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La vie de Saint Louis, Roi de France (1215-1270)

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La vie de Saint Louis, Roi de France (1215-1270)

La vie de Saint Louis, le plus grand roi de France, le plus pieux, le plus pacificateur de tous !

Louis VIII père de Saint Louis

Le Rois Louis VIII, après avoir pris la ville d’Avignon sur les hérétiques Albigeois & soumis une partie du Languedoc, retourne à Paris triomphant, lorsqu’il tomba malade à Montpensier en Auvergne. Il sentit d’abord que les forces lui manquaient et comme il vit que la mort approchait, il fit appeler l’Archevêque de Sens et les Evêques de Beauvais, de Noyons, de Chartres et le Connétable de Montmorency. Il leur fait jurer de reconnaitre pour leur Roi, son fils ainé Louis et de le faire sacrer incessamment, après quoi, il mourut assez promptement le 7 novembre 1226.

Il avait fait en 1225, son testament, où il déclare que son fils aîné Louis, lui doit succéder au Royaume. Il donne des apanages à ses autres enfants, à Robert, le Comté d’Artois, à Alphonse, le Poitou et l’Auvergne et à Charles, l’Anjou et le Maine. Il ordonne, suivant l’usage, que son cinquième fils et tout ceux qu’il pourrait avoir dans la suite, soient d’Eglise.

Il donne à son fils aîné tout l’argent, qui était gardé dans la tour de Saint Thomas du Louvre pour les nécessités de l’Etat, 30 000 livres à sa femme Blanche de Castille, qu’il avait toujours fort aimée, 20 000 livres à sa fille Isabelle, 20 000 à deux cents hôpitaux, 10 000 mille livres à 2 000 lépreux, 3 000 livres à des veuves et à des orphelins.

Il veut aussi qu’on vende toutes ses pierreries pour fonder une Abbaye en l’honneur de la Sainte Vierge et nomme pour Exécuteurs testamentaires, les Evêques de Chartres, de Paris, de Senlis et l’Abbé de Saint Victor.

Il ne fait aucune mention de la Régence, mais les Evêques qui étaient trouvez à sa mort, attestèrent de vive voix et par écrit, que dans les derniers moments, il avait donné la Régence du Royaume et le soin de l’éducation de ses enfants à la Reine Blanche.

Cette princesse, fille aînée d’Alphonse IV, Roi de Castille avait été mariée en 1200 au Prince Louis du vivant du Roi Philippe Auguste son père. Sa beauté, son humeur, son esprit lui gagnaient le cœur de tous ceux qui la voyaient, la fierté naturelle à la Nation Espagnole était tempérée en elle par des manières douces et flatteuses, aussi agréable dans le commerce de la vie, que supérieure aux affaires et dominante dans les conseils, on ne résistait point à ses volontés.

Enfance de Saint Louis

Après que le corps du feu Roi Louis VIII eu été porté à Saint Denis et placé auprès de celui de Philippe Auguste, la Régente Blanche, manda à tous les Grands de l’Etat, de se trouver à Reims, le 1er Décembre, pour y assister au Sacre du jeune Roi Louis IX. Il était né à Poissy, le 25 Avril 1215, la Reine Blanche avait pris soin de l’instruire dés sa plus tendre enfance et de lui imprimer de bonne heure dans l’esprit et dans le coeur les vérités de la Religion. Elle estimait plus en lui la qualité de Chrétien, que celle d’héritier d’un grand Royaume, avant que de lui apprendre les devoirs des Rois, elle s’était appliquée toute entière à lui faire connaître les obligations des Chrétiens.

Louis, naturellement bien né, d’une humeur douce et facile, répondait parfaitement aux pieuses intentions de sa mère, il était bien de corps, son esprit était fort avancé et quoi qu’il n’eût pas encore douze ans accomplis, l’usage qu’il avait déjà fait des instructions de la Reine, faisait espérer de lui d’aussi grandes choses que celles qu’on vit dans la suite de l’Eglise.

