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AfD : l’archevêque de Berlin assume le risque de perdre des fidèles pour défendre la dignité humaine

AfD : l’archevêque de Berlin assume le risque de perdre des fidèles pour défendre la dignité humaine

À l’approche des élections allemandes, l’archevêque de Berlin, Mgr Heiner Koch, a choisi une ligne particulièrement ferme face à l’AfD. Interrogé sur le risque de voir des électeurs de ce parti s’éloigner des paroisses, il a estimé que l’Église devait accepter ce risque au nom de principes qu’il considère comme non négociables.

Cette intervention mérite cependant une distinction essentielle. L’Église condamne l’idolâtrie de la nation, le racisme et toute conception qui nierait l’égale dignité des hommes. Mais cela ne signifie nullement que l’attachement à sa patrie, à son peuple, à sa culture ou à la souveraineté politique soit en lui-même contraire au catholicisme.

La nation n’est pas Dieu, mais elle n’est pas non plus un mal

Le chrétien ne peut placer aucune réalité terrestre au-dessus de Dieu. Ni la nation, ni l’État, ni un parti politique, ni une idéologie ne peuvent réclamer l’adoration qui appartient au Créateur seul. C’est précisément sur ce point qu’une forme idolâtre de nationalisme devient incompatible avec la foi. Lorsqu’une nation se prend pour un absolu, lorsqu’une prétendue supériorité raciale conduit à mépriser d’autres peuples ou lorsque l’État exige une obéissance contraire à la loi divine, le catholique doit résister. Mais de cette condamnation ne découle pas celle de tout patriotisme.

La tradition catholique reconnaît au contraire la légitimité de l’amour de la patrie. Le Catéchisme de l’Église catholique enseigne, au numéro 2239, que « l’amour et le service de la patrie relèvent du devoir de reconnaissance et de l’ordre de la charité ». Cette phrase devrait interdire les simplifications. Aimer son pays, vouloir transmettre sa culture, défendre son indépendance politique ou souhaiter que les gouvernants recherchent d’abord le bien commun de la communauté dont ils ont la charge n’équivaut pas automatiquement à mépriser l’étranger.

L’ordre de la charité existe

Une certaine sensibilité progressiste contemporaine tend parfois à présenter toute préférence envers sa famille, sa communauté ou sa patrie comme moralement suspecte. Cette conception ne correspond pourtant pas à la vision catholique traditionnelle de la société. La charité chrétienne est universelle : aucun homme ne cesse d’être notre prochain en raison de sa nationalité ou de son origine. Mais cette universalité n’abolit pas les devoirs particuliers. Un père possède des obligations particulières envers ses enfants sans pour autant haïr les enfants des autres. De même, un responsable politique possède des responsabilités particulières envers la communauté politique qui lui est confiée sans que cela l’autorise à mépriser les autres peuples.

L’universalisme chrétien n’exige donc pas l’effacement des patries.

Là se trouve la véritable ligne rouge catholique

Le débat devrait par conséquent être beaucoup plus précis que l’opposition sommaire entre « nationalistes » et « chrétiens ». La question catholique n’est pas simplement : « Défendez-vous votre nation ? » Elle est plutôt : « Quelle place lui donnez-vous ? » Si la nation devient une idole, le chrétien doit dire non. Si l’appartenance ethnique devient le critère de la dignité humaine, il doit dire non. Si un mouvement politique prétend que certaines personnes possèdent moins de dignité en raison de leur origine, il doit dire non. Si l’État prétend remplacer Dieu ou violer ouvertement la loi morale, il doit encore dire non.

Mais si aimer sa nation signifie vouloir conserver un héritage, une histoire, une culture, protéger le bien commun et transmettre aux générations suivantes ce que l’on a soi-même reçu, il n’existe aucune raison catholique d’en faire intrinsèquement un péché.

Le problème du progressisme ecclésial

C’est ici qu’apparaît une difficulté plus profonde dans une partie du discours ecclésial européen contemporain. Depuis plusieurs décennies, certains responsables catholiques semblent extraordinairement prompts à soupçonner les mouvements conservateurs, identitaires ou souverainistes, tandis qu’ils se montrent parfois beaucoup moins catégoriques face à des idéologies progressistes directement opposées à l’anthropologie chrétienne. Or l’Église ne peut devenir l’aumônerie spirituelle d’un camp politique. Elle ne peut davantage confondre l’Évangile avec les catégories idéologiques dominantes de l’Europe occidentale : progressisme sociétal, individualisme, relativisme moral ou conception de l’homme détachée de toute loi naturelle.

Le critère catholique doit rester la vérité révélée et l’enseignement de l’Église, non les préférences politiques du moment.

On ne combat pas une erreur par une autre

Cela vaut également pour l’AfD. Un catholique n’est pas obligé d’approuver ce parti. Il peut légitimement critiquer certaines de ses propositions ou déclarations. Il doit même rejeter ce qui, dans n’importe quel mouvement politique, contredirait effectivement la dignité de la personne ou la loi morale. Mais l’analyse doit porter sur des propositions précises. Qualifier trop rapidement de contraire au christianisme toute défense énergique de la nation risque de confondre deux réalités profondément différentes : l’idolâtrie nationaliste, effectivement incompatible avec la foi, et le patriotisme ordonné, que la doctrine catholique reconnaît comme légitime.

Inversement, combattre le progressisme ne doit jamais conduire les catholiques à sanctifier un parti politique. Aucun parti n’est l’Église. Aucun programme électoral n’est l’Évangile.

Dieu avant toute idéologie

La véritable position catholique est finalement plus exigeante que les catégories politiques contemporaines. Dieu avant la nation. Mais aussi Dieu avant le progressisme. Dieu avant l’AfD, comme Dieu avant les partis qui se réclament de la gauche, du centre ou de la droite. La patrie peut être aimée. Elle peut être servie. Son héritage peut être défendu et transmis. Mais elle ne doit jamais être adorée. Et l’Église, de son côté, gagnerait à appliquer avec la même fermeté son jugement moral à toutes les idéologies politiques, qu’elles soient nationalistes ou progressistes, plutôt que de donner l’impression que les unes seraient systématiquement suspectes tandis que les autres bénéficieraient d’une indulgence particulière.

C’est à cette condition qu’elle peut parler librement au monde politique : non comme l’alliée d’un camp, mais comme la gardienne d’une vérité qui dépasse tous les partis.

Sources principales :

Catéchisme de l’Église catholique – Autorités dans la société civile.
Katholisch.de / KNA – Erzbischof Koch: Kirche muss Risiko eingehen, AfD-Wähler zu verlieren
Erzbistum Berlin – Mit Herz und Haltung für Demokratie und Nächstenliebe

Conversation des fidèles

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