CULTURE

Aquilée : trois fragments d’un Évangile de saint Marc réunis après sept siècles

Trois fragments d’un manuscrit du VIe siècle de l’Évangile selon saint Marc sont réunis à Aquilée pour la première fois depuis environ sept siècles.

Aquilée : trois fragments d’un Évangile de saint Marc réunis après sept siècles

Pour la première fois depuis environ sept siècles, trois fragments d’un manuscrit du VIe siècle contenant l’Évangile selon saint Marc sont réunis à Aquilée, dans le nord-est de l’Italie. L’exposition « The Gospel of Mark: Seven Centuries. Three Fragments. One European Story » permet de revoir ensemble des feuillets longtemps dispersés entre Cividale del Friuli, Venise et Prague.

Le manuscrit, connu sous le nom de Codex Forojuliensis, avait fini par être vénéré au Moyen Âge comme s’il avait été écrit de la main même de saint Marc. Les chercheurs le datent cependant du VIe siècle et l’attribuent probablement à un atelier de Ravenne.

Un manuscrit devenu relique

À l’origine, le codex contenait les quatre Évangiles en latin. Entre les XIIe et XIIIe siècles, les cahiers contenant saint Marc furent séparés du reste du volume et reliés à part. Cette opération transforma peu à peu le livre en objet de vénération, jusqu’à lui donner le statut quasi-reliquaire qu’attestent les inventaires médiévaux.

Cette tradition s’explique par la mémoire locale de saint Marc, considéré à Aquilée comme le fondateur de la première communauté chrétienne. La cité, qui joua un rôle majeur dans l’évangélisation de l’Europe centrale et des Balkans, conserva longtemps un immense prestige ecclésiastique.

Prague, Venise et Aquilée : une histoire européenne

En 1354, l’empereur Charles IV de Luxembourg obtint deux cahiers du manuscrit lors de son passage à Aquilée. Ils furent transportés à Prague et conservés auprès des reliques de saint Venceslas. Le reste demeura à Aquilée jusqu’à la conquête vénitienne de 1420, après laquelle d’autres fragments furent transférés à Venise.

Le manuscrit se trouva ainsi durablement partagé entre trois villes. La réunion actuelle est donc un événement patrimonial rare : les fragments de Prague ont quitté la République tchèque, ceux de Venise la basilique Saint-Marc, afin de reconstituer temporairement une unité perdue depuis le Moyen Âge.

Plus de 1 500 noms inscrits dans le codex

Le manuscrit possède une autre particularité : il servit aussi de Liber Vitae, ou « Livre des vivants ». Plus de 1 500 noms de bienfaiteurs, princes, pèlerins et visiteurs furent ajoutés au fil des siècles afin qu’ils soient associés à la prière de la communauté qui gardait le livre.

Parmi ces noms figurent des personnages importants de l’Europe carolingienne et slave. Pour les historiens, ces inscriptions constituent un témoignage exceptionnel sur les réseaux religieux et politiques du haut Moyen Âge.

La Tradition ne repose pas sur une légende

Un catholique peut admirer sans réserve un objet qui a nourri la piété de générations entières tout en distinguant la tradition dévotionnelle de la vérité historique. Rien n’oblige à soutenir que ce manuscrit a réellement été écrit par saint Marc lui-même. La foi ne gagne rien à confondre vénération et crédulité.

Au contraire, la solidité de la Tradition catholique repose précisément sur cette capacité à honorer les témoins matériels de la foi sans transformer chaque tradition médiévale en fait historique certain. Le codex demeure précieux parce qu’il témoigne de la transmission concrète de l’Évangile, de la liturgie et de la mémoire chrétienne à travers les siècles.

L’exposition doit rester ouverte jusqu’en avril 2027, même si les originaux les plus fragiles ne seront exposés que pendant une durée limitée avant d’être remplacés par des reproductions numériques en haute définition.

Sources principales

Conversation des fidèles

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