Les Rois de France, avaient un grand Etat, depuis que Philippe Auguste, dit le Conquérant, avait chassé les Anglais de la Normandie, de l’Anjou, du Maine, de la Touraine et du Poitou, mais ils avaient des vassaux encore trop puissants.

Sacre de Saint Louis

Le Comte de Bretagne et le Comte de la Marche, refusèrent ouvertement de s’y trouver. La cérémonie ne laissa pas de se faire avec beaucoup de magnificence, la dépense en monta à 4333 livres, qui représente à peu près 30 000 écus où 107 320 euros pour notre époque.

Le Roi fut sacré par Jaques de Basoches Evêque de Soissons à cause de la vacance du Siège de Reims et l’on vit dés lors, les prémices de sa Sainteté, il parut sentir dans ce moment, le poids dont la Providence divine le chargeait, il fut touché vivement de toutes les obligations de la Royauté et prononça du fonds du cœur ces paroles de David :

« Mon Dieu, j’ai élevé mon âme vers Vous, c’est en Vous que j’ai confiance. »

Dés qu’il eut été sacré, tous les grands Seigneurs lui prêtèrent serment de fidélité, aussi bien qu’à la Régente pour le temps de la Régence.

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Blanche de Castille, Régente

Les occupations de Louis, toutes saintes qu’elles étaient, n’empêchèrent pas la médisance de l’attaquer. On jugea de lui par le commun des hommes et le voyant beau, bien fait, à l’âge de 19 ans, pouvant tout ce qu’il voulait, on n’imaginait pas, qu’entouré des charmes du monde, il pût conserver son innocence. On disait qu’en secret il s’abandonnait à des plaisirs criminels et que la Reine contente de gouverner, ne faisait semblant de ne pas s’en apercevoir. Ces bruits injurieux allèrent même si avant, qu’un bon religieux poussé d’un zèle peut être un peu indiscret en avertit la Reine, mais en cette occasion, elle fit bien voir, que l’innocence est toujours humble, toujours modeste et ne s’étonne pas aisément. Elle reçut l’avis avec douceur, sans se fâcher.

« J’aime le Roi, mon Fils, répondit-elle, mais si je le voyais prêt à mourir, et que pour lui sauver la vie, je n’eusse qu’à lui permettre d’offenser son Dieu, ce Dieu m’est témoin que sans hésiter je laisserais mourir mon fils. « 

La Régente aussi chrétienne qu’elle était, n’avait garde de manquer à remplir tous ses devoirs, la sureté de l’Etat, dont elle avait la conduite, en était l’un des plus importants et comme elle savait que le Comte de Bretagne, toujours inquiet pressait le Roi d’Angleterre de rompre la trêve. Elle s’appuya du côté de l’Allemagne et renouvela les alliances avec l’Empereur Frederic II et avec son fils Henri Roi des Romains, qui tous deux par des traités, séparés, promirent au Roi de le secourir en cas de rupture avec l’Angleterre.

La future épouse de Saint Louis

La Régente songea à marier Louis, il avait été accordé des son enfance par le Roi Philippe Auguste, qu’il serait marié avec Agnès, fille du Comte de Nevers, mais cette affaire n’avait point eu de suite et comme il était libre et qu’il se voyait en état de choisir entre toutes les Princesses de l’Europe, il jeta les yeux sur Marguerite, fille aînée de Raimond Bérenger, Comte de Provence, de la Maison d’Aragon. Elle était d’une beauté accomplie et n’avait pas encore quinze ans. On contait des traits admirables de son esprit, sa sagesse, sa modestie et sa bonté la faisait aimer et presque adorer des Provençaux qui s’adonnant alors à la poésie remplissent tous leurs ouvrages de belles qualités de leur Princesse et trouvaient tous les jours à en dire quelque chose de nouveau.

Gautier, Archevêque de Sens et Jean de Néele furent nommés Ambassadeurs pour en aller faire la demande. La proposition fut reçue avec respect, le Comte de Provence, quoi qu’il fût assez incommodé dans ses affaires, promit de donner à sa fille 20 000 francs, se doutant bien que son gendre ne le pressera pas pour le paiement et qu’une si grande alliance ferait bientôt marier ses autres filles .

