Gänswein a rappelé que l’ouverture de 2007 avait porté des fruits évidents, particulièrement perceptibles chez les jeunes générations, comme en témoigne la vitalité du pèlerinage de Paris-Chartres.
Le préfet du Dicastère pour la promotion de l’unité des chrétiens, le cardinal Kurt Koch, partage cette nécessité d’un examen de conscience institutionnel. Lors d’un podcast diffusé le 2 juillet par l’édition germanophone de Communio, il a invité à repenser ces restrictions radicales, en pensant tout particulièrement aux fidèles profondément attachés à cette forme liturgique. Analysant la rupture avec la Fraternité Saint-Pie X, le cardinal suisse a fermement mis en garde l’Église contre la tentation de l’autosatisfaction. Selon lui, il serait erroné de se contenter de condamner le chemin emprunté par la Fraternité sans s’interroger honnêtement sur les déficits fondamentaux de l’Église d’aujourd’hui que cette crise met en lumière. Se montrant prudent, il a d’ailleurs émis des réserves sur l’emploi définitif du terme de schisme, rappelant que l’excommunication demeure par nature une peine médicinale visant à susciter la conversion.
Cette volonté de pacification trouve un écho favorable auprès de grandes figures de l’épiscopat européen. Le cardinal Antonio María Rouco Varela, archevêque émérite de Madrid, a plaidé dans La Nuova Bussola Quotidiana pour que les autorités cessent de « sur-réguler » ce domaine. S’il exige la fin des abus liturgiques qui contredisent l’enseignement de Vatican II, il réclame en parallèle une véritable compréhension envers les catholiques désirant le rite antique, rappelant qu’à Madrid, cette forme continue d’être célébrée normalement. Une vision apaisée que soutient le cardinal Angelo Bagnasco, ancien président des Conférences épiscopales d’Italie et d’Europe. Sur le portail AdVaticanum, il a rappelé que la coexistence des deux formes du rite romain ne remettait aucunement en question l’unité de la foi, mais répondait à des sensibilités personnelles légitimes qui ne devraient jamais être transformées en frontières ou en étendards partisans.
Sur le terrain, plusieurs pasteurs s’efforcent déjà de traduire cette bienveillance en actes concrets pour prévenir toute hémorragie spirituelle. L’évêque de Copenhague, Mgr Czesław Kozon, a indiqué à CNA Deutsch son refus de voir les fidèles traditionalistes marginalisés, soulignant que les deux formes de la messe ne devaient pas entrer en concurrence. Plus concrètement encore, dans le diocèse d’Oslo, Mgr Fredrik Hansen a fait de la liturgie ancienne un véritable outil de guérison pastorale. S’adressant dans une lettre du 3 juillet aux catholiques norvégiens angoissés par les excommunications de la FSSPX, il a formellement garanti le maintien de la messe dominicale préconciliaire en l’église Saint-Joseph. Conscient de leur désarroi, l’évêque s’est même engagé à élargir cette offre si cela s’avérait nécessaire. Une approche accueillante qui incarne parfaitement la conclusion formulée par le cardinal Bagnasco : dès lors que ces différences liturgiques ne sont pas absolutisées, elles doivent être permises, car la mission suprême de l’Église reste, en tout temps, le bien des âmes.





Conversation des fidèles
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