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« Pourquoi je hais l’ancienne messe en latin » : le père Thomas Reese relance la controverse liturgique

« Pourquoi je hais l’ancienne messe en latin » : le père Thomas Reese relance la controverse liturgique

Le jésuite américain Thomas J. Reese a publié le 25 août 2026 une chronique au titre volontairement provocateur : « Why I hate the old Latin Mass: A confession » (« Pourquoi je hais l’ancienne messe en latin : une confession »). Dans ce texte d’opinion paru sur Religion News Service, l’ancien rédacteur en chef de la revue jésuite America assume son aversion pour l’ancienne forme de la liturgie romaine, tout en précisant qu’il ne déteste pas les fidèles qui y assistent.

Présenté sous la forme d’un dialogue fictif entre un pénitent et un confesseur, l’article tente de mêler humour, critique des milieux traditionalistes et plaidoyer pour de nouvelles réformes de la liturgie issue du concile Vatican II. Le choix même du mot « haine » et certaines comparaisons employées par le religieux ont immédiatement donné à cette chronique une tonalité particulièrement polémique.

Thomas Reese compare l’ancienne messe à un « zombie »

Dès le début du dialogue, le père Reese compare l’ancienne messe en latin à un « zombie » que certains pensaient disparu mais qui, selon son expression, « continue de revenir ». Il se remémore le passage progressif du latin à l’anglais dans les années 1960 et explique qu’il pensait alors que l’ancien usage finirait par s’éteindre.

Le jésuite apporte toutefois une distinction importante : il affirme ne pas haïr les personnes attachées à cette liturgie. Il reconnaît que beaucoup sont « de bonnes personnes pieuses » et qu’elles y trouvent une nourriture spirituelle. Il estime néanmoins qu’une meilleure catéchèse les conduirait à davantage apprécier la liturgie réformée.

Sa critique devient plus sévère lorsqu’il vise les militants qui, selon lui, qualifient la nouvelle messe de blasphématoire ou rejettent certains enseignements du concile Vatican II. Il présente alors l’obéissance au Concile et aux papes ayant soutenu la réforme liturgique comme une exigence de cohérence pour ceux qui se disent traditionalistes.

Il raconte avoir lui-même aimé l’ancienne liturgie

Le parcours personnel de Thomas Reese donne à sa chronique une dimension particulière. Entré au noviciat jésuite en 1962, il explique avoir grandi avec l’ancienne liturgie et l’avoir alors aimée. Il suivait la messe à l’aide d’un missel bilingue et pensait que le latin resterait la langue habituelle de la célébration durant toute sa vie.

Lorsque la réforme liturgique est arrivée, il dit l’avoir d’abord acceptée par obéissance. Puis, une fois habitué à la nouvelle liturgie, il affirme l’avoir appréciée, notamment en raison de la plus grande variété des lectures bibliques et des nouvelles prières eucharistiques.

Il avance également un argument historique : la liturgie romaine a connu de nombreux développements au cours des siècles. Pour Reese, cette histoire interdit de considérer tout changement liturgique comme une rupture en soi. Une telle affirmation ne règle évidemment pas les débats portant sur la nature, l’opportunité ou la continuité de réformes particulières, mais elle constitue le cœur de son plaidoyer.

Une formule sur l’Eucharistie qui appelle une précision

Le passage le plus théologiquement délicat de la chronique concerne la prière eucharistique. Thomas Reese souligne que celle-ci est principalement adressée au Père et écrit que, dans l’Eucharistie, « nous prions avec Jésus, pas à lui ».

La liturgie catholique adresse effectivement la grande prière eucharistique au Père, par le Christ, dans l’Esprit Saint. Mais la messe contient aussi des prières directement adressées au Christ. Le rite romain fait ainsi invoquer explicitement le Seigneur Jésus à plusieurs moments de la célébration.

La précision est importante car la structure trinitaire de la prière eucharistique ne signifie nullement que le Christ ne soit pas lui-même adoré et prié comme vrai Dieu. Une opposition trop rigide entre prier « avec » Jésus et prier « Jésus » ne rendrait donc pas compte de l’ensemble de la prière liturgique catholique.

Le jésuite réclame déjà de nouvelles réformes

La chronique montre surtout que le père Thomas Reese ne souhaite pas simplement défendre le missel réformé contre l’ancienne liturgie. Il plaide pour de nouvelles évolutions : une autre traduction anglaise de la messe, des liens plus étroits entre les lectures bibliques et la liturgie eucharistique, de nouvelles préfaces et même de nouvelles prières eucharistiques davantage structurées autour de thèmes bibliques.

Il regrette que les promoteurs de la messe traditionnelle soient, selon lui, mieux organisés et obtiennent davantage d’attention de la part des évêques et des médias que ceux qui souhaitent poursuivre la réforme liturgique.

Une figure ancienne des débats internes à l’Église américaine

Le père Thomas Reese n’est pas un inconnu dans les controverses ecclésiales américaines. Jésuite ordonné prêtre en 1974, il a dirigé America de 1998 à 2005. À l’époque, des responsables jésuites avaient indiqué que sa démission était intervenue après plusieurs années de critiques venues du Vatican concernant le traitement par la revue de sujets sensibles pour l’Église.

Cette histoire éclaire le contexte de sa nouvelle chronique sans dispenser de juger son texte sur ce qu’il affirme réellement. Le père Reese reconnaît lui-même le caractère provocateur de son propos et met en scène son « confesseur » lui reprochant colère et arrogance avant de lui imposer, comme pénitence finale, d’assister à une messe traditionnelle en latin.

La liturgie ne peut être réduite à une guerre de camps

Pour les catholiques, le débat liturgique ne peut pourtant se réduire à l’opposition entre partisans et adversaires d’une forme rituelle. La messe est d’abord le sacrifice eucharistique du Christ confié à son Église. Les discussions légitimes sur les réformes, les langues, les usages et la discipline liturgique doivent donc demeurer ordonnées à la foi, à la communion ecclésiale et au respect de ce qui est sacré.

Le vocabulaire de la « haine », même employé dans un texte volontairement humoristique, risque précisément d’enfermer une question ecclésiale sérieuse dans une logique d’affrontement. Le fait que l’auteur reconnaisse la piété de nombreux fidèles attachés à l’ancienne liturgie rend d’autant plus frappante la violence du titre choisi.


Source principale :
Religion News Service – Why I hate the old Latin Mass: A confession

Conversation des fidèles

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