Les Ambassadeurs de France, ramenèrent la Princesse, on la fît parader dans toutes les villes et le Roi alla au devant d’elle jusqu’à Sens, où après avoir obtenu du Pape la dispense qui leur était nécessaire à cause de la parenté, la cérémonie du mariage se fit le 27 Mai.

Quelques jours après, la jeune Reine fût couronnée par l’Archevêque de Sens dans son Eglise Cathédrale. Le Roi, la Couronne en tête, revêtu des tous les autres ornements royaux y fut présent, fit ensuite des chevaliers et toucha les malades des écrouelles. Il y avait déjà longtemps que les Rois de France, guérissaient de cette maladie en touchant les malades et en disant ces paroles :

« Le Roi te touche, Dieu te guérisse. »

Mais Louis ordonna qu’à l’avenir, en prononçant les paroles, les Rois feraient le signe de la croix, afin de sanctifier encore davantage une cérémonie déjà sainte par elle même.

Tentative d’assassinat sur Saint Louis

Pendant que le Roi assurait le bonheur de ses sujets par son courage après sa victoire contre le Roi de Navarre, ce dernier renonce à ses revendications sur les comtés de Chartres, Blois, Sancerre et Châteaudun et signe la Paix. Mais le Roi Saint Louis était en grand danger de sa vie sans le savoir. Le Prince des Assassins, dit le Vieil de la Montagne, qui gouvernait son petit Etat dans les montagnes de Phenicie ( Liban ) résolut sa mort. On lui avait dit que Louis avait pris la Croix et qu’à l’exemple de ses ancêtres, il se préparait à passer au Levant avec une armée formidable.

Transporté du zèle de son prophète Mahomet, il crut finir la guerre en faisant périr le Général et fit partir deux assassins pour aller en France exécuter ses ordres barbares. Il les avait choisis entre certains jeunes hommes, qui vivant dans des Palais délicieux au milieu de tous les plaisirs de la vie, étaient dévoués à tous ses ordres et courraient avec joie à une mort presque certaine, persuadés que celui qui les rendaient si heureux sur la terre avait assez de pouvoir pour les rendre encore plus heureux dans le Ciel.

Quand ils mourraient en exécutant les ordres de leur maître, les gens du pays les regarderaient comme des Saints. Ces deux assassins, étaient déjà en chemin pour venir en France, lors que leur Prince apprenant que Louis n’avait pas pris la Croix comme il l’avait crû, se repentit et envoya en diligence l’avertir de prendre garde à lui jusqu’à ce qu’on eût découvert les deux assassins. On les trouva enfin à Marseille, on leur montra les derniers ordres du Vieil de la Montagne et le Roi les renvoya chargés de présents.

La piété de Saint Louis s’accru

Cette aventure si extraordinaire fit faire à Louis de nouvelles réflexions, sa piété et sa ferveur en redoublèrent. Il sentit à combien peu de chose tient la vie du plus grand Monarque et s’humiliant de plus en plus devant la Majesté éternelle, il offrit à Dieu, dans un esprit de reconnaissance, un nouveau sacrifice de lui-même. Il ne laissa pourtant pas de prendre des Gardes armés de masses d’airain, sachant bien que la prudence humaine n’est point opposée à la soumission aux ordres de la Providence.

Si le Roi dans le silence de la retraite rendait grâces à Dieu qui l’avait préservé d’un si grand péril, les peuples s’en faisaient un sujet de réjouissance, on ne voyait partout que dance, que jeux. Le Comte d’Artois frère du Roi, prit le temps de la joie publique pour épouser Mathilde Fille de Henri II Duc de Brabant.

Saint Louis la même année, acheta le Comté de Mâcon de Jean de Dreux pour 10 000 francs argent comptant et 1000 livres de Vénitiens

Guerre contre le Comte de la Marche

Le Roi, s’en alla à Poitiers pour y faire prêter hommage au nouveau Comte par tous ses vassaux, ils le firent tous et même le Comte de la Marche, quoi qu’il eût promis à son impérieuse femme de n’en rien faire. Mais bientôt il s’en repentit, assembla tout ce qu’il put de gens de guerre et se campa à Lufignan, à six lieus de Poitiers.

Le Roi en fut aussitôt averti et eu bien voulu dit Joinville, être à Paris et lui fut force de séjourner à Poitiers quinze jours sans qu’il osât sortir. Enfin, il prit le parti d’aller à Lufignan trouver le Comte de la Marche et se montrant à lui avec un air de Maître, il l’étonna d’abord, puis se radoucissant il le contenta au moins de paroles et s’en sépara sans que le Comte osât rien entreprendre sur la personne. Le Roi sortit heureusement de ce mauvais pas, on ne sait pas bien à quelles conditions et reprit le chemin de Paris.

A peine fut-il hors de Lufignan, que le Comte de la Marche regretta l’occasion qu’il avait perdu et n’espérant plus en retrouver une pareille, il se résolut à une guerre ouverte. Une fois sa ligue forte, l’année suivante, le Comte de la Marche retourna à Poitiers et osa dire en face au Prince Alphonse, qu’il ne lui devait point d’hommage ni même au Roi, il n’y était venu que bien accompagné et en état de n’être pas insulté.

Il crut bien qu’une pareille audace ne serait pas soufferte patiemment et ne gardant plus aucune mesure, il commença à faire des courses sur les terres du Comte de Poitiers et manda à ses alliés, qu’il était temps de se déclarer. Le Roi d’Angleterre, pressé par sa mère la Comtesse de la Marche, monta sur ses vaisseaux avec une puissante armée malgrè les plus grands Seigneurs de son pays, qui ne voulaient point de guerre.

Il aborda heureusement à Bordeaux, la Comtesse l’attendait au port et selon la Cronique de France « Lui alla à l’encontre et le baisa moult doucement et lui dit :

« Bien cher fils, vous êtes de bonne nature, qui venez secourir votre mère et vos frères, que les fils de Blanche d’Espagne veulent trop mallement défouler et tenir sous ses pieds »

Dés que le Roi eut été averti de l’action du Comte de la Marche, il convoqua à Paris son Parlement, l’y fit déclarer rebelle et y résolut la guerre. Il manda aussitôt aux vassaux de la Couronnes de se rendre incessamment à Chinon et fit avertir Pierre, Robin et Jean de Courtenai, Bouchart de Montmorenci, Ansel de Paloifeau, Gui de Mauvoifin , Bouchart de Marli Montmorcnci , Guillaume de Silli , le Seigneur de Sainte Maure , Gillc de Chaumont, l’hoir de Montchevrcuil , Hebert Turpin , Gcoffroidc Beaumanoir, Gcoffroidc Chateaubrian , Rémond de Culant, les hoirs de Renaud & de Hardi de Prccigni, Pierre de Choifcul, Robert Malet, Guil- laume de Tibouvillc, Aimeri de Chatelleraud , Guillaume de Bellemarc , Ri- chard de Courci, Jean de Tournebu, Richard de Crcvilli, Guillaume de Rupicrre, il n’est pas fait mention dans ce rôle du Duc de Bourgogne, du Comte de Flandre, ni de beaucoup d’autres Princes et Seigneurs, qui selon les apparences ne laissèrent pas s’y trouver.

Le Roi eut bientôt assemblé 4000 Chevaliers, 20 000 chevaux et un plus grand nombre de gens de pied et marcha vers le Poitou, Montreuil, Berme, Villers et Saint Gelais furent emportés l’épée à la main, mais il trouva plus de résistance à Frontenai, place importante située sur les confins de la Saintonge et du Poitou, elle était très forte, entourée d’une double muraille et de grosses Tours, le Comte de la Marche y avait mis une bonne garnison sous le commandement d’un de ses enfants.

Le Roi qui par ses espions avait été averti de l’état de la Place, ne laissa pas de l’attaquer, parce qu’il en connaissait l’importance. On dressa des tours de bois aussi hautes que les murailles et les machines de guerre y furent placées. Les François animés par la préférence de leur jeune Roi, qui s’explosait comme le moindre soldat, firent des efforts extraordinaires et après avoir donné plusieurs assauts, à l’un desquels le Comte de Poitiers fut blessé dangereusement au pied, la Place enfin fut emportée et les fortifications abattues, d’où le nom de Frontenai l’Abatu lui est demeuré.

La Comtesse de la Marche au désespoir de voir le malheureux succès d’une guerre, dont elle était l’unique cause, voulut employer le fer et même le poison pour se défaire du Roi et de toute la Maison Royale, les émissaires furent pris dans le temps qu’ils voulaient jeter du poison sur les viandes du Roi, ils avouèrent le fait et furent pendus.

Le Roi eut depuis des Gardes auprès de sa personne par le conseil des Seigneurs. Il croyait n’en avoir pas besoin en cette occasion et disait que le même Dieu l’avait défendu jusqu’alors, le défendrait bien encore contre la Comtesse de la Marche.

Le Roi d’Angleterre contre Saint Louis

Le Roi d’Angleterre ayant renforcé son armée, qui ne respirait que la guerre envoya demander au Roi, la Normandie, l’Anjou, le Poitou et les autres Provinces qui avaient été conquises sur les Anglois par Philippe Auguste. Il prétendait que le Roi avait rompu la trêve en faisant la guerre au Comte de la Marche son beau-père

Louis vit bien que c’était lui déclarer la guerre et qu’il n’y avait pas d’apparence de rendre tout ce qui avait été confisqué avec justice sur sa Terre, il offrit de rendre le Poitou avec une partie de la Normandie, pourvu qu’on lui laissait traiter ses vassaux rebelles de la manière qu’ils le méritaient. Il n’agissait jamais que par justice et tachait de la mettre toujours de son côté. Il savait que la guerre n’est excusable qu’autant qu’elle est nécessaire, qu’il faut lors même qu’on s’y engage avoir dans le cœur, l’amour de la paix et qu’elle entraîne avec elle une infinité de malheurs qu’il est impossible d’éviter, de sorte que n’en voulant pas être responsable devant Dieu, il ne la faisait jamais qu’après avoir bien examiné si elle était juste.

Malgré des propositions avantageuses pour le Roi d’Angleterre, elles ne fusent pas écoutées, la Comtesse de la Marche n’y trouvait pas sa sureté et comme elle gouvernait le Roi son fils, elle l’obligea à rompre et la guerre fut déclarée.

Il n’en fallût pas d’avantage pour rendre à Louis, la fierté qu’il avait bien voulu quitter pour le bien de la paix. Ne doutant point de sa victoire puisqu’il avait fait son devoir en se mettant à la raison, il marcha au Roi d’Angleterre et le trouva campé de l’autre coté de la Charente. Il se saisit d’abor de la ville de Taillebourg, qui était en deça de la rivière et se prépara à forcer le passage le lendemain à la vue d’une armée aussi forte que la sienne.

La rivière n’était pas gayable, il y avait dessus un petit pont de pierre, où il ne pouvait passer que quatre hommes de front et ce pont était défendu par quelques tours Anglaise. Le Roi fit amasser tout ce qu’il put de bateaux, les chargea de troupes et leur ordonna de passer malgré les Arbalétriers Anglois, qui bordaient la rivière et en même temps, il commanda l’attaque du pont, elle se fit d’abord avec furie et les François l’emportèrent et puis en furent chassés.

Alors Louis, s’abandonnant à son courage, mit pied à terre et suivi des huit Chevaliers, qui étaient toujours auprès de sa personne, il s’avança sur le pont et en força l’épée à la main tous les retranchements, digne en cet état de commander les François. Sa taille avantageuse et bien proportionnée, son visage agréable, ses cheveux blonds, ses yeux brillants de fierté, tout en lui respirait la victoire, aussi parut-il animé d’une force plus qu’humaine et pendant quelques moments presque seul, il eut à contenir tout l’effort de l’armée d’Angleterre.

Enfin joint par ses troupes qui abordaient de toutes parts, il se vit en état de les ranger en bataille de l’autre côté du pont et de combattre avec plus d’égalité. Il marchait déjà et commençait à pousser les ennemis, lors que Richard, frère du Roi d’Angleterre, s’avança en faisant signe qu’il voulait parler de paix et demanda une trêve de quelques jours. Ce Prince était revenu depuis peu de la Terre Sainte, où il avait acquis beaucoup de gloire. Le Roi ç sa considération et dans l’espérance qu’après avoir demandé la trêve, il lui demanderait bientôt la paix, était prêt d’y consentir.

Lors qu’on l’avertit que les ennemis s’enfuyaient, la consternation était parmi les Anglois, leur Roi qui pendant le combat avait eu la prévoyance de se tenir toujours hors de la portée du trait, s’en était allé à toute bride du côté des Saintes et toute son armée l’avait suivi, Cela se passa le 20 Juillet 1242.

Le lendemain, le Roi s’avança vers Saintes et la bataille se donna sans que les deux Rois en eussent envie. Mais le Comte de la Marche, qui se voyait perdu, voulu tout hasarder et commença l’escarmouche, la troupe grossit peu à peu, chacun en voulut être, enfin les deux armées se trouvèrent aux mains, sans que les Généraux en eussent donné l’ordre.

Le combat fut long et sanglant, Richard d’Angleterre et le Comte de Leicestre y firent merveilles. Mais rien ne pouvait résister à la valeur de Louis, ses soldats, qui l’avaient vu sur le pont de Taillebourg, le suivaient avec confiance, ils se croyaient invincibles en le voyant à leur tête et la Sainteté du Prince leur persuadait aisément, que le Dieu des Armées l’avait pris sous sa protection. De l’autre côté, le Roi d’Angleterre, qui était sorti de Saintes au commencement de la bataille y était bientôt retourné. Ainsi, la partie n’étant pas égale entre les Généraux, la victoire se déclara pour les François et les Anglois se retirèrent en désordre sous les murailles de Saintes.

Il y eut 22 Chevaliers et 500 hommes d’armes pris prisonniers par une aventure singulière. Le Vicomte de Chatellerand avait par hasard le jour de la bataille des armes et un cheval semblable au Prince Richard d’Angleterre, ces soldats l’avaient prit pour lui et pensaient le protéger, sauf qu’ils se sont retrouvés dans le camp de l’armée François, puis désarmés et prisonniers.

Le Roi d’Angleterre, malheureux par sa faute et par son peu de courage, se repentait d’avoir entrepris une si grande affaire et se plaignait qu’on l’y avait embarqué en lui faisant espérer qu’il serait soutenu par tous les grands Seigneurs de France. Il n’en voyait pas un, ses troupes battues et consternées étaient diminuées de la moitié, il se retira à Blaye sans consulter personne. Il donna à des Officies Gascons des commission pour faire de nouvelles levées, ils prirent son argent et le trompèrent. Enfin rebuté de ses malheurs et plus propre à une vie tranquille qu’à faire la guerre, il envoya au Roi, 5000 livres sterling et demanda humblement une trêve de 5 ans qui lui fût accorda, après quoi, il reparti dépité et avec beaucoup de pertes en Angleterre.

Les habitants de Saintes se voyant abandonné avaient porté leurs clefs à Saint Louis et le Comte de la Marche lui même malgré l’orgueil de la Comtesse Reine sa femme, se voyait prêt à perdre tout son pays, où forcé à demander miséricorde. Il s’y résolut et envoya son ami le Duc de Bretagne qui lui même envoya son fils aîné Hugues de Lufignan afin de se jeter aux pieds du Roi. Saint Louis les reçut avec sa bonté ordinaire et leur pardonna, mais à des conditions assez dure. Il retint toute les Places conquises, se fit décharger de 10 000 livres de rente, que son père s’était engagé de payer au Comte de la Marche pour la défense de la frontière contre les Bretons et contre les Anglois et par là, le mit hors d’état de se révolter à l’avenir.

La maladie de Saint Louis

Au mois de Décembre 1244, le Roi fut attaqué d’une grosse fièvre et d’un flux de sang. Sa complexion naturellement délicate avait été altérée, dans la dernière guerre, il avait voulu donner ordre à tout, coucher à l’air, passer les jours et les nuits à cheval, fatiguer comme le moindre soldat et au milieu de tout cela toujours attentif à Dieu, il priait plusieurs heures à genoux, portait le calice et faisait d’autres mortifications seules capables d’abattre la santé la plus vigoureuse, la jeunesse et son courage l’avaient soutenu tant qu’il y avait eu quelque chose à faire. Son mal commença avec tant de violence et il se sentit si abattu dés les premiers jours qu’il crut mourir.

Il se mit d’abord en état de comparaître devant le Tribunal terrible et sans attendre qu’on l’avertît de son devoir, il demanda à recevoir et reçut avec sa piété ordinaire tous les Sacrements de l’Eglise. Il donna ensuite quelques ordres , qu’il crut nécessaire au bien de l’Etat & delà de la famille Royale, et tomba tout d’un coup dans une léthargie ,qui lui ôta toute connaissance.

La nouvelle de la maladie du Roi fut bientôt portée à Paris et dans tout le Royaume et y mit une consternation générale. On vivait heureux, la peur de le perdre fit sentir le bonheur de le posséder et chacun crut sa vie attachée à la vie du Prince, les Evêques ordonnèrent des prières publiques et furent prévenus par les peuples. Les femmes et les enfants jetaient des cris où versaient des larmes. Les sanglots redoublèrent dans le Palais, quand on le senti froid après de grandes convulsions, une des femmes le croyant mort, voulu lui couvrir le visage mais on l’en empêcha. Et tantôt, dit Joinville, Notre Seigneur ouvra en lui, et lui redonna la parole. Il revint, poussa quelques soupirs et prononça distinctement ces paroles

« La lumière de l’Orient s’est répandu du haut du Ciel sur moi par la grâce du Seigneur et ma rappelé d’entre les morts. »

Il appela aussitôt Guillaume d’Auvergne Evêque de Paris, homme célèbre par ses écrits & par la Sainteté de sa vie, & lui demanda la Croix, pour faire vœu en la prenant d’aller au secours de la Terre Sainte. L’Evêque eut beau lui représenter les fuites d’un si grand engagement, il demanda la Croix d’un air si touchant et si impérieux tout ensemble, qu’il n’y eut pas moyen de lui refuser la seule chose, qui pouvait, disait-il, lui rendre la vie et la santé. Il assura dés qu’il l’eut reçu qu’il était guéri et en effet, quelques jours après son mal diminua considérablement et au bout d’un mois, il se sentit plus fort qu’il n’avait été depuis quatre ans. Il attribua la guérison aux prières de Saint Denis et des Saints Martyr Rustique et Eleuthère, dont on avait porté les Reliques en procession, ce qui ne se faisait jamais que pour implorer la miséricorde de Dieu sur la personne des Rois.

Dés que la santé fu affermie, il goûta le plus grand plaisir qui puisse toucher un cœur bien fait, il se vit aimé, l’empressement tumultueux du peuple et la joie répandu sur tous les villages lui fit mieux sentir la manière dont il était dans leur cœur, aussi il s’appliqua plus que jamais à ses devoirs de Roi.

Le Roi Saint Louis et ses croisades

Il passa en Egypte avec une grande puissance, prit Damiette et s’étant avancé plus loin dans les terres, son armée fut bientôt affaiblie par les combats et par les maladies pestilentielles, il tomba lui même malade de la dysenterie et prit la résolution de retourner à Damiette avec ses troupes, sans vouloir écouter ceux qui lui conseillaient de se sauver par la rivière, ce qui paraissait plus facile.

Il fit faire quelques propositions de paix aux Sarrasins qui voulaient bien laisser retirer toute l’armée, pourvu que le Roi demeurât prisonnier. Il en était d’accord, mais les François n’y voulurent pas consentir. On continua la marche et le Roi avec toute l’armée tomba entre les mains des Sarrasins par la permission de Dieu, qui voulait faire éclater sa vertu dans les souffrances.

Robert, Comte d’Artois, fut tué en combattant pour la Foi, Louis fit ensuite son traité avec le Soudan, qui promit de le mettre en liberté moyennant une grande somme d’argent mais le Soudan ayant été assassiné par les Gardes, les Amiraux voulurent bien exécuter le Traité, pourvût que le Roi jurât de renier le Fils de Dieu et sa Foi, s’il manquait à ses promesses, comme de leur côté ils renient leur prophète Mahomet, en cas qu’ils vinssent à manquer à ce qu’ils promettaient. Il eu horreur d’un pareil serment et refusa de le faire. Les Comtes de Poitiers et d’Anjou, l’en pressaient extrêmement, les Sarrasins menaçaient de la crucifier s’il ne le faisait.

Saint Louis répondit qu’ils pouvaient tout sur son corps, mais qu’ils ne pouvaient rien sur son âme. Enfin, il fut remis en liberté avec ses frères et vint à Acre où il demeura 5 ans, convertissant grand nombre de Sarrasins par son exemple et par ses discours et leur donnant des pensions pour les faire subsister honorablement, s’appliquant surtout à retirer les prisonniers Chrétiens, auquel il faisait donner des habits et de l’argent suivant leur condition.

Il fit aussi réparer les murailles et les fortifications des villes que les Chrétiens possédaient encore dans la Terre Sainte. Ayant appris que la mort de la Reine sa mère avait laissé le Royaume de France exposé à ses ennemis, il y retourna par l’avis des Seigneurs et s’y adonna à des œuvres de piété, bâtissant des églises, des hôpitaux a qui il donna de grands revenus, visitant lui même les malades, les consolants et se mettant à genoux pour leur donner à boire et à manger.

Une autre fois, le Roi, en servant les pauvres dans l’Hôpital de Compiègne, voulut donner un morceau de poire à un malade, qui par un éternuement involontaire couvrit la main d’ordure et le Roi sans rien se lava la main et continua le même office de charité. Qui pourrait raconter combien il fût magnifique dans ses aumônes ? Il mariait les pauvres filles et se croyait bienheureux quand il pouvait empêcher qu’on offensât Dieu. Il était fort attentif à la parole de Dieu et mettait en pratique ce qu’il entendait prêcher dans la chaire. Il avait de l’horreur pour les hérétiques et les chassaient hors de son Royaume, de peur qu’ils ne pervertissent les fidèles. Il ne manquait jamais d’envoyer de l’argent dans les Provinces qui avaient souffert de la fertilité des sols et faisait distribuer de l’argent à ceux qui en avaient le besoin.

La mort de Saint Louis

Il partit avec une armée formidable accompagné du Comte de Poitier son frère, des Princes ses enfants et de la Reine de Navarre sa fille, qui mourut au retour. Il devait être suivi incessamment par son frère Charles, Roi de Sicile. Il arriva dans le Royaume de Tunis, y planta son camp et y souffrit de grands travaux. Enfin accablé par la maladie, il reçut les Sacrements de l’Eglise avec une dévotion exemplaire, et après avoir recommandé à Dieu l’armée Chrétienne, il rendit son âme au Seigneur en prononçant ces paroles :

« Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains »

Mais comme après la mort, il est encore plus vivant que pendant sa vie, le Fils du Très haut voulant reconnaitre l’amour que ce Prince lui portait, a fait éclater sa Sainteté par une infinité de miracles, afin qu’on l’honorât comme un des principaux habitants du Ciel. Il a rendu aux estropiés la liberté de leurs membres, il a redressé les courbés, il a guéri les enflures les plus mortelles. Une femme qui avait le bras sec et impotent, a été soulagée auprès de son tombeau et par l’intercession de son nom, les paralytiques ont marché, les aveugles ont vu et les sourds ont entendu.

Que la maison de France se réjouisse, d’avoir donné au monde, un si grand Prince, qui l’honorera à Jamais ! Que le dévot peuple de France se réjouisse d’avoir eu un si bon maître ! Que les Prélats, que les Ecclésiastiques de France se réjouissent de voir l’Eglise illustrée par les miracles de Saint Louis !

Source : La Vie de Saint Louis par MR l’Abbé de Choisy 1689

Publié par Napo